Société 

Claudine, fonctionnaire territoriale en Rhône-Alpes et future retraitée à 1100 euros par mois

actualisé le 10/12/2013 à 16h26

A sept ans de la retraite, Claudine angoisse déjà : sa pension lui permettra tout juste de s’en sortir. Elle a ouvert son futur porte-monnaie de retraitée à Rue89.

Sur son siège de tramway, plongée dans « 221b Baker Street », un polar sur la vie d’Arthur Conan Doyle : voilà où était Claudine (le prénom a été changé, ndlr) le 18 juin au matin . Comme n’importe quel début de journée de travail.

Pendant ce temps-là, Marylise Lebranchu, la ministre de la Fonction publique, parlait des salaires des fonctionnaires dans la matinale de France Info. Afin de réduire le déficit public, elle a indiqué qu’il n’y aurait « pas de dégel du point d’indice ».

Autrement dit, pas d’augmentation de salaires et une baisse du pouvoir d’achat en perspective pour les fonctionnaires comme Claudine, catégorie C dans une collectivité territoriale de la région Rhône-Alpes.

Quelques semaines plus tôt, Claudine est partie en courant de son lieu de travail :

« J’ai eu une crise d’angoisse énorme. Ce n’était pas comme une peur, j’étais dans un état d’affolement complet. Ça a été horrible, cela m’a fait vraiment très peur. »

Elle est allée voir son directeur des ressources humaines pour lui dire qu’elle partait voir un médecin, et n’est plus retournée au travail de la semaine.

 

« J’ai passé des concours et travaillé toute ma vie »

C’est une lente prise de conscience de sa situation qui a abouti à cet effondrement. Depuis le début de l’année déjà, Claudine, 56 ans, s’inquiète de comment elle va survivre une fois à la retraite, dans sept ans :

« En septembre, j’ai reçu ma première estimation de retraite. J’ai pris le courrier et je l’ai mis de côté en me disant c’était une erreur et que je regarderais ça plus tard. »

Le courrier dit qu’afin de valider tous les trimestres nécessaires pour avoir une retraite à taux plein, Claudine doit travailler jusqu’à l’âge de 63 ans, et que sa retraite s’élèvera à 1 247 euros brut par mois, soit environ 1 100 euros net, compte tenu des règles fiscales actuelles.

Lorsqu’elle ressort la lettre de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales et fait vérifier son contenu, elle comprend qu’il n’y a pas d’erreur.

« Je ne m’y attendais pas. Je suis fonctionnaire, j’ai passé des concours, j’ai réussi des examens professionnels. J’ai travaillé toute ma vie. Même en travaillant jusqu’à 67 ans, je ne gagnerai pas 100 euros de plus par mois. »

 

Avant et après le divorce

Claudine appartient au groupe de polypensionnés, ceux dont le calcul de la retraite dépend de régimes différents. Après des études de langues, de psychologie, et un BTS, elle passe 22 ans dans le secteur privé.

« Mon parcours professionnel ressemble à celui de beaucoup de femmes. J’étais mariée et on s’appuyait surtout sur le salaire de mon mari. Je me faisais ma petite carrière à côté, en enchaînant les CDD. Je voulais surtout me plaire dans mon travail. C’est la réalité du divorce qui a fait que j’ai renoncé à ce type d’emplois instables. »

Divorcée donc, et avec une fille à charge, Claudine opte ensuite pour un travail plus stable dans la fonction publique. Pour beaucoup de personnes, le fait d’appartenir à deux régimes de retraite différents peut avoir un effet défavorable sur le calcul de la retraite.

Ce n’est pas le cas de Claudine ; même si elle avait fait toute sa carrière dans la fonction publique territoriale, avec le salaire brut d’autour de 1 600 euros par mois qu’elle gagne aujourd’hui elle aurait droit à pratiquement le même montant de retraite.

 

Ne pas se faire inviter de peur de devoir rendre la pareille

Au moment où elle comprend ce qui l’attend à la fin de sa vie active, Claudine réagit, en réduisant autant de dépenses que possible. Elle change de forfait téléphonique et renonce à sa connexion internet, le voisin lui prêtant ses codes WiFi.

Ces efforts se sont ajoutés à un budget déjà serré. Depuis longtemps Claudine ne s’autorise aucun luxe. Elle dîne toujours à la maison et les jours où elle travaille, elle ne sort pas déjeuner : à midi elle mange des galettes de riz, une compote ou un yaourt et un fruit.

« Je ne peux me permettre aucune fantaisie. Je ne sors jamais. J’essaie de ne pas me faire inviter par des amis, parce qu’il y a la contrainte de retourner le geste par la suite. Et pour les anniversaires, il faut faire un cadeau…

Je ne peux pas aller à un club de sport. Je suis asociale. Si je sors c’est pour faire des manifs, des choses comme ça. C’est gratuit. »

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