Cultures 

J’ai rencontré le chien des Lilly Wood and The Prick

actualisé le 22/12/2013 à 04h37

Comme on s’était bien marré avec les Lilly Wood and The Prick en février dernier lors de leur passage au Transbo, on cherchait une excuse pour revenir sur cette rencontre. On remercie donc le gargantuesque et très éclectique Aluna festival d’avoir eu la bonne idée de les programmer pour sa 6e édition le 14 juin prochain.

Lilly Wood and The Prick au Transbordeur
Crédit photo : Mickaël Draï

Lilly Wood and the Prick fait partie de ces duos mixtes plutôt grand public, sans toutefois sombrer musicalement dans la facilité, porté par un univers particulièrement onirique. Mais moi, au-delà de toute prétention artistique, ce qui retient mon attention, ce que je trouve particulièrement douteux, c’est qu’un mec et une fille passent leur vie ensemble depuis 2006 sans que l’on puisse s’imaginer des choses.

En arrivant au Transbordeur, le premier truc qui me frappe en débarquant au milieu des balances, c’est le côté minimaliste de la scénographie. Juste de la lumière, et encore, le minimum. Dommage, j’aime bien ça quand c’est chatoyant. On finit par nous présenter. On se sert la pogne, on se tape la bise. Benjamin Cotto, l’entité masculine du duo, m’explique immédiatement ce revirement esthétique :

« On essaie d’être moins exubérants quand même par rapport à la première tournée qui était hyper chargée de lumières et de décors. On essaie d’avoir quelque chose de plus épuré, d’assez monochrome ».

Nili Hadida avait aussi comme une envie de sobriété :

« On avait d’énormes hiboux, d’énormes ampoules. Ca nous a un peu saoulés. Là, on a envie de se concentrer uniquement sur la musique ».

En parlant de sobriété, on se retrouve finalement dans la loge de Nili qui ressemble à la chambre de pas mal de filles nées dans les années 80. Des vêtements partout, des chaussons léopard et un chien semblable à celui de Paris Hilton nommé Phénix (ou Phoenix pour l’hommage ?) qui semble régner en maître sur son territoire.


Crédit photo : Mickaël Draï

L’obscurité du rien

On oublie parfois que les artistes restent des « jeunes » comme les autres, parce qu’on préfère fantasmer une vie d’excès. Bon, effectivement, ça arrive, mais, au premier abord, pas chez les Lilly Wood. Ici, ça fleure bon les craintes et autres angoisses de leur âge. Celles du groupe éphémère et du difficile retour à l’anonymat après avoir rempli, à l’aise, des salles de 2000 places comme ce soir au Transbordeur. Nili se dit « flippée de disparaître dans l’obscurité du rien ».

Le groupe semble en effet savoir d’où il vient. En résulte une certaine modestie plutôt rafraîchissante.

« Au début, on était doué pour l’écriture et j’avais une jolie voix, mais sur scène, on était à côté de nos pompes, précise-t-elle. La première année, après chaque concert, notre producteur était désespéré. C’est sur la fin de la première tournée qu’on a commencé à être à l’aise ».

On ressent également chez elle le désir de ne pas passer pour la jeune écervelée. Sur scène, ça se manifeste par un besoin frénétique de s’occuper les mains à l’aide de percussions et autres maracasses.

« J’ai vachement le complexe de la chanteuse, acquiesce-t-elle. Je compose, j’arrange et je produis avec Ben. Ca me saoule de juste passer pour la cruche qui chante ».

La pop, pas vraiment l’endroit pour revendiquer

J’aime bien cette fragilité. Du coup, quitte à ne pas passer pour des « cruches », je leur demande pourquoi le groupe n’est pas du genre à s’engager. Ben me fait remarquer que la musique pop n’est pas vraiment l’endroit pour revendiquer. D’autres comme Bertrand Cantat portent mieux ce type de message. Il prend comme exemple Mika, la pop star britannique , qui ne serait pas crédible dans le rôle de l’artiste militant. Nili glisse que vu l’actualité du moment (sous-entendu, le mariage pour tous) :

« Il aurait quand même bien son mot à dire ».

Bonne vanne. J’adore ça les filles qui ont de l’humour. Côté opinion, la sienne, c’est de ne pas en avoir. Elle se compare à un robinet d’eau tiède quand il s’agit de prendre position et que son plus grand plaisir, c’est celui des autres. On n’est pas obligé d’avoir un avis sur tout…. Elle renchérit :

« Nos textes, des petites choses du quotidien, c’est un exutoire pour nous, ça parle à tout le monde car ça parle de plein de petits mal-êtres que tu as en tant qu’être humain. Pas la peine de parler de politique pour toucher les gens ».

Comme on parle du quotidien, j’en profite pour enfin glisser la question qui m’habite : Lilly Wood, c’est un couple ou bien ? Elle sourit :

« Nous n’avons jamais couché ensemble. On est potes. On s’est roulé une pelle une fois très saouls, quand on avait 20 ans. Ca n’a pas très bien fonctionné ».

Je lui souffle alors que c’est important un premier baiser en me mordillant la lèvre inférieure comme une vieille milf sur le retour. Elle consent.

Ping-pong et parents scientologues

On échange ensuite sur les difficultés de garder son conjoint quand on est sur la route, de partager l’autre, chaque soir, avec plusieurs milliers de personnes. On parle de nos âges respectifs, moi qui aie dépassé la trentaine depuis un bail. Nili place, comme ça, l’air de rien, que c’est bien pour un mec d’avoir 40 ans. Il peut encore faire des enfants. Il est beau, surtout quand il a de la thune.

« Un mec qui galère, je suis sûr qu’il a plus de mal à baiser des meufs. »

J’essaie de ne pas relever tout en essayant de me remémorer le montant de mon PEL. Ca devient définitivement trop intense. Ben me propose une partie de ping pong. Sa table l’accompagne tout au long de la tournée. J’accepte bien volontiers. J’apprends alors qu’on le surnomme le Chicain, croisement entre un Chinois et un Mexicain. C’est pourtant un Parisien pur sang, qui n’a jamais quitté le 12e arrondissement.

Benjamin Cotto Lilly Wood and The Prick
Crédit photo : Mickaël Draï

Je repense alors à Nili qui a vu le jour à  Tel-Aviv, seule dans sa loge avec Phénix (ou Phoenix ?). Je fais un raccourci et me dis que c’est une bonne idée, pour brancher une juive, de jouer sur la branche hébraïque de mon arbre généalogique. Je la rejoins donc dans sa loge, sous prétexte de récupérer mon appareil photo. Je m’étonne de son tatouage, marque indélébile interdite dans cette religion, histoire d’évoquer nos affinités.

Elle voit rapidement où je veux en venir, mais me précise que ses parents sont en fait scientologues. Elle commence alors à se changer et m’explique, impudique, qu’il est temps pour elle de faire un peu de corde à sauter. Ne voulant pas y voir une quelconque connotation, je décide de sagement m’éclipser.

L’Aluna Festival

Cette année encore la sympathique manifestation ardéchoise coincée entre Lyon et Marseille, multiplie les têtes d’affiches avec, selon les goûts, du bon et du moins bon, mais du genre à toujours faire recette. The Hives à Olivia Ruiz, en passant par – M -, Mika ou encore Cali ou Saez, sans oublier Tryo (groupe le plus programmé de l’été) et Etienne de Crécy, il y a de quoi chopper un peu le tournis.

> L’Ardèche Aluna Festival, du 13 au 15 juin.
www.aluna-festival.fr

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L'AUTEUR
Mickael de Drai
Mickael de Drai
Journaliste et vidéaste pénible pour Rue89Lyon et La brèche
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