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Séries TV British : l’heure du thé

actualisé le 03/02/2014 à 14h51

BLOG / Résumé des épisodes précédents : Il y a quinze jours, le décès de Margaret Thatcher était l’occasion, dans une première partie pleine de rebondissements, de revenir sur les séries télévisées britanniques produites durant le mandat de la dame de fer et les effets de sa politique et de la crise sur ces productions. On notait alors, après des années de désinvolture et de fantaisie (Chapeau melon et bottes de cuir, Amicalement vôtre…), une nette tendance au réalisme social, à la violence et à la dépression. Mais les années 90 allaient bientôt balayer ces programmes moribonds et faire place à un nouveau genre de séries…

La « dame de fer » et John Major vus par les Spitting Images.

Vu de mon canapé, les séries télé britanniques ont connu un véritable renouveau durant les années 90. Après des années de productions violentes ou moribondes, tournées dans des banlieues en ruine, reflet des années de crise et de conflits que la Grande Bretagne a traversé sous le joug de la mère Thatcher, un nouveau genre de série policière a fait son apparition. Des créations plus sereines et plus posées, quittant la ville pour la campagne et mettant en scène des personnages plus profonds, plus humains et moins portés sur la gâchette. Si l’action pure et dure va s’en trouver réduite à la portion congrue, l’épaisseur des personnages et des intrigues va faire un bond en avant. Les fans de séries policières à l’ancienne vont se frotter les yeux d’étonnement : finies les poursuites en voitures et les fusillades, terminés les personnages stéréotypés du genre des Professionnels (1977-1983). Et si l’on a quitté le béton froid des cités pour les demeures douillettes du Sussex, si l’on a abandonné les dealers, braqueurs et terroristes au profit de familles nobles et huppées sans problèmes apparents, les crimes n’en sont souvent que plus odieux et les assassins plus retors.

En choisissant pour victimes ou coupables des politiciens manipulateurs, des nobles avares ou des affairistes sans scrupules, ceux-là même que la politique de Thatcher a épargné durant la crise, les scénaristes de ces nouvelles séries semblent vouloir venger le peuple / public et remettre un peu les pendules à l’heure. Derrière les façades austères des clubs privés, tout est loin d’être rose et l’on s’empoisonne ou l’on se poignarde pour un poste haut placé, un juteux héritage, des parts d’une société ou l’amour d’une maîtresse. Après le ‘pas drôle d’être pauvre’, c’est le temps du ‘pas drôle d’être riche’.

Tact et politesse

De cette nouvelle espèce, le premier flic à faire son entrée sera l’Inspecteur Morse, (Morse, 1987-2000, d’après les romans de Colin Dexter) magistralement interprété par le regretté John Thaw, un flic d’Oxford misanthrope et teigneux, légèrement porté sur la bière mais féru d’opéra et de mots croisés. Comment d’emblée ne pas apprécier un tel character et comment ne pas tomber des nues en le voyant claquer d’un infarctus dans le tout dernier épisode ?

Comment ne pas se régaler également de Meurtres à l’anglaise (Inspector Linley’s Mysteries, 2001-2007, d’après les romans très fouillés d’Elizabeth George). Ici, l’inspecteur Thomas Linley, 8ème Comte d’Asherton, pointure de la noblesse anglaise, fait équipe avec le sergent Barbara Havers, prolétaire grincheuse qui vit avec sa mère malade. Relations tendues entre deux mondes mais efficacité absolue pour la résolutions des enquêtes.

Plus classique, l’Inspecteur Barnaby (Midsomer Murders, 1997-, d’après les romans de Caroline Graham) enquête dans le comté de Midsomer où l’on s’entretue avec tact et politesse pour la plus grande joie de téléspectateurs avides d’intrigues que n’aurait pas renié Agatha Christie. La liste est longue mais notons encore ce spin off* d’Inspecteur Morse lancé en 2008 avec l’ancien adjoint du défunt policier, l’inspecteur Lewis (Kevin Whately) dans cette série éponyme également tournée à Oxford. On s’y zigouille de collèges en galeries d’art et de public houses en terrains de golf et l’on y aborde des sujets aussi variés que l’homophobie ou l’euthanasie.

Des arnaqueurs et des espions

En 2002, sur BBC 2 apparaît Hustle. Tournée intégralement dans un Londres étonnamment ensoleillé, la série narre les exploits d’une bande d’arnaqueurs spécialisés dans les entourloupes hautement perfectionnées. Cette bande de Robins des bois rend sa propre justice et truande avec humour et génie les puissants insupportables, stars arrogantes, politiciens véreux ou hommes d’affaires douteux. On regrettera une certaine répétition dans les arnaques réalisées mais l’apparition très décalée de quelques guest stars comme Robert Wagner aide à digérer ces petits travers. Avec ses faux airs d’Ocean’s 11 (pour le montage et la musique), son casting de jeunes comédiens britanniques épatants menés par le respectable Robert Vaughn (le dernier des 7 mercenaires encore en vie, s’il vous plait), Hustle a été boudée en France où, sous le titre Les Arnaqueurs VIP, elle n’a été diffusée que le temps des deux premières saisons sur M6 alors que la huitième vient de s’achever Outre-Manche au grand dam du public anglais.

Autre gros succès anglais qui vient de boucler sa dixième et dernière saison (diffusée ces jours-ci sur Canal+), MI5 (Spooks en anglais, qu’on peut traduire par ‘barbouzes’) a souvent été qualifiée de 24 heures anglais. On y suit les aventures d’une équipe du service anti-terroriste du MI5 (Military Intelligence, Section 5), les services secrets anglais responsables de la sécurité intérieure (à ne pas confondre avec le MI6 où pointe 007, chargé des affaires extérieures). L’originalité du programme vient de ce que les scénaristes n’hésitent pas à supprimer régulièrement et dans des conditions inévitablement dramatiques les têtes d’affiche du casting. Autour d’Harry Pearce, leur supérieur magnifiquement incarné par Peter Finch, les agents vont et viennent, ce qui contribue à créer un sentiment constant de malaise et d’insécurité car on ne sait jamais qui sera le prochain à partir en fumée pendant le désamorçage d’une bombe. Ici aussi, on note une certaine répétition dans les intrigues mais l’ensemble, très inspiré par les affaires internationales et les problèmes de société actuels, est infiniment plus crédible et moins caricatural que 24 heures.

Du culte

Au fil des ans, les séries télévisées britanniques se sont constamment renouvelées. Dans le seul domaine de la série policière, entre les productions décalées des swinging 60’s et les récents exploits des spooks de MI5 très inspirés par l’état du monde actuel, elles n’ont jamais été déconnectées, jamais hors-sujet, jamais démodées et sont souvent devenues ‘cultes’, un statut qui leur permet d’être constamment rediffusées sans complexes dans le monde entier plusieurs dizaines d’années après leur création. Qu’elles baignent dans l’absurde et la fantaisie ou dans un réalisme dramatique, elles ont marqué leur époque et certaines demeurent encore des références.

On se réjouit qu’en France, les créations originales de Canal+, de Mafiosa à Braquo en passant par Engrenages atteignent ce même niveau de qualité et fassent enfin oublier des années de frustration et de jalousie à l’égard des séries TV british.

*Voyons comment Wikipedia nous définit le terme ‘spin off’ : Une série dérivée ou spin-off est une œuvre de fiction se focalisant sur un ou plusieurs personnages (généralement secondaires) d’une précédente œuvre, ou ayant pour cadre le même univers de fiction sans pour autant avoir de personnage en commun avec elle.


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