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Séries TV british : l’effet Thatcher

actualisé le 08/02/2014 à 16h53

Vu de mon canapé, le tout récent décès de la Dame de Fer nous renvoie soudain à l’ Angleterre de la fin des années 70. Les swinging 60’s et leur désinvolture colorée ne sont plus qu’un lointain souvenir, la crise frappe le pays de plein fouet et la mère Thatcher commence son bras de fer, âpre et violent, avec les ouvriers (en particulier les mineurs) et les nationalistes nord-irlandais. C’est l’époque d’un libéralisme économique particulièrement dur et intransigeant, mais également d’un sursaut de fierté et de puissance au niveau international. Bref, chez nos amis anglais, il y aura pour toujours l’avant et l’après Thatcher.

La ‘dame de fer’ et John Major vus par les Spitting Images.

Finie la rigolade

Sur les british petits écrans, ce douloureux changement de cap et cette rigueur ambiante vont aussi se faire ressentir. Si la télévision britannique a véritablement connu une époque formidable en termes de créativité et d’originalité durant les années 60 et jusqu’au début des années 70, elle va se faire le miroir de la société moribonde et pessimiste des années suivantes en proposant des séries télévisées plus réalistes, plus dures et plus violentes.

Ainsi, plus question d’associer deux playboys oisifs et de leur faire parcourir la Côte d’Azur à la recherche de jolies filles à sauver (Tony Curtis et Roger Moore dans Amicalement Vôtre). Plus question de voir le John Steed de Chapeau melon et bottes de cuir déambuler en Bentley dans des décors absurdes flanqué d’une Madame Peel en combinaison de cuir. Lorsque cette série mythique fut relancée en 1976, tout ce qui avait fait le charme et la légèreté des saisons originales (1962-1969) fut gommé au profit d’une atmosphère plus lourde et plus sombre. Terminées, les intrigues frappadingues qui flirtaient avec la science fiction, finis les méchants invisibles, les machines à contrôler la météo… A quelques épisodes près, le John Steed des 70’s se retrouvait désormais face à des ennemis (presque) crédibles, des criminels tels qu’on pouvait (presque) en trouver chez Starsky & Hutch à la même époque.

 

Un réalisme violent

En Angleterre, les alter-ego de Starsky & Hutch justement, furent un duo de super flics nommés Les professionnels, agents chargés de lutter contre les bad guys de tous poils, des méchants actuels, trafiquants de drogue et autres terroristes. La série, véritable reflet de la société britannique sous les années Thatcher, va durer de 1977 à 1983 et remporter un énorme succès auprès des grands bretons. Violente, ultra réaliste et plutôt dénuée d’humour, elle pousse un cran au-dessus ce que la série policière The Sweeney (la brigade) avait amorcé un peu auparavant et dont les intrigues, situées dans des banlieues déprimantes en briques rouges, mettaient en scène des flics brutaux et blasés pourchassant dans des Jaguar déglinguées des voyous aussi malheureux qu’eux.

Malgré leur popularité, Les professionnels ne vont pas plaire à tout le monde. Un des derniers épisodes sera même taxé de racisme et la princesse Diana, bien des années plus tard, interdira les rediffusions de la série à ses deux gamins, la jugeant trop violente pour leurs royales pupilles.

Dans cette ambiance, l’interminable feuilleton Coronation street, lancé en 1960, fait figure de monstre préhistorique. Avec pour sujet la vie quotidienne des habitants d’un quartier ouvrier de Manchester, ce monument de la télé anglaise défie le temps en s’adaptant à son époque. Sous Thatcher, les soucis des personnages (principalement le chômage) sont les soucis des téléspectateurs dont beaucoup ont grandi avec ce programme, toujours diffusé en 2013, plus d’un demi-siècle après son lancement. Plus jeunes et un peu moins déprimants sont les héros de Eastenders, création concurrente lancée en 1985, toujours à l’antenne et qui fouille quant à elle les états d’âme de quelques résidents d’Albert Square, un coin de l’est de Londres.

On se détend

Heureusement, tout ne fut pas que crime, misère et douleur dans les séries britanniques de l’époque. Si le Monty Python’s Flying Circus s’est achevé en 1974, John Cleese fait toujours se poiler les anglais dans le rôle d’un aubergiste aussi arrogant qu’incompétent dans L’hôtel en folie (Fawlty Towers), diffusé de 1975 à 1979. Dad’s Amy, avec l’impayable John Le Mesurier s’achève en 1977 mais lui succède une nuée de sit coms de qualités diverses qui vont faire tenir les téléspectateurs jusqu’à la fin des années 80 et le retour de la désinvolture et du flegme dans les productions britanniques. La guerre des Malouines est passée, la grève-marathon des mineurs s’est achevée après une année de tensions tandis qu’un accord anglo-irlandais vient d’être signé. L’Angleterre s’est, bon an mal an, habituée à sa Dame de fer. On se détend.

Dans la little lucarne, les ténébreux héros des Professionnels vont laisser place en 1985 aux plus sympathiques Dempsey & Makepeace (Mission Casse-cou en français), gros succès international. On retrouve chez cette policière anglaise un peu guindée contrainte de collaborer avec un flic new-yorkais pour le moins grossier le même type de relation qu’entre Moore et Curtis dans Amicalement vôtre quatorze ans plus tôt : l’opposition entre deux cultures, entre des traditions, entre deux façons de raisonner et toutes les vannes qui peuvent en découler.

En 1990, Thatcher se plante avec sa Poll Tax et démissionne, larguée par son propre parti. La morosité et les effets de la crise s’estompent peu à peu et les années 90 verront naître de très grandes séries britanniques (Inspecteur Morse, notamment), souvent marquées par leur qualité d’interprétation et des décors soignés (les tournages quittent la banlieue pour la campagne), la complexité des intrigues et une certaine lenteur… tout cela témoignant presque d’une sérénité retrouvée.

A suivre…

 

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Jeff Rivière
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