Cultures 

Markus Leicht, bouquiniste à Lyon : les mercenaires de la librairie 1/5

actualisé le 25/04/2014 à 22h26

Figure emblématique d’une profession qui tombe en désuétude, le bouquiniste résiste. À Lyon, ils sont encore une vingtaine à refourguer livres, comics et autres BD d’occasion. Comment ces vendeurs d’une autre époque s’adaptent-ils à un marché en pleine mutation? À travers une série de cinq portraits, nous plongeons dans un quotidien fait d’arrangements, de désillusions mais aussi d’idées pour survivre.

Crédit : Hugo Lautissier/Rue89Lyon

À proximité de la place des Terreaux, Rue d’Algérie, une petite librairie mal éclairée et silencieuse, l’une des dernières du 1er arrondissement. Markus Leicht, 63 ans, a ouvert la librairie Temps Livres il y a 27 ans avec un ami. Il s’est spécialisé dans la science-fiction et les comics en import. Depuis un an, il est seul à gérer la boutique et travaille 7 jours sur 7, 80 heures par semaine. Dans la réserve, des centaines de comics attendent d’être triés, par ordre alphabétique. Un travail colossal qui ne pourrait se faire sans l’aide de certains clients réguliers.

Les clients et leur fréquentation du lieu : un des problèmes principaux du bouquiniste. En deux heures, quatre personnes sont passées dans la librairie : un acheteur, deux vendeurs, et une connaissance venue faire réparer son ordinateur. Car pour maintenir son entreprise à flot, Markus a dû jouer la carte de la polyvalence. Ses connaissances en informatique lui permettent d’arrondir des fins de mois de plus en plus difficiles :

« Depuis 3 ans la boutique ne dégage plus de bénéfices, les choses devraient redevenir un peu plus normales cette année et j’espère pouvoir dégager un demi smic au moins, mais ça va demander beaucoup de boulot pour relancer l’activité. »

En cause notamment, selon l’analyse de Markus, les loyers prohibitifs du centre-ville.

«Le loyer que je payais 250 euros dans les années 70 passera à 850 euros au prochain semestre. Si l’on y ajoute le pas-de-porte, le coût devient astronomique. »

Crédit : Hugo Lautissier/Rue89Lyon

Tintin et tout ce qui vaut « que dalle »

Tous les jours, des particuliers viennent proposer des sacs remplis de livres.

« Il y a des jours où j’ai l’impression de passer mon temps à acheter. Aujourd’hui, les gens ne cherchent plus de livres, ils s’en débarrassent ».

A chaque fin de mois, c’est la même parade. Les particuliers sont de plus en plus nombreux à venir vendre les vieux bouquins poussiéreux qui encombrent leurs bibliothèques. Une fin de mois qui se situe aux alentours du 15, « c’est très net depuis septembre » ajoute Markus. Il y a aussi les habitués, persuadés d’avoir un trésor dans la bibliothèque familiale :

« Dès qu’il y a une vente record d’album de Tintin à Bruxelles, tu peux être sûr que dans la semaine suivante, une dizaine de personnes va venir me proposer ses vieux albums gribouillés, persuadés de pouvoir en toucher plusieurs milliers d’euros. La vérité c’est que leur BD ne vaut que dalle. »

« Qui irait acheter un livre numérique d’occasion ? »

Markus tord le cou au cliché du bouquiniste déconnecté, dépassé par les révolutions 2.0.

« J’ai été l’un des premiers en France a disposer d’une connexion ADSL », assure-t-il fièrement.

La première chose que l’on voit en entrant dans la librairie est un ordinateur qui affiche la page Facebook de la boutique. Tous les jours, il publie ses dernières acquisitions et les ouvre à la réservation. Cette simple page Facebook représente environ 10% de ses ventes.

Surtout, elle participe à faire connaître sa boutique :

« Des gens se sont aperçus qu’il y avait un bouquiniste dans leur rue après avoir vu cette page Facebook! »

Markus sait aussi qu’il peut compter sur ses clients les plus fidèles. L’une d’entre elles est actuellement en train de lui créer un site internet. Un outil à double tranchant pour les professionnels du livre d’occasion :

« Lorsque les gens basculeront vers le numérique, les bouquinistes vont souffrir. Qui irait acheter un livre numérique d’occasion ? »

Une menace qui plane sur toutes les têtes. Markus le sait plus que quiconque : depuis les années 60, il publie des nouvelles dans de nombreux magazines et fanzines de science-fiction pour la plupart aujourd’hui disparus. Signe des temps, il écrit depuis le début des années 2000 exclusivement sur le net. La plupart de ses nouvelles et romans sont disponibles en ebook gratuitement et totalisent un nombre important de téléchargements.

« On ne peut pas en dire autant pour mes ebooks payants. Les gens ne sont pas prêts à payer pour un document virtuel, et d’un côté je les comprends. »

Crédit : Hugo Lautissier/Rue89Lyon

 

 

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