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Causerie au coin du feu avec Stéphane Bourgoin

actualisé le 14/09/2013 à 16h06

Pour le prochain numéro de So Film (dans les kiosques mercredi 5 septembre), j’ai eu l’occasion de papoter avec Stéphane Bourgoin, LE criminologue français spécialiste des tueurs en série et tueurs de masse, à propos de l’influence supposée de certains films sur les meurtriers. En teaser, voici quelques extraits inédits de l’entretien.

(…)

Pour vous, le lien entre les films violents et les meurtres n’est pas avéré ?

Ce n’est pas ça qui va déclencher le passage à l’acte. Par contre, je suis d’accord avec François Forestier dans un récent article du Nouvel Obs quand il dénonce la stupidité des producteurs hollywoodiens qui ne produisent plus que des films de carnage, qui peuvent entraîner une désensibilisation par rapport à la violence et une certaine forme d’identification à des personnages. Mais au cinéma, vous êtes un spectateur passif, à l’inverse de certains jeux vidéo extrêmement violents, auxquels des personnalités à problèmes, des adolescents un peu fragiles jouent jusqu’à 15-16 heures en continu. Là, je vois un plus grave problème. Une revue scientifique américaine a publié une étude très sérieuse il y a deux mois où ils indiquent que de façon très claire, les jeux vidéos violents influent et altèrent une partie du lobe du cerveau qui concerne notamment les émotions.

Mais ça procède aussi chez ces personnes d’une étape pour se couper de tout contact social…

Tout à fait. Ce n’est pas parce que vous jouez aux mêmes jeux qu’Anders Behring Breivik que vous allez commettre des carnages dans la rue. C’est uniquement que sur 115 tueurs de masse apparus ces dernières années, 108 étaient des fans de jeux extrêmes et s’y adonnaient 10 à 12 heures par jour.

Breivik a expliqué que c’était sa façon de se retirer du monde extérieur…

Oui, mais dans son manifeste de 1550 pages, il indique trois fois que les jeux vidéos lui ont permis de structurer son acte criminel.

Sorcière ! Pousse-au-crime !

(…)

Êtes-vous d’accord avec le constat que chaque renouveau du cinéma d’horreur aux Etats-Unis est étroitement lié avec un conflit dans lequel le pays est engagé ?

Bien sûr, et de la même façon, l’âge d’or du cinéma fantastique français intervient au moment de l’Occupation allemande. La Fiancée des Ténèbres, L’homme qui vendit son âme au Diable et beaucoup d’autres… On se réfugie dans une autre réalité. Regardez l’Allemagne au sortir de la Première Guerre Mondiale, la République de Weimar, la dépréciation du mark, le chômage absolu, ça déclenche le Docteur Caligari, tous les films avec Werner Krauss, Le Golem… la Grande Dépression aux Etats-Unis correspond aussi à l’âge d’or d’Universal.

C’est une projection d’une réalité sur laquelle on n’a aucune prise ?

Non, au contraire, on se cache dans un monde qui n’est pas la réalité, pour lui y échapper.

Le Cabinet du Docteur Caligari

(…)

Que pensez-vous des films inspirés par ces tueries ?

En général, ils s’éloignent beaucoup de la réalité. Sauf quelques films : L’étrangleur de Boston et L’étrangleur de Rillington Place, je trouve aussi très intéressant le Schizophrenia de Kargl, le premier Honeymoon Killers, évidemment Henry : portrait of a serial killer… sur le même cas d’Henry Lee Lucas et Otis Toole, il y a aussi un excellent film tourné avec très peu de moyens, disponible uniquement en DVD Zone 2 britannique, qui s’appelle Confessions of a serial killer. Sinon, Eric Valette s’est inspiré d’une affaire réelle dans son excellent court-métrage Il est difficile de tuer quelqu’un, même un lundi.

La bande-annonce originale de Schizophrenia de Gerald Kargl, récemment sorti en DVD et Blu-Ray

La suite de l’entretien le 5 septembre, dans So Film troisième du nom.

Stéphane Bourgoin raconte, les vendredis à 22h30 sur Planète + Justice

Mes conversations avec les tueurs, Grasset

 

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L'AUTEUR
François Cau
François Cau
Expendable chez So Film.
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