Appartement 16
  • 11:50
  • 21 août 2012
  • par Fahiya Hassani

Reconversion des prisons de Lyon : la mémoire sacrifiée ?

5430 visites | 7 commentaires

La reconversion des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph à Lyon va entrer dans sa phase active. Mais le projet retenu ne convainc pas entièrement les défenseurs de la mémoire patrimoniale du lieu.

VUE AERIENNE PRISON PERRACHE - LYON
Les anciennes prison de Lyon : en bas sur la photo, Saint-Joseph et, en haut, Saint-Paul © Pierre Augros / Maxppp

En ce mois d’août, le groupement formé par l’Université catholique de Lyon, Garbit et Blondeau Architectes, Habitat et Humanisme et l’Opac du Rhône, entre autres, va devenir propriétaire des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph. Leur projet, appelé La vie grande ouverte, a remporté l’appel d’offres lancé par la préfecture pour la reconversion du site. Il prévoit un campus pour l’Université catholique sur Saint-Paul, des logements, des bureaux et des commerces sur Saint-Joseph. Les travaux débuteront en fin d’année.
Après le transfert en 2009 des prisonniers à la maison d’arrêt de Corbas, dans la banlieue est, la démolition des prisons de Lyon avaient un temps été envisagée. C’était sans compter la mobilisation des défenseurs du patrimoine :

  • Deux étudiants ont créé un blog.
  • Paul Raveaud, militant PS habitant le quartier et sensible à ces questions, a rédigé une pétition avec l’historien Bruno Benoît qui a recueilli 87 signatures.

Paul Raveaud explique :

« Il est important de garder des traces de l’histoire. On ne peut pas construire sereinement le futur sans cela. Et puis, Confluence arrivait au sud du quartier, qu’allait-il advenir du Nord ? Nous étions inquiets de voir la paupérisation grandissante de cette zone. Il fallait un projet qui tire tout le quartier vers le haut ».

Un patrimoine conservé « a minima »

Il faut dire que le complexe formé par les deux prisons représente un témoignage unique de l’architecture carcérale française du 19e siècle. Il n’existe en effet nulle part ailleurs en France la juxtaposition de ces deux styles et de ces 2 visions : Saint-Joseph, construite fin des années 1820 sur un plan en peigne et selon une philosophie empreinte des Lumières ; et Saint-Paul, construite en 1860 sur un plan panoptique, à une époque où l’enfermement devait faire expier les fautes.
D’où un appel d’offres précisant les parties de chaque prison qui doivent être conservées et celles qui peuvent être modifiées ou démolies. Or, pour les défenseurs des prisons, le projet retenu ne va pas suffisamment loin sur ce point. C’est l’avis de Bernard Bolze, fondateur de l’Observatoire international des prisons (OIP), qui a lui-même passé trois mois à Saint-Paul :

« Le projet respecte a minima les exigences du cahier des charges. Il ne prévoit pas de garder davantage de bâtiments. Ainsi le bâtiment H de Saint-Paul, emblématique de la prison, avec ses 3 étages et ses coursives, ne sera pas conservé ».

vue aérienne des 2 projets-3

Vue des deux projets. En bas lîlot Saint-Paul; en haut, l’îlot Saint-Joseph © La Vie Grande Ouverte

« Ouvrir le site sur le quartier »

A Saint-Paul seront conservées la rotonde centrale, symbole de la prison, et sa chapelle. A Saint-Joseph, le bâtiment Baltard, le bâtiment d’administration, une partie des murs d’enceinte seront conservée, tout comme le portail d’entrée ainsi que la chapelle. Des galeries permettront au public de traverser les deux prisons, de la place des archives au quai Perrache.

« Mais elles seront fermées en soirée, regrette Paul Raveaud. On pourrait y organiser des évènements culturels, notamment à la belle saison, pour faire vivre le lieu et l’ouvrir sur le quartier ».

Bernard Bolze aurait également souhaité faire du site un lieu d’échanges et de connaissance sur son passé :

« On pourrait imaginer des conférences sur ce qu’était la vie en prison, des expositions, des rencontres. Il faut que le public se réapproprie le site. Autrefois, on ne franchissait pas les voûtes, qui délimitaient le quartier. Il était insalubre et faisait peur. Les représentations sont restées. Le regard doit changer avant que ça ne disparaisse ».

A défaut, une vieille demande des riverains a été entendue : les prisons seront ouvertes au public pendant les Journées du patrimoine, avec un parcours balisé.

L’îlot Saint-Joseph (25 000 m2)

• Un immeuble de bureaux tout neuf de 11 300 m² sur le quai Perrache
• Rue Delandine/rue Degas-Montbel : une résidence intergénérationnelle séniors/étudiants de 131 logements, 66 logements sociaux
• Rue Delandine/Cours Suchet : 105 logements en accession, dont certains dans les anciens bâtiments de la prison
• Les bureaux d’Habitat et Humanisme, dans d’anciens bâtiments de la prison
• Un laboratoire d’économie sociale dans la chapelle centrale
• Des commerces de proximité

Le campus Saint-Paul de l’Université catholique (35 000 m2 )
• Le pôle Droit, Sciences économiques et sociales
• Le pôle Sciences
• La bibliothèque universitaire
• Le département de formation continue de CPE Lyon
• L’Observatoire Social de Lyon

Le logement intermédiaire oublié

Le projet a tout de même des points positifs, reconnaissent-ils. Et notamment la mixité des publics accueillis et des usages. Ainsi juge Paul Raveaud :

« L’Université catholique, c’est très bien. Il y aura de la vie avec les étudiants. Habitat et Humanisme et un centre de l’économie sociale et solidaire, cela va dans le bon sens. Cela rappelle le côté humaniste de la ville. »

En revanche, il manque du logement intermédiaire. La fourchette des prix va en effet de 6213 euros le m2 pour un appartement de 27.20 m2, à 8299 euros pour un appartement de 95m2. Loin de la moyenne observée sur le 2e arrondissement de Lyon, autour de 3700 euros selon les sites spécialisés. C’est le bémol que soulève Paul Raveaud :

« Les logements à vendre sont trop chers. Cela va exclure une partie importante de la population. On aurait peut-être pu faire en sorte que les prix ne suivent pas ceux du marché».


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7 Commentaires postés

  1. Pour information, la prison de St Joseph n’est pas construite sur un plan en Peigne. Elle est réalisée selon un modèle d’organisation que l’on ne retrouvera pas dans l’histoire de l’architecture.

    Et, la prison de St Paul n’est absolument pas réalisée sur un plan panoptique, mais radial ou rayonnant. Le plan panoptique est un plan circulaire avec une tour centrale insérée dans le bâtiment. Et si les prisons sur plan panoptique sont très rares en France, les prisons sur plan rayonnant le sont moins, bien que tendant à disparaitre.

    Amicalement
    TO

    • Dans un cadre pro j’ai suivi une visite de la prison (quand elle était encore habitée) effectuée par du personnel pénitenciaire et ils parlaient eux même de plan panoptique. mais je ne voyais pas très bien ce qu’il y avait de panoptique… cela dit je ne comprends pasa la différence avec ce que tu expliques. tu n’as pas un schéma?

  2. Chargé du développement du Mémorial de la Prison Montluc, je suis surpris que dans votre article, consacré au devenir des Prisons Saint Paul et Saint Joseph, vous n’évoquiez pas la Prison de Montluc.
    Ce site a été classé et restauré en partie. Nous avons accueilli en un an plus de 20 000 visiteurs dont plus la moitié sont des scolaires, et nous organisons des formations enseignantes sur la question de l’enfermement.
    Cette prison qui a fonctionné jusqu’en février 2009, comme Maison d’arrêt pour les femmes, est aujourd’hui régulièrement ouverte au public avec une exposition consacrée à son utilisation par la GESTAPO (Jean Moulin, Marc Bloch, les enfants d’Izieu, etc).
    Si vous souhaitez obtenir de plus amples informations, nous nous tenons à votre disposition, et pouvons aussi vous communiquer les articles réalisés par vos confrères de Lyon Capitale, de l’Express, et de Géo .

  3. Renseignez vous sur les prix! la moyenne des prix vendus par Ogic, le promoteur est de 4800 euros le mètre carré… On n’est pas à Paris non plus…

  4. Trop Grave Vandalisme!

  5. @Aurélien Lachaud : Nul besoin de publier votre lien plusieurs fois. Merci!