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Centrifugeuse de visionnage, épisode 2

actualisé le 14/09/2013 à 16h06

Le retour de la vengeance des dernières choses vues.

Himizu de Sono Sion

En dépit de toute l’admiration légitime qu’on peut avoir pour l’œuvre de Sono Sion, à un moment, faut arrêter de se mentir. Au bout de deux heures à se tortiller sur son siège, à tiquer devant des partis pris en vase clos, à se dire que putain, on a pourtant envie de l’aimer ce film, le constat est carrément mitigé.

Toute la force de la Trilogie de la Haine (constituée des films Love Exposure, Cold Fish et Guilty of Romance) résidait dans sa subtile balance entre la radicalité des personnages, la violence physique et surtout psychologique, des entrelacs narratifs empruntés à la littérature mais transcendés par une intuition cinématographique tout simplement remarquable. Dans la décennie écoulée, Sono Sion a macéré les plaies du modèle patriarcal japonais avec un raffinement tout ce qu’il y a de plus sadique, dans des œuvres furieuses, expérimentales, bâtards de sublimes partouzes entre cinéma d’auteur et série B. Artistiquement, Sion entre maintenant dans son âge du chaos.

Dans Himizu, la famille nucléaire a explosé en même temps que la centrale de Fukushima. Les mères sont des prostituées, les pères des connards indignes souhaitant voir crever leur progéniture. Les adolescents, en conséquence, gueulent, chialent, se battent, et parfois les trois en même temps. Ils clopinent dans un univers en friche, spectres hagards d’une société en mauvaise descente. Leur destin s’imbrique de force dans celui d’autres personnages mal définis, dans une ambiance où l’hystérie est reine.

C’est bien là le souci : toute évolution dramatique est neutralisée, tuée dans l’œuf par cette surenchère émotionnelle constante. Dans Love Exposure, chaque occurrence du Boléro de Ravel dans la bande-son revêtait un sens différent ; ici, l’utilisation du Requiem de Mozart finit franchement par irriter et donnerait presque envie de traiter le cinéaste de branleur. Du chaos, Sono Sion a déjà fait sortir des films monstrueux, dans tous les sens du terme. Himizu contient certes quelques moments hallucinés (notamment la “visite“ chez le néo-nazi), mais ils ne suffisent pas à élever le film vers autre chose qu’un brouillon braillard.

Courageous d’Alex Kendrick

Modèle patriarcal, mais américain cette fois-ci ma bonne dame. Plus question de rigoler : Alex Kendrick, déjà responsable de l’intolérable drama chrétien Fireproof avec Kirk Cameron, prend les choses en main, et va jusqu’à interpréter le rôle principal des-fois-que-son-message-soit-pas-assez-clair.

Une nouvelle fois situé dans la ville d’Albany, Courageous nous narre le quotidien des forces de l’ordre, plus précisément d’une bande de potes a priori intègres jusqu’au bout des ongles, pères de famille en plein doute, hommes d’église serrant les coudes dans l’adversité. Ça tombe bien : après avoir scrupuleusement attendu la fin du deuxième acte, la fille du héros décède dans un accident. Kendrick cherche des réponses dans les saintes écritures, et finit par convaincre ses collègues de signer un pacte les engageant à devenir de meilleurs pères.

N’oublions surtout pas Javier, méritant chômeur mexicain que les voies du Seigneur ont aiguillé vers la maison de Kendrick, des promesses d’emploi plein les yeux. Soyons honnêtes : par rapport à Fireproof, Courageous représente un bond qualitatif tout à fait honorable, sans doute grâce à l’investissement passionné de son auteur. S’il ne faisait intervenir l’argument religieux qu’au bout d’une demi-heure de film dans son précédent essai, ici, il relâche la pression et nous dit que Dieu est partout.

Dans le sourire de chaque enfant, dans les poursuites de dealers, dans la recherche d’emploi, dans la gêne évanescente d’une danse exécutée seul dans un parking désert. Au cas où son discours n’ait toujours pas été compris, le film se termine littéralement par un sermon, déclamé devant une église hypnotisée par nul autre qu’Alex Kendrick : si les pères faisaient leur boulot, il y aurait moins de jeunes en prison. Attention : hardcore.

The Newsroom d’Aaron Sorkin

Old school, baby. La série s’ouvre sur un générique sobre, succession de photographies de vrais journalistes à l’ancienne – vraisemblablement les héros de Will McAvoy, présentateur vedette d’une chaîne info US et principal protagoniste de la série. La ruche de producteurs, enquêteurs, et reporters grouillant autour de lui resserre l’effervescence chère au créateur de The West Wing à quelques pièces, pour un résultat peut-être encore plus percutant lors des scènes de direct.

Les sous-intrigues sentimentales sont apparemment vouées à se répéter ad nauseam, mais qu’importe : The Newsroom rejoint dès son premier épisode Les Hommes du Président et Good Night and Good Luck dans le tiercé des meilleures œuvres consacrées au journalisme. La rigueur du travail d’enquête, de restitution de l’information, d’objectivité factuelle est décortiquée dans ses moindres détails, mieux, elle représente l’un des enjeux dramatiques majeurs aux côtés de notions comme l’intégrité, la ténacité, le courage.

Forcément, ça n’a pas l’air sexy, et le show irrite outre-manche pour son traitement d’événements récents (la série se déroule un an en arrière, la saison 2 devrait logiquement tourner autour de la présidentielle) – pourtant, Sorkin n’y fait pas le donneur de leçons. Il se repose simplement sur un code déontologique sûrement désuet, mais un rien, un chouïa fondamental.

2 days in New York de Julie Delpy

Oui, dans le fond, le trip égocentrique de Julie Delpy ressemble assez à celui de n’importe quelle autre actrice française tentée par la réalisation. Les survivants de Toutes les filles pleurent, la première tentative de Judith Godrèche, savent à quel point ce genre d’objectivation de post-ado capricieuse peut être néfaste pour le cinéma dans son ensemble.

Mais chez Julie Delpy, la bataille d’ego est fort heureusement atténuée par un vrai regard. Une mise en scène pseudo-naturaliste sert en fait de terreau humoristique fertile à l’une des bases du comique de situation : la confrontation de corps étrangers. En l’occurrence, la famille sans-gêne de Marion vs son compagnon du moment.

Après un fabuleux Adam Goldberg, Chris Rock relève l’exercice avec bravoure et offre au film quelques scènes franchement hilarantes. On est d’accord, ça ne sert pas à grand-chose, c’est parfois assez lourd, mais c’est plutôt plaisant.

Paranormal Xperience de Sergi Vizcaino

Un groupe d’étudiants en psychologie déboule dans une ville fantôme afin d’en démonter les légendes. Pendant plus de la moitié du film, des esquisses de personnages passent leur temps à sursauter au moindre bruit. Au bout de très exactement 48 minutes, la tuerie commence. Cinq minutes avant la fin, le twist vomit un retournement de situation que seuls les endormis auront raté. Sinon, globalement, on a l’impression que des exécutifs hollywoodiens ont délégué l’un de leurs innombrables scripts horrifiques à des stagiaires espagnols sous-payés.

Respire de David A. Cross

Un tout, tout petit film indépendant tout fauché, avec des acteurs pas terribles qui s’ébrouent dans des décors restreints autour d’une intrigue de trafic de derniers souffles, élixirs aux vertus curatives très mal justifiées. Son involontaire côté “The Room fantastique“ comblera moyennement les fans radicaux de nanars, et les autres spectateurs laisseront tomber au bout de sept minutes. Non, franchement, (re)voyez plutôt The Room, de l’inimitable Tommy Wiseau.

Sex & Zen 3D de Christopher Sun Lap Key

Dans ses quelques scènes épiques, ce succès “surprise“ du box-office hongkongais rappelle les meilleurs moments de son modèle de 1991, comme les heures les plus démentes du cinéma d’exploitation érotique des années 90. Mais comme dans toute production olé olé qui se respecte, l’attention retombe fâcheusement entre lesdites scènes. Ce n’est pas l’érotomanie qui parle : de flamboyante et relativement inspirée, la réalisation devient subitement plate et bêtement austère. Les acteurs masculins ont beau cabotiner comme des cochons en rut pendant que leurs partenaires féminines minaudent avec charme, on s’emmerde sec devant l’intrigue débile de « The First 3D Erotic Movie ». L’image du Blu-ray est magnifique, par contre.

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François Cau
François Cau
Expendable chez So Film.
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