Politique 

Le fonds du Qatar pour les banlieues abandonné : "un hold up du gouvernement"

TRIBUNE / L’annonce, fin 2011, faite par Mohamed Jahan Al-Quwari, ambassadeur de l’Emirat du Qatar, à Paris, de la création d’un fonds d’investissement dédié aux projets associatifs, économiques, culturels et sociaux dans les banlieues, nous a réjouis. Jusqu’à ce que nous apprenions qu’il allait sans doute être redirigé vers un soutien aux PME, piloté par Arnaud Montebourg.

Lors de la campagne présidentielle, le candidat François Hollande annonçait la création d’un fonds public d’investissement dont une partie serait dédiée aux banlieues.

Ajoutées au projet qatari, ces déclarations n’avaient fait qu’accroître le sentiment que l’expertise et le diagnostic des acteurs de terrain étaient enfin entendus et repris par les institutions du pays. Ce sont aussi ces intentions qui ont entraînées un vote massif des quartiers populaires pour le candidat Hollande.

Mais au mois de juin 2012, on apprend par le journal Le Parisien que ce projet serait complètement abandonné au profit d’un fonds destiné à soutenir les PME et qui serait piloté par Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif. Aujourd’hui, c’est la désillusion. On a le sentiment d’être méprisé et d’avoir été instrumentalisé en temps de campagne… Voilà voilà qu’ça recommence.

 

Un hold up du gouvernement

Notre association Valeurs des quartiers et son réseau condamnent et dénoncent ce qui s’apparente à un hold-up du gouvernement. Ce financement légitime des PME ne doit pas se faire au détriment des quartiers populaires. Qui pourrait accepter un tel détournement ?

Si le gouvernement refuse de soutenir les banlieues, pourquoi empêche-t-il ceux qui en ont la volonté de le faire ? De quelles valeurs peut-on se prévaloir en tant que gouvernement si une partie importante de la population française, notamment sa jeunesse, continue à être reléguée dans la précarité, la pauvreté et si de plus en plus de citoyens en lutte contre l’exclusion ne sont ni entendus ni soutenus.

De discours électoraux incantatoires en promesses républicaines oubliées, nous constatons toujours cette situation d’injustice, d’inégalité dans l’accès aux droits économiques et sociaux élémentaires.

 

L’échec de la politique de la ville et les vieilles méthodes

Nous appelons le nouveau gouvernement à reconsidérer sa position et à favoriser l’accès aux moyens financiers des banlieues pour qu’elles participent à une dynamique de croissance pour le redressement du pays.

Nous l’appelons aussi à rompre avec les anciennes méthodes qui ont fait l’échec de la politique de la ville depuis 30 ans et de prendre enfin en compte l’expertise des acteurs de terrain pour l’élaboration des politiques publiques à destination de nos quartiers, et à impliquer ces acteurs de terrain à la mise en œuvre de ses futurs politiques ou dispositifs.

 

Décomposition…

Militant depuis des années pour la création d’un fonds d’investissement pour les porteurs de projet issus des banlieues de France, l’association « Valeurs des quartiers », parmi d’autres, n’a cessé d’interpeller l’Etat et les institutions locales sur les difficultés des habitants des quartiers populaires, porteurs de projets ambitieux, à trouver un financement dans le cadre des dispositifs existants d’aide à la création d’entreprise. Ces institutions n’ont jamais voulu prendre en compte nos revendications ou soutenir nos projets.

On sait bien que nos quartiers sont stigmatisés. L’histoire de l’Est lyonnais en traduit toute la représentation à la fois locale et nationale, mais cette stigmatisation ignore les dynamiques à l’œuvre dans les quartiers populaires et les réduit abusivement aux images sommaires de la violence généralisée ou de la décomposition. Comment faire alors si l’élan des acteurs de ces quartiers qui organisent et portent des projets sérieux n’est pas entendu, ou s’il se limite à la cooptation d’une petite élite d’origine populaire ou ethnique dont le projet se résume à leur seule personne.

Ce qu’attendent nos concitoyen-ne-s, c’est d’avoir les moyens concrets du changement réel dont ils ont les clés. Ils n’attendent pas des responsables politiques des formules générales et des volontarismes abstraits.

 

Par Abdelghani Delli: Valeurs des quartiers Vaulx-en-Velin (« Valeursdesquartiers1@yahoo.fr »), Pierre Didier Tchétché Apea: Divercité Lyon, collectif AClefeu (Île-de-France), Forum Social des Quartiers Populaires, Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie, Justice pour le Petit Bard (Montpellier), Collectif-antinegrophobie, Pas à Pas 38 (Isère), Cultures & Dialogue (Grenoble).

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