Politique 

A Villeurbanne, terreau socialiste, l’UMP colle plus pour gagner plus

A Villeurbanne, François Hollande a réalisé un score historique au premier tour de l’élection présidentielle. Les colleurs d’affiche UMP ne s’estiment pas pour autant vaincus et la rivalité entre militants fait rage.Après « travailler plus pour gagner plus », mettre plus d’affiches pour gagner plus de voix ? Ce pourrait être le leitmotiv de ces militants UMP de Villeurbanne.

Dans la sixième circonscription du Rhône habituellement dominée par la gauche, Nicolas Sarkozy a réalisé 24,08% des voix, loin derrière François Hollande à 33,82%. Une chute de 6 points par rapport à la précédente élection. Pourtant, tous les soirs depuis deux mois, c’est le même branle–bas de combat au quartier général de l’UMP, rue Racine. L’affiche reste une arme, le visuel doit marquer l’œil et les esprits.« Le deuxième tour n’est pas encore joué. Nous avons toutes les armes pour aller au bout », estime Jean-Wilfried Martin, délégué de circonscription du Rhône, un tas d’affiches dans les mains.

Direction la voiture pour un voyage en deux groupes afin de coller une quarantaine de posters sur les panneaux libres d’affichage et les panneaux municipaux. Jean-Wilfried Martin, Florian Moulin, militant, Jean–Paul Régnault, conseiller national et Régis Lacoste, conseiller municipal à Villeurbanne parcourront la ville en 1h30 chrono dans la zone sud autour du cours Emile Zola. Pour constater que les affiches à l’effigie de leur champion ont souvent été détériorées… la veille.

 

« Vous perdez votre temps ! »

Armés de pots de colle à tapisserie, les quatre militants constatent in situ la tendance des urnes. Dans cette dernière ligne droite avant le deuxième tour, le visage de Nicolas Sarkozy est régulièrement arraché, à côté d’un François Hollande la plupart du temps intact.

« C’est parce que les militants du PS ont collé leurs affiches aujourd’hui, avec la venue récente de Pierre Moscovici », explique Jean-Paul Régnault, au volant de la petite voiture pleine de pots et d’affiches UMP dans le coffre, « ça, on n’en manque pas ».

Rue Anatole France, un conducteur au feu rouge leur lance :

«  Il ne passera jamais, ça sert à rien, vous perdez votre temps ! ».

Réplique immédiate : « mais pas du tout ! ». Plus tard, revenu à la permanence de l’UMP, un passant tance par la porte entrouverte : « C’est perdu d’avance ! ».

Démoralisé, les jeunes pop’ ? « Nous sommes habitués », explique Régis Lacoste, conseiller municipal à Villeurbanne. « Un cocktail Molotov avait été lancé le soir de l’élection présidentielle 2007 ».

 

Tags à caractère antisémite

Les militants ont aussi relevé samedi 21 avril des tags à caractère antisémite sur le panneau de Nicolas Sarkozy devant l’école Anatole France.

« Plusieurs Villeurbannais nous ont dit que c’était lamentable. Mais on aurait aimé avoir aussi la réaction du maire de Villeurbanne (le socialiste Jean-Paul Bret, ndlr) », explique Jean-Wilfried Martin.

Au PS, on ne colle rien sur la CGT

Changement d’ambiance à la permanence du PS, rue Servet à Villeurbanne, à quelques centaines de mètres de celui de l’UMP. Ici, la couleur rouge du parti se voit et s’affiche, comme les sourires. Revêtus de leur veste rouge estampillée « Equipe de campagne francoishollande.fr », Didier Vullierme, animateur de la campagne à Villeurbanne, et trois autres militants, forment une équipe bien rodée depuis 2007.

 

Dans la voiture personnelle de Didier Vullierme de couleur… rouge, même méthode qu’à l’UMP. Dès qu’une affiche de leur candidat a été arrachée ou décollée, c’est la descente (de voiture) pour un recollage express. Didier Vullierme explique :

« Loïc Chabrier, adjoint à la culture à la Mairie de Villeurbanne, nous a expliqué qu’il y a plus de 30 000 personnes qui passent chaque jour devant Charpennes. Ces affiches ont l’impact de vrais panneaux publicitaires».

Chez eux, on ne recouvre pas les panneaux CGT, collés pour la fête du premier mai. «  Nous avons certaines valeurs en commun avec eux», explique Didier Vullierme. Considération aussi pour les affiches du Front de gauche. Mais pas le temps par contre de s’attarder sur la polémique autour des messages à caractère antisémite sur une affiche de Nicolas Sarkozy.« Si on s’émeut de tout ce qui est écrit… Nous aussi on a eu des choses comme cela », raconte Didier Vullierme. « Nous ne sommes pas là pour nous faire la guerre », assure-t-il.

 L’équipe de colleurs d’affiches de François Hollande à Villeurbanne

 

« C’est un artiste de variété ? »

Centre funéraire, cours Emile Zola. La tournée confirme sans suspens la main mise du PS sur la ville : c’est partout le même « ça tient ». Comprenez que les affiches collées la veille n’ont pas été touchées. Direction les quartiers les moins favorisés comme les Buers ou Saint–Jean, « là où les militants UMP n’osent plus s’aventurer», confie Jean Peyretout, responsable de la logistique. Au quartier des Buers, un passant interloqué leur demande devant l’affiche de François Hollande :

« C’est quoi ? Un artiste de variété ? ».

Sourire gêné des militants.
« Il doit être quelqu’un de l’UMP » plaisante-t-on ensuite dans la voiture, pour dissiper le malaise.

Avec 33,82% des voix pour François Hollande, contre 30,09% pour Ségolène Royal en 2007, Villeurbanne est davantage encore une terre socialiste, avec à sa tête Jean-Paul Bret et 400 militants prêts pour le grand soir. « C’est une tradition pour les socialistes à Villeurbanne de tenir les murs de la ville », confirme Jean Peyretout.

Prochaine étape pour eux, le porte-à-porte. Pierre Moscovici, directeur de la campagne de François Hollande, a parlé d’une opération d' »un million de porte-à-porte ». « Nous en sommes déjà à 6000 portes visitées à Villeurbanne », assure Didier Vullierme. Une méthode importée de l’équipe de Barack Obama aux Etats-Unis. « Nous sommes le seul parti politiques français à le faire dans cette campagne », aime-t-il croire.

A Lyon, l’UMP a bénéficié du soutien d’Alain Juppé venu à la Cité Internationale dimanche 29 avril, et de Claude Guéant ce lundi soir à Meyzieu, avant le grand rassemblement au Trocadero à Paris pour le premier mai. « Pour moi qui était coureur de 800 mètres, c’est comme un sprint au début, au milieu et à la fin », lâche Jean-Wilfried Martin.

La course n’est finie pour aucun des militants, malgré les sondages favorables à François Hollande et un climat peu accueillant à Villeurbanne pour l’adversaire UMP. La prochaine bataille se prépare déjà, celle des législatives les 10 et 17 juin prochains.

Partager cet article