Cultures 

Cinéma : les Hallucinations, c’est maintenant !

La deuxième édition d’Hallucinations collectives propose pendant cinq jours au Comœdia un recueil de ce que le cinéma compte de films bizarres, originaux, provocants, rappelant au passage que ce cinéma-là est en voie d’extinction sur les écrans…


Vase de Noces de Thierry Zeno

Cette semaine, deux événements se font concurrence en matière de cinéma : sur la rive gauche du Rhône, l’arrivée au sein du «pôle de loisirs» (notez le mot «loisirs», il est important) Confluence d’un nouveau multiplexe UGC Ciné Cité ; de l’autre côté du fleuve, au Comœdia, ce sera la deuxième édition d’Hallucinations collectives, où il s’agira de montrer tout ce qui a peu de chances d’atterrir sur les écrans d’en face, la position du groupe UGC étant par exemple de ne plus sortir les films interdits aux moins de 16 ans — soyons justes, beaucoup de cinémas indépendants font implicitement la même chose…

Car Hallucinations collectives et ses organisateurs (l’association Zone Bis) aiment justement ce qui, de l’Histoire du cinéma à son actualité, bouscule le spectateur et lui rappelle qu’un film, ce n’est pas qu’une sortie, mais aussi une expérience. Que les émotions au cinéma, ça ne se fabrique pas dans les bureaux d’un studio mais ça se contrôle par le travail de la mise en scène. Et qu’en définitive, cette marge-là restera quand les pages des nouveautés hebdomadaires auront depuis longtemps été déchirées des mémoires.

 

Voyage au bout de l’enfer

Après la réussite de la première édition (la quatrième si on compte les trois années de L’Étrange festival, son prédécesseur), qui vit notamment le chef-d’œuvre d’Alex De La Iglesia, Balada triste, obtenir un légitime grand prix à l’unanimité du jury, le festival recrée un délicat équilibre entre avant-premières, inédits et œuvres piochées dans ce patrimoine cinématographique fait de curiosités oubliées ou invisibles et de films orphelins — ceux dont les auteurs n’ont souvent jamais rien fait par la suite, ou qui n’en ont jamais retrouvé la magie.

En 2011, Hallucinations collectives avait raté son ouverture en projetant Les Nuits rouges du bourreau de Jade, navet ennuyeux à périr qui, pour le coup, ne restera pas dans les annales. Conséquence cette année, ils mettent le paquet d’entrée en proposant aux spectateurs The Raid de Gareth Evans, un film bourré d’action démente et ultra-violente que le réalisateur viendra présenter au public. Tourné en Indonésie par ce cinéaste d’origine galloise (sic !), il montre comment une équipe de flics d’élite se retrouve piégée dans l’immeuble archi sécurisé d’un baron de la drogue à Jakarta. Drôle d’écho avec l’actualité française, que le film partage avec Red State de Kevin Smith, lui aussi en compétition.

Dans cette sélection, il faudra guetter ce qui s’annonce comme un véritable choc : Kill list de Ben Wheatley, polar fantastique sur un ex-soldat devenu tueur à gages et qui, avec son partenaire, s’égarent dans une mission aux événements mystérieux. Wheatley a déjà signé un autre film, dont il se murmure qu’il pourrait se retrouver quelque part au prochain festival de Cannes. Chambre d’écho des inquiétudes contemporaines, un festival qui se consacre au cinéma de genre ne pouvait qu’accueillir une fiction apocalyptique : ce sera Hell de Tim Fehlbaum, qui imagine un monde où la planète est brûlée par les rayons du soleil, et où les survivants doivent donc s’organiser contre cette menace inédite. Curiosité aussi, que le festival a classé dans la section «Midnight movies», avec le premier long-métrage d’Alexandre Courtès, The Incident. Bon, Courtès a réalisé les passages les plus pourris des Infidèles… Mais il s’inscrit ici dans le sillon belge tracé par Fabrice Du Welz avec Calvaire, un cinéma de terreur extrême loin de toute gaudriole. On demande à voir, donc.

 

La folie belge et l’onirisme tchèque

En dehors de cette série de films récents — on pourrait citer aussi le norvégien Babycall avec Noomi Rapace, ou le dernier Xavier Gens, The Divide, qu’on espère meilleur que Frontière(s)… Hallucinations collectives, c’est aussi un beau travail de rétrospectives. En 2012, c’est le cinéaste sud-africain Richard Stanley qui sera à l’honneur, en sa présence. Auteur de deux films cultes qu’aucun éditeur DVD français n’a encore osé sortir, Stanley est un pur metteur en scène, qu’il œuvre dans la suggestion et le petit budget (le formidable Hardware) ou qu’il s’aventure dans un récit ample aux réminiscences de western (Dust devil, film maudit et maltraité par ses producteurs que le festival propose dans la version souhaitée par le cinéaste). Stanley sera aussi à l’affiche du film collectif The Theatre bizarre, où il partage la réalisation de ce film à sketchs avec d’autres hors-la-loi du cinéma comme Douglas Buck et Buddy Giovinazzo.

Dernier grand axe de la programmation, le regard sur la «Belgique interdite», ces films qui, à l’ombre de certains auteurs reconnus (enfin, relativement, on pense à André Delvaux), bousculaient les tabous et les interdits : Vase de noces de Thierry Zéno (l’histoire d’amour entre un fermier et une cochonne, une vraie !), L’Amour est un chien de l’enfer de Dominique Deruderre (rare adaptation réussie de Bukowski à l’écran) ou Les Lèvres rouges d’Harry Kümel (qui, bien avant Julie Delpy, s’intéressait à la Comtesse Bathory), tous ont exploré les limites de ce que la censure pouvait tolérer à l’époque (ou pas, dans le cas de Vase de noces). Conclusion : des films comme C’est arrivé près de chez vous ou Calvaire (encore !) s’inscrivent bel et bien dans une tradition du cinéma belge, radical et iconoclaste, qui ne se limite pas aux films sociaux des frères Dardenne.

C’est dans un esprit similaire que le festival présentera ce qui s’annonce comme la grande rareté de cette édition : après Jean Cocteau et avant Disney (et bientôt Christophe Gans), Juraj Herz avait réalisé sa version de La Belle et la bête dans le plus pur style du cinéma tchèque, onirique et stylisé. Herz, connu pour son incroyable L’Incinérateur de cadavres, n’était donc pas que le cinéaste d’un seul film… Ce genre de découvertes, c’est certain, ce n’est pas dans un multiplexe qu’on n’aurait pu les faire !

Christophe Chabert

Aller plus loin

Hallucination Collective, du 4 au 9 avril au Comœdia, Lyon 7e.

A retrouver sur lepetit-bulletin.fr.

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