Politique 

Banlieues : 120 propositions passées au crible

actualisé le 21/06/2016 à 17h45

Remettre la banlieue au coeur du débat présidentiel, c’est l’objectif que s’est fixée l’association d’élus Ville et banlieue, nouvellement présidée par Renaud Gauquelin, maire PS de Rillieux-la-Pape. Ils ont publié, le 8 mars dernier, 120 propositions. A la veille de la tenue par le parti socialiste d’un « Grenelle des quartiers populaires » à Aubervilliers (93), deux figures du milieu associatif des « quartiers » passent à la moulinette les principales propositions de l’association.

 

Nous avons demandé à Mohammed Mechmache, président du collectif Ac Le Feu et Fouad Chergui, directeur de la radio associative lyonnaise Radio Trait d’Union (RTU) de passer en revue les principales propositions des élus de Ville et banlieue.

 

Education : « Travailler dans des zones dangereuses »

L’une des principales propositions faite par l’association porte sur l’adoption de 100% de moyens supplémentaires par élève en Zone d’Education Prioritaire (ZEP), alors qu’ils ne bénéficient aujourd’hui que de 7% de ressources en plus par rapport aux autres élèves.

Des moyens qui seraient notamment affectés aux recrutement d’« enseignants chevronnés » et à la formation continue, via une prime incitative (bonifications de salaire, allègements d’horaires, primes à la formation ou aides au logement et transport), de « jeunes professeurs volontaires » qui s’engageraient, en contrepartie, à occuper leur fonction en ZEP pour une durée minimale de cinq ans.

Ce dispositif permettrait, selon l’association, de « favoriser l’ouverture sur les quartiers » et d’installer durablement des équipes pédagogiques, créant ainsi un lien renforcé « avec les associations et les acteurs du périscolaire ». Mohammed Mechmache, d’Ac Le Feu se déclare « contre ce système de prime » :

« C’est comme si on devait attribuer une prime de risque, c’est blessant et frustrant pour nous. Ça donne l’impression qu’il faut pousser les gens, comme s’ils allaient travailler dans des zones dangereuses. Et puis il faut en finir avec ces nominations de ZEP, ces zonages, moi j’aimerais que ces jeunes puissent avoir la possibilité d’aller dans des écoles normales, comme moi il y a 25 ans, et pas avec des profs à peine formés. »

Cette opinion est partagée par Fouad Chergui, de la radio RTU. Ce dernier plébiscite une autre idée de Ville et banlieue, celle de développer une politique de langue auprès des enfants d’origine étrangère, en s’appuyant sur un apprentissage renforcé du français à l’école primaire, puis en proposant des cours d’expression et de civilisation dans la langue d’origine, aux élèves issus de l’immigration.

« En France, il est impératif de travailler sur ce levier, et notamment sur la langue arabe qui aujourd’hui concerne de près ou de loin près de dix millions de personnes. Réintégrer la culture, la langue d’origine est vital pour une éducation populaire, et pour que ces jeunes retrouvent un équilibre entre école et famille. Cela permettrait grandement de faire diminuer les problèmes identitaires qui ne produisent que complexes et frustrations. »

 

Santé : « On n’est pas un laboratoire ! »

Au volet « santé » des propositions de Ville et banlieue figure la mise en place d’un numerus clausus dans le milieu médical. Il permettrait, selon l’association, de « privilégier » l’arrivée de jeunes médecins via « un financement partiel des études contre un engagement (à établir leur activité en banlieue) de 5 à 10 ans ».

Pour combattre les « inégalités sanitaires grandissantes », elle suggère également d’ « encourager les vocations » en rendant obligatoires les stages d’étudiant de médecine dans ces territoires durant la formation initiale. Une proposition qui a le don d’agacer nos deux interlocuteurs. Mohammed Mechmache :

« Ce n’est en aucun cas une solution d’envoyer de jeunes médecins se faire la main en banlieue, on n’est pas un laboratoire ! Ce type de mesure, c’est méprisant pour nous et inadmissible. A Ac Le Feu, ce que l’on réclame dans notre cahier de doléances, c’est l’ouverture de centres médicaux et des maisons de santé, comme il existait des dispensaires avant. Et pas quelque chose de provisoire, mais sur la durée ».

 

Logement : « pour en finir avec les ghettos »

Afin de contribuer à l’amélioration des conditions de logement et de mixité de population les propositions de l’association ne font pas dans la demi-mesure. Elle demande tout bonnement et simplement l’interdiction des relogements DALO (droit au logement opposable) dans les ZUS (Zones urbaines sensibles) « qui ghettoïsent un peu plus des quartiers déjà ségrégués ». L’objectif affiché serait de répartir plus efficacement le logement social en France, et éviter qu’il ne soit concentré sur quelques communes.

Ville et banlieue préconise, comme d’autres, le relèvement des amendes infligées aux communes ne respectant pas la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain, à savoir le quota minimal de 20% de logements social dans une commune). Une volonté que soutient ardemment Fouad Chergui. Mais il estime que la priorité est ailleurs et plaide pour une « réquisition des logements inoccupés ».

Pour Mohammed Mechmache, la clé du problème est également dans la réquisition :

« Ce que préconise notre collectif, c’est que l’Etat puisse réquisitionner le foncier, ou construire, sans l’aval du maire, pour enfin être en conformité avec la loi SRU. On défend aussi un processus d’inégibillité pour les maires qui ne respecteraient pas les quotas ».

 

Emploi : changer les mentalités

En matière d’emploi, Ville et banlieue fait, dans son programme, sept propositions en faveur des habitants de ces quartiers, et notamment d’ « un meilleur accompagnement des jeunes vers l’emploi ». Pour cela l’association propose d’étendre la politique de ZFU (zones franches urbaines bénéficiant d’aides spécifiques sous forme d’exonérations fiscales et sociales pour les sociétés) aux habitants des communes les plus défavorisées eux même.

Un dispositif d’ « emplois francs », sur un critère d’adresse, qui permettrait « d’attacher l’exonération à la personne du demandeur d’emploi ». Le tout, dans le but de favoriser les embauches hors des quartiers d’attaches, contribuant ainsi à « désenclaver par l’emploi ».

Cette proposition est plutôt bien reçue par nos deux interlocuteurs. Mais ils rappellent qu’il faudrait surtout un changement des mentalités. Fouad Chergui :

« Il faut un changement de la représentation que l’on se fait des jeunes des quartiers. Un Bac +5 vivant en banlieue a-t-il vraiment besoin d’une telle aide pour trouver du travail ?

Les entreprises devraient plutôt se décomplexer et ouvrir les yeux sur le potentiel que ces jeunes représentent, sur la richesse de la double identité. Les Etats Unis et le Qatar ont eux compris cet intérêt, et ils n’hésitent pas à investir dans nos quartiers, via le financement d’associations, ce qui leur permet de dénicher des talents, avec toutes les opportunités vers les marchés des pays d’où sont originaires ces jeunes actifs. »

Mohammed Mechmache en profite pour rappeler une proposition « essentielle » avancée par son association :

« Nous souhaiterions que les grands groupes publics tels qu’Air France, la RATP, EDF, GDF… signent un accord d’embauche à la sortie des missions locales, afin d’intégrer durablement les jeunes des banlieues dans l’économie nationale. Car nos enfants ne sont pas un problème, ils sont la solution. »

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L'AUTEUR
Frederic Bonzom
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