Politique 

Poutine élu : les Russes à Lyon sans illusion

actualisé le 21/06/2016 à 17h53

Grand favori des élections, le premier ministre de Russie Vladimir Poutine a été élu président, hier soir, dès le premier tour, avec près de 64% des voix. Si l’issue de ce scrutin ne faisait aucun doute, les ressortissants russes de la région avaient tout de même été nombreux à se rendre, dans la journée, à la mairie du 6e arrondissement de Lyon, où un bureau de vote avait été installé. Qu’est-ce qui motive à passer dans l’isoloir quand les jeux sont faits ?


Crédit photo : YURI KOCHETKOV/EPA/MAXPPP

 

Selon les estimations du consulat de Russie en Rhône-Alpes, environ deux mille citoyens russes résident dans la métropole lyonnaise. Philippe Bordier, consul honoraire de la Fédération de Russie de la région a tenu à faire participer le maximum d’électeurs, se démenant auprès des radios de Courchevel et d’Annecy pour informer les touristes, les étudiants et les vacanciers russes séjournant dans les stations de sports d’hiver. Au final, près de 400 votants se sont rendus hier auprès des membres de la commission électorale dépêchés sur Lyon.

L’opération de communication a porté ses fruits selon Philippe Bordier :

« Je suis très heureux de ce taux de participation. En décembre 2011, pour les élections législatives, ils n’étaient que 150 votants. Les gens ont compris qu’il fallait faire parler leur voix ».

Leur voix, certains russes de la région avaient déjà tenté de la faire entendre à plusieurs reprises ces derniers mois. Emboitant le pas aux mouvements de contestation populaires en Russie, plusieurs dizaines d’opposants au régime de Vladimir Poutine avaient organisé deux manifestations devant le consulat. Ils avaient dénoncé le manque de liberté et de transparence entourant la tenue de ces élections.

« Quand ces personnes sont venus manifester leur mécontentement, je leur avais dit qu’il était certes important de montrer son opposition, mais qu’il était tout aussi nécessaire de la manifester dans les urnes », explique Philippe Bordier, précisant qu’il avait été « satisfait de voir que certains d’entre eux s’étaient présentés pour voter ».

 

« Montrer que les gens ne veulent pas de Poutine »

Car bien qu’il ait qualifié lui-même l’élection de Vladimir Poutine « inéluctable », le consul a bien conscience que le nouveau président et son parti Russie Unie ne s’attirent pas forcément les faveurs de la diaspora russe. Lors des élections législatives de 2011, les mouvements libéraux avaient été massivement représentés à Lyon et Russie Unie n’était arrivé qu’en quatrième place du scrutin. Un résultat en forme « d’appel à de nouvelles valeurs dans la politique », selon le diplomate.

C’est ce qu’aurait souhaité Ekaterina à 23 ans, étudiante en didactique des langues à Lyon et mariée à un Français depuis octobre dernier. Bien qu’elle se soit résignée à voir Poutine élu, elle a tenu à voter hier :

« Je pense que c’est très important de voter contre Poutine, car il faut montrer que les gens ne veulent pas de lui. Il faut diminuer les voix qui lui sont apportées pour lui faire céder le maximum de pouvoir ».

Ekaterina a voté pour Gennady Zyuganov, le candidat communiste, par défaut et « par manque de choix ». Elle est convaincue que les alternatives proposées ne reflètent aucunement le paysage politique de son pays, la faute aux nombreuses « bidouilles » et au « manque d’informations » entourant les candidatures. Pourtant cela ne l’empêche pas « d’espérer un renforcement de l’élan démocratique » qui se fait de plus en plus pressant en Russie.

Olga, elle aussi étudiante en droit et gestion habite en France depuis cinq ans. Si elle reconnaît à demi mot « vouloir un renforcement du pouvoir en place », elle reste lucide sur le manque de transparence entourant le scrutin :

« Tout le monde sait que c’est décidé à l’avance, mais Poutine a perdu beaucoup de ses soutiens. Aujourd’hui, il est obligé d’ouvrir le dialogue avec les autres forces politiques, la contestation au sein de la jeunesse russe est de plus en plus active, et il y a déjà des changements qui s’opèrent ».

 

 « Faire cesser la corruption »

Alena et Denis, qui ont accompagné Olga, sont également venus « remplir leur devoir de citoyens ». Ils ne se faisaient pourtant guère d’illusion quand aux résultats des élections :

« On sait à l’avance que Poutine va l’emporter, mais il y a toujours un peu d’espoir alors on vient voter. Ce que l’on veut avant tout c’est plus de démocratie pour la Russie pour un plus grand équilibre entre les classes sociales ».

Lucides, ils assurent tout de même avoir voté pour des candidats qui n’incarnent pas véritablement une option politique :

« Ce sont des personnalités connues en Russie, mais aucune d’entre elles ne reflètent la réalité des opinions et des espoirs de la société russe actuelle ».

Un sentiment partagé par Alexey, 39 ans. Originaire de Novossibirsk en Sibérie et habitant à Lyon depuis sept ans, il est chercheur en sciences du langage au CNRS. Conscient de devoir faire son choix entre des candidats « qui ne lui plaisent pas », il est avant tout « venu voter contre un candidat » :

« Pour moi, les options qu’on nous présente sont une représentation aplatie de la réalité. Des personnalités qui portent des idées plus proches des miennes n’ont pas été autorisées à prendre part aux élections. Je suis déçu que ça se passe comme ça, mais d’un côté je suis heureux de voir qu’il y a une activité politique qui renaît en Russie ».

 

Poutine, un vieux réflexe

Alexey, sait que la Russie ne peut pas se défaire aussi rapidement de réflexes électoralistes hérités du passé : « Je sais que les plus anciens de ma famille, plutôt traditionalistes vont voter pour Poutine, parce qu’ils veulent que cela reste comme ça ». Un brin désabusé, il reste optimiste :

« J’espère que nous aurons prochainement une vraie vie politique et une réelle alternative. Ce qu’il faut, c’est faire cesser la corruption pour que tous les Russes puissent profiter des richesses immenses de ce pays, et pas seulement la caste des plus puissants. J’ai l’espoir de voir prochainement la Russie devenir une vraie démocratie ».

Le consul ne dit pas autre chose, n’hésitant pas à sortir de son devoir de réserve pour exprimer le sentiment général des votants du dimanche à Lyon :

« Il est aujourd’hui nécessaire que Poutine fasse entrer les libéraux au gouvernement. Une dose de proportionnelle est plus que jamais indispensable pour moderniser le pays ».

Une ouverture démocratique qui ne semble encore pas à l’ordre du jour pour le nouveau président russe. Hier soir, Vladimir Poutine a remercié 100 000 de ses partisans réunis à Moscou. Pour lui, son parti a « montré que personne ne peut rien (lui) imposer », estimant que ses concitoyens, témoins de la grogne populaire, avaient su « faire la différence entre le désir de renouveau et les provocations politiques visant à détruire l’Etat et à usurper le pouvoir. » Une élection en forme de démonstration de force, avec une certitude : le pouvoir, c’est lui.

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L'AUTEUR
Frederic Bonzom
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