Appartement 16
  • 0:32
  • 23 février 2012
  • par Isabel Contreras

Les Lejaby reprennent le travail à Rillieux : une victoire bien amère

169 visites | 1 commentaire

Un mois s’est écoulé depuis que les salariés de Lejaby à Rillieux-la-Pape ont été réembauchés, pour moitié, par le consortium d’Alain Prost. Ce 20 janvier 2012, 135 employés sur 330 sont restés sur le carreau. Les premières lettres de licenciement ont été reçues le 14 février. « Un cadeau amer pour la St Valentin ». Aujourd’hui, ces salariés essaient de rebondir. Mais d’abord il faut assumer. Rencontre sur place, sur le site de Rillieux-la-Pape.



« Ça fait du bien d´être ici, à l’usine. À la maison ça va cinq minutes, mais après…». Tout est dans ces mots prononcés par, Martine, une ancienne salariée de Lejaby venue rendre visite à ses ex-collègues. Depuis un mois, elle fait partie des 135 salariés licenciés suite à la liquidation judiciaire de l’entreprise.

Aujourd’hui elle a voulu parcourir à nouveau les couloirs qui arpentent le site de Rillieux et qu’elle connaît bien, puisqu’elle a travaillé près de vingt ans pour la marque de lingerie. Ces anciennes « copines du boulot » la regardent en souriant. Un sourire désabusé. Elles peinent à assumer la nouvelle situation.

Depuis quatre semaines, le groupe a été racheté par Alain Prost, ancien PDG de la marque de lingerie La Perla. Il a « sauvé » Lejaby en reprenant 195 salariés pour poursuivre la production de lingerie haut-de-gamme. Nicole remplissait les critères (ancienneté, charges familiales, handicap et compétences) pour se faire réembaucher. Elle a donc conservé son poste le travail. Elle reste pourtant un peu amère.

« Le fait d’avoir été repris par le consortium d’Alain Prost est une très bonne chose, mais le départ des autres ouvrières fait toujours mal au cœur. L’ambiance n’est plus la même. »

 

« Que faire après 38 ans à l’usine ? »

Ce matin ensoleillé à Rillieux-la Pape, quelques salariées et des anciennes au chômage papotent dans la salle du comité d’entreprise. Pendant que Nicole écrit les noms des 135 licenciés sur des enveloppes, Janine, Martine et Julienne plient les lettres. Elles organisent un repas qui doit toutes les réunir, les ouvrières toujours en poste à Rillieux et celles qui n’ont pas pu être reprises. Janine explique :

« Nous avons envie de nous revoir ».

Mais aussi de rebondir. Elles ont évoqué l’éventualité de monter ensemble des petits projets professionnels, mais l’heure n’est pas à la fête. Ce qui fait même pleurer l’une d’elles. Les femmes qui se retrouvent dans l’usine refusent de baisser les bras. Dans leur esprit, un mouvement de contestation n’est toutefois pas à l’ordre du jour.

« Nous ne sommes pas dans la même situation que nos collègues d’Yssingeaux. Là-bas tout le monde avait été licencié. Leur révolte était donc légitime. Mais ici, tout redémarre, » explique Nicole Mendez, elle-même réembauchée.


Julienne, licenciée depuis un mois et sans travail aujourd’hui, acquiesce :

« Nous sommes très contentes pour celles qui ont été reprises. Pour rien au monde, nous ne risquerions leur poste de travail pour sauver les nôtres ! »

Il faut « accepter » la nouvelle situation, donc. « Pas facile ».

« Ma fille m’a engueulée l’autre jour parce que je reste les bras croisés toute la journée. Mais je ne sais pas par où commencer. Que faire après 38 ans à l’usine ? Le ménage chez moi ? Du sport ? » lance Julienne.

Martine, licenciée elle aussi, a des projets en tête. Dans un premier temps, elle espère que la cellule de reclassement mise en place par le repreneur de l’usine pourra faciliter sa recherche de travail. Si la reprise à Lejaby n’est plus possible, elle voudrait s’occuper de personnes âgées :

« J’ai tellement souffert, qu’aujourd’hui j’ai envie de donner aux autres, » explique-t-elle, le regard brillant.

 

L’histoire des « petites mains » de Lejaby

La séance « pliage et préparation des courriers » se poursuit au rythme des thèmes abordés dans la conversation, autour de la table.

Les souvenirs sont au rendez-vous. Les premiers temps de Lejaby. Quand les frères Bugnon ont fondé la marque de lingerie haut-de-gamme en Rhône-Alpes, dans les années 70.

« C’était une autre époque, raconte Nicole Mendez. Tu croisais plus souvent le patron, il te donnait son avis sur les modèles, c’était plus humain ! »

Les salariés évoquent le mode de management qui a évolué largement depuis la mort de Maurice Bugnon.

Le fonds de pension américain, repreneur de la marque en 1996, ferme quatre ateliers en France en 2003 et démarre la délocalisation progressive de la production en Tunisie (Maurice Bugnon l’avait déjà commencée en 1992). Elle s’accentue en 2008 quand le groupe Palmers reprend Lejaby et ferme trois ateliers français pour privilégier une fois de plus la production à bas coût.

Nicole, Janine, Julienne et Martine ont senti chez les repreneurs successifs une ignorance navrante du produit. Et un désintérêt total de leur travail pendant toute cette période.

« Je me disais tous les jours : t’as bien bossé aujourd’hui Julienne ! Si je ne me motivais pas, si je ne mettais pas en valeur mon travail, je déprimais ! »

Aujourd’hui, les petites mains de Lejaby semblent malgré tout plutôt rassurées. Alain Prost est passé les voir presque toutes les semaines pour vérifier leur travail, pour les connaître un peu mieux aussi. « Et ça ne peut être qu’un bon début, » lance Nicole en fermant une des dernières enveloppes.

 

 


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1 commentaire posté

  1. personne ne pense ou ne parle des démonstratrices qui elles aussi faisaient parti du personnel lejaby et qui pour beaucoup sont licenciées elles aussi