Société 

Ces hôtels lyonnais qui abritent l’infidélité

« Tac-tac », « quick » ou « day-use » dans le langage amusé des hôteliers. Comprenez la location de chambre en journée (entre 11h et 17h en moyenne). Un concept vieux comme le monde, repris et « démocratisé » par un petit malin: David Lebée, manager à l’hôtel Amour à Paris. Il a lancé en novembre 2010 le site internet dayuse-hôtels.com. Bilan: 170 hôtels en partenariat sur la France, pour tous ceux qui veulent.

 

 

« Travailler, se reposer ou un rendez-vous », dixit le site. Tout en promettant « la discrétion ». Traduction : c’est le marché des couples infidèles qui est visé. Même si David Lebée affirme: « nous avons 10 à 20 % d’hommes d’affaires, 40% de couples fidèles et 40 % d’infidèles ».

A Lyon, seules deux chambres d’hôtes (et un hôtel près de la gare Perrache depuis notre reportage) apparaissent sur l’écran lorsqu’on choisit la capitale des gaules pour destination. La mayonnaise a-t-elle du mal à prendre ?

« C’est une ville qui fait très attention à son image », justifie le directeur de day-use.com. Et la plupart des propriétaires d’établissements hôteliers seraient des femmes. « Elles sont plus réticentes. Ce qui est étrange car 60% des réservations sont effectuées par elles. »

Enquête sur ce nouveau phénomène, à la rencontre d’hôteliers lyonnais qui ont sauté le pas.

 

Une propriétaire décomplexée…

Première étape à Tassin-la-Demi-Lune, pour rencontrer Marie-Hélène Guyot, propriétaire de la chambre d’hôte l’Orangerie. A peine arrivé, le décor est planté : grande bâtisse bourgeoise, parc luxuriant et piscine à l’arrière. Le tout protégé par de grands murs et un portail électrique derrières lesquels on peut garer son char. Confidentialité assurée. Les clients peuvent disposer d’une des 3 chambres ou de la roulotte (très romantique !) pour 95 euros, de 11h30 à 17h.

C’est en regardant l’émission Capital sur M6 que Marie-Hélène a eu le déclic.

« J’ai trouvé le concept sympa. Pas du tout répréhensible. Si ça devait m’arriver j’aimerais mieux un accueil romantique, confidentiel comme ici, qu’un regard accusateur ailleurs ».

Elle appelle David Lebée « pour le tester ». Convaincue (« c’est très clean, très pro »), elle passe un partenariat et apparait sur le site fin-septembre.

 

Roulotte à l'Orangerie
L’intérieur de la roulotte, goût et discrétion assurés à l’Orangerie. @ Camille Garcia

 

Day-use.com se charge des réservations sans demander ni numéro de carte bancaire, ni mail de confirmation. Pas de traces, les clients payent en liquide.

« La première fois ça surprend, même si je m’attendais pas à ce qu’ils me laissent un chèque », sourit la propriétaire.

Depuis, elle a eu 6 réservations.

« Le day-use est un plus pour moi, les réservations de longue durée passent avant. C’est rentable car il n’y a pas de petits déjeuner à prévoir. »

Sur les 95, environ 20 euros de commissions sont prélevées sur le compte de Mme Guyot par la jeune start-up.

Côté profil des clients, «je ne suis pas persuadé qu’ils donnent leur vrai nom. J’ai un couple de Lyonnais qui est venu à 3 reprises. Mais j’évite de regarder les plaques d’immatriculations ça fait flicage. » Et d’ajouter: « je ne juge pas leur vie, pas plus que celle de mes clients de nuit. Venir roucouler rapidement, je trouve ça mignon et romantique. Si les gens se sentent bien, je ne cherche pas plus loin ! »

 

… un autre moins

Un clic sur le site day-use pas cher (variante low-cost), et nous-voici à l’hôtel Val de Saône, à Sathonay-Camp. Le cadre est plus sobre. C’est un hôtel deux étoiles, classique des années 70. Pour 45 euros, les « clients day-use » peuvent occuper la chambre de 10h à 16h. Le propriétaire (qui a tenu à garder l’anonymat) est un peu gêné à l’évocation de son partenariat. Lui aussi a vu une émission à la télé. Et s’est dit :

« pourquoi pas ? J’étais le dernier parmi mes concurrents à m’inscrire sur booking.com (un site de réservations d’hôtels en ligne), cette fois je serai le premier ! » Cela va faire 2 mois maintenant, « et on ne peut pas dire que ça marche. Les lyonnais sont moins friands que les parisiens, ou moins infidèles peut-être. En tout cas pour l’instant ils se comptent sur les doigts d’une main, et encore… »

Mais pas question d’arrêter, c’est un test sur le long terme. D’autant que l’ouverture du pôle régional de gendarmerie juste derrière le Val de Saône devrait marquer « la renaissance d’une commune qui s’est longtemps demandée si elle n’allait pas rester ville morte après le départ de ses bidasses », analyse le Progrès dans un article.

Son image de marque en pâtit-elle ?

« Je reste discret sur le day-use. Les gens qui veulent me trouver passent par le site (…) je ne me suis pas posée la question de la morale. Cela a toujours existé ce genre de pratiques, Internet a formalisé les choses. La différence avec d’autres, c’est que moi je l’affiche ! »

Ses rares clients day-use sont plutôt jeunes, arrivent sans bagages, très discrets et parfois avec une réservation sans nom.
« S’ils le font pas ici, ils le feraient ailleurs. Et puis quand on voit ce qui se fait dans les hôtels de luxe et qui font les choux gras de la presse, franchement je n’ai pas honte », se justifie-t-il.

 

Magouilles à tire-larigot

Troisième étape, en plein centre de Lyon, rue Artaud à l’entrée de la Croix-Rousse et Montée du change, non loin de Fourvière. Sur le site Roomforday.com, concurrent direct de day-use.com (ils se retrouvent de temps à autre devant les tribunaux), le Grèce Spa (120 euros de 12h30 à 16h30) et le Perceval Spa (100 euros, mêmes horaires) proposent des atours alléchants. Une fois sur place, évaporé le spa, envolé le jacuzzi, juste deux résidences d’habitations lambda. Ni l’interphone, ni la boîte aux lettres ne mentionnent le nom des hôtels recherchés.

Après une vaine tentative pour joindre Roomforday, nous tentons de contacter les propriétaires et découvrons qu’il s’agit d’une seule et même personne. Elle accepte de témoigner avant de se raviser. Le lendemain, les 2 établissements ont disparu du site Roomforday. Pour David Lebée, « ce sont des appartements et pas des hôtels ».

Louer un appartement à la journée est pourtant parfaitement légal pour un propriétaire. L’avantage: n’être taxé que sur 30% des revenus en tant que loueur en meublé non professionnel (LMNP). Dans le marché de l’immobilier, c’est l’un des investissements locatifs les plus rentables. A condition de ne pas abriter d’activités illicites.

 

Gare au proxénétisme hôtelier

La tendance « day-use » favorise-t-elle le proxénétisme « hôtelier » ou « immobilier » ? Rend-elle poreuse la limite entre hébergement d’adultères parfaitement légal et délit de proxénétisme hôtelier, puni par la loi. Jour ou nuit, y-a-t-il une réelle différence ? Difficile d’y répondre car la location de chambre en journée est un bastion de l’hypocrisie hôtelière. Tout le monde le fait, personne n’en parle. (Lire l’article du site L’hôtellerie restauration).

Ancien veilleur de nuit dans un hôtel près de Perrache, un avocat témoigne :

« On appelait les “rouges“ les locations en journée. Tu louais au client la chambre à moitié prix. C’était une vaste magouille car les chambres n’étaient pas toujours inscrites à la comptabilité. La clientèle, c’était en partie des couples illégitimes, mais le reste relevait clairement de la prostitution. »

D’autant qu’à Lyon, la prostitution n’a cessé d’être déplacée de quartier en quartier par la municipalité. Et prend plusieurs visages.
Pour le fondateur, Day-use hôtel.com « n’a pas vocation à la prostitution ». Pour s’en prémunir, une charte de qualité sur le site stipule :

« tout incident, accident ou autres événements contraires aux lois et règlements français en vigueur exercés dans la chambre ne sauraient donc concerner juridiquement Day Use (…) Day Use condamne fermement toutes activités illicites (prostitution, pédophilie, trafic de drogues(…) ; et s’engage à coopérer pleinement avec les autorités compétentes si des soupçons de fraudes, trafic… ou autres activités illégales étaient détectées dans le cadre des activités de www.dayuse-hotels.com »

En clair, les hôteliers sont responsables. Ils se doivent de faire la chasse aux prostitué(e)s éventuel(le)s. Un autre site, Tendances hôtellerie propose une série de solutions, parmi lesquelles la mise en place de systèmes de vidéosurveillance, le repérage d’allers-retours incessants (surtout les messieurs « qui rasent les murs »), le contrôle des consommations excessives de linge.

Pour le propriétaire du Val de Saône, réceptionniste à temps complet, « une femme qui viendrait régulièrement avec des hommes différents, je la reconnaitrais et je ne l’accepterais plus. Et puis de toute façon ici il n’y en a pas, elles sont plus vers Gerland ! »

Idem à Tassin la Demi-Lune, à L’Orangerie :

« s’il y a une chose que je ne veux pas, c’est la prostitution. Je mets un point d’honneur à accueillir chaque client. »

Si le site day-use.com fait des débuts hésitants à Lyon, de nouveaux partenariats devraient rapidement voir le jour. Une façon pour les hôteliers de remplir leurs établissements en journée et d’en tirer quelques bénéfices. Leur reste à faire preuve d’une vigilance acérée. Si céder aux sirènes du business de l’adultère peut-être rentable (et légal), céder à celles du proxénétisme est beaucoup plus risqué (et illégal).

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L'AUTEUR
Camille Garcia
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