Aller encore à l’école
De simples photographies de mon métier, des images, des récits, des réflexions autour d’une réalité, souvent méconnue, transformée ou fantasmée. Sans esprit de sérieux et sans jamais avoir raison
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Aller encore à l’école

actualisé le 30/10/2013 à 14h03

Blog / C’est une profession passionnante, dure, exigeante, avec sa livrée d’humour, d’émotion, de peur et de vrais moments de joie. Loin des clichés habituels sur la profession, loin des revendications politiques, j’ai voulu présenter ici de simples photographies de mon métier, des images, des récits, des réflexionsd autour d’une réalité, souvent méconnue, transformée ou fantasmée.

 

Chalkboard in Empty Classroom
Creative Commons License photo credit: ToGa Wanderings

 

Nous sommes partout. Nous sommes dans les plus petits villages, dans les banlieues les plus à l’abandon, dans les quartiers les plus riches. Toutes la population est passée chez nous et nous avons en charge tous les enfants de France. Nous croisons tous les jours les parents et un nombre incalculable de professionnels : les services d’entretiens, les travailleurs sociaux, les vendeurs, la police, la justice… Et pourtant, personne ne sait vraiment ce qui se passe réellement dans un école, dans une classe, dans cette relation si particulière d’un groupe d’enfants, éduqué par un groupe d’adultes.

 

Je suis professeur des écoles, encore un peu débutant, en banlieue. La vraie, la dure, celle que nous avons abandonnée sans cesser de la regarder, celle que nous avons maquillée pour que les barres restent scintillantes de loin, du centre ville où j’habite. Au cœur de ces villes perdues, il n’y a rien, pas de vie, juste la peur qui gangrène chaque jour des familles innocentes.

 

 

Tous les jours, au cœur du quotidien, ça débute comme ça. A l’inverse de la pendule : sortir du centre ville pour rejoindre les villes périphériques, croiser, très tôt, la file inverse des voitures de travailleurs qui vont s’engloutir dans la ville. Nous allons là où personne ne va.

 

Nous allons sur de petites routes de campagne qui débouchent dans de petits villages évidés, mais aussi entres les barres et les tours de banlieue, sur les parkings et les pelouses louches qui bordent les groupes scolaires. Nous garons notre voiture dans l’incertitude de la retrouver intacte puis nous nous engouffrons dans la Machine.

 

L’école trône au milieu du quartier, comme un résurgence encore vivante de la République, de la communauté, de cette envie d’apporter l’idée du Savoir partout à tous. Alors c’est vrai, qu’ici, entre les populations des pays pauvres en errance, entre ceux qui sont là depuis des décennies mais toujours en marge, ceux qui veulent surtout partir, entre la violence, l’extrême pauvreté sociale et culturelle, le Sanctuaire paraît bien faible. Mais ça tient.

 

Nous sommes là, nous accueillons les enfants qui deviennent des élèves, nous accueillons les adultes qui deviennent des parents, et nous devenons des enseignants.

 

La grande Comédie de l’éducation peut alors débuter. Le grand spectacle est là et présente des élèves de plus en plus inventifs pour nous faire craquer ou rigoler, des enseignants qui vont du modèle de perfection à la perversité absolue, une administration qui ferait mourir de rire Kafka. Un théâtre qui ne cesse jamais ; car comme quand nous étions nous-même élèves, l’école existait avant nous, et existera après nous.

 

 

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