La Couturière
On appelle la couturière l’avant-dernière répétition d’une pièce de théâtre, celle précédant la générale. Le nom vient du fait qu’elle permettait aux couturières de faire les dernières retouches aux costumes.
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Wallons z’enfants

actualisé le 14/09/2013 à 16h22

Blog / Au premier rang, une spectatrice à sa voisine : « Nous avons fait 150 km pour venir, je suis prof d’espagnol, j’adore le flamenco ». Mis à part un raisonnement curieux et lapidaire (je suis prof de SVT, j’adore le sexe et les volcans ; je suis prof d’anglais, j’adore le cheesecake), on s’étonne avant même que le spectacle de Yalda Younes commence, de l’erreur d’aiguillage. Certes, le magnifique danseur Israel Galvan (pour le plaisir des yeux, un extrait de El final de este estado de cosas, redux) a écrit la partition chorégraphique interprétée par Yalda Younes, mais la présentation du spectacle donnait quand même quelques indices sur le ton de Je suis venue.

Habemus humus

Pour aller vite, Je suis venue est une pièce joyeusement débile, qui en creux et sans jamais se prendre au sérieux, pose tout de même quelques questions de fond passionnantes. Cela commence comme une conférence de presse, annonçant la paix et la réunification de deux entités politiques qui, s’ils ne sont pas nommés, ressemblent bien à Israël et aux territoires palestiniens. La Libanaise Yalda Younès s’exprime en arabe, le performeur et auteur du texte de la pièce Gaspard Delanoë campe un magnifique et très crédible traducteur. Malgré le ton solennel, le discours est vite miné par des incongruités de plus en plus délirantes. Le nouvel état sera construit sur le modèle belge (« qui a fait ses preuves ») et aura donc trois langues officielles : l’arabe, l’hébreu et le wallon. La capitale sera divisée en quatre secteurs, sur le modèle de Berlin (« qui a fait ses preuves ») : américain, soviétique, britannique et français. Chaque checkpoint sera transformé en péage, le mur de la honte deviendra le mur de la fierté. Soudain, Yalda Younes propose de s’exprimer plus clairement et se engage un flamenco assez brut, grave, émouvant. On regrette parfois son interprétation très droite, sans débordements, mais il s’agit d’une conférence de paix, ne l’oublions pas. Gaspard Delanoë traduit quant à lui les séquences chorégraphiques : une simple pichenette dans le vent semble ainsi correspondre à la recette officielle du plat national, le humus. Lorsqu’il ne traduit pas les mouvements de la danseuse, il l’imite et s’avère nettement moins convainquant.

Le soutien spontané de Freddy Mercury

Gaspard Delanoë s’interroge, dans le programme de salle du spectacle : « Peut-on traduire un corps ? Peut-on danser un plan de paix ? » Si Je suis venue est encore souvent approximatif, sa grande réussite est de ne conserver des conférences internationales que le folklore, les symboles, les postures, le ton. D’évacuer le contenu pour n’en garder que la matière théâtrale, et souvent comique. Il faut dire que le gaillard, à la stature et à la mâchoire présidentielles, est maître en la matière : il suffit pour s’en rendre compte d’aller découvrir le site du PFFFT, le Parti Faire un Tour, qu’il a créé, dit-il, le 21 avril 2002, « aux alentours de 20h01 ». Un parti qui ne compte aucun militant mais de nombreux « agents dormants » et qui, un peu sur le modèle de la Présipauté de Groland (qui a fait ses preuves ?), mixe énergiquement potacheries scato, principes moraux absurdes et réflexions politiques plus crédibles. Gaspard Delanoë souhaite proposer sa candidature aux présidentielles ; il a déjà obtenu le soutien « spontané » de Freddy Mercury mais peine à réunir les 500 signatures d’élus. Propositions de campagne en vrac : légalisation du mariage entre homosexuels et hétérosexuels, suppression pure et simple de l’héritage, rattachement de la Wallonie à la France, désignation de 5% des députés et des sénateurs par tirage au sort pour plus de diversité.


Après cette digression obligée sur le PFFFT, revenons pour terminer au spectacle ! Malgré quelques creux et gags qui tombent à plat (ou s’éternisent), Je suis venue démonte en mode dada la mise en scène des grandes sauteries géopolitiques, interroge la possibilité (la volonté ?) de traduire et comprendre les langues et les cultures étrangères et surtout nous fait découvrir deux personnalités magnifiques qu’il faudra suivre. L’occasion nous en sera donnée au prochain festival Montpellier Danse, lors duquel le duo présentera sa nouvelle création, Là, Calas.

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Renan Benyamina
Renan Benyamina
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