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Le diable s’habille en prolo

actualisé le 14/09/2013 à 16h22

L’OL mise beaucoup sur la force de l’habitude et l’état d’esprit pour conserver son rang durant la période d’austérité. Mais peut-on rester dans le carré VIP quand on ne paie plus sa bouteille ?

 

© Maxppp


Forcément, en revendant les plus belles pièces de ma garde robe sur eBay, dont cette petite veste dernier cri qui avait pourtant fait son effet durant les soirées d’été, il ne fallait pas s’attendre à être reçu dans les soirées les plus hype avec les mêmes égards que les années précédentes. Se contenter de trois-quatre sapes de créateurs (en attendant d’en brader une nouvelle cet hiver ?) et faire la maille avec du H&M, c’était courageux quand on était habitué à ne faire aucune faute de goût, sans même jamais négliger ses sous-vêtements. Mais quand on fait construire, on a des comptes à rendre.

Obligé de faire ceinture après avoir mené grand train, mais trop habitué à être de toutes les fêtes, j’avais décidé de tout miser sur l’attitude : fini les costumes sombres qui coûtent les yeux de la tête mais vous donne l’air d’un croque-mort ; place au cheap & cool !

Le style short baggy-t-shirt flashy, ça a plutôt bien fonctionné l’été, des plages niçoises aux rives de la Volga. Par chance, la douceur s’est installée plus longtemps que prévu. Cette désinvolture nouvelle ne serait toutefois pas très bien passée en d’autres temps auprès de ma belle-mère, venue de Marseille passer un dimanche de la mi-septembre. Mais tout à sa dépression d’alors (aujourd’hui encore latente), elle n’avait rien trouvé à y redire. Quant à l’oncle bordelais, un temps si pointilleux et snobinard, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Je l’aurais reçu avec des chaussettes dans mes Birkenstock qu’il ne s’en serait pas rendu compte.

C’est après que ça s’est gâté. Convié à une surpatte à Paname chez un nouveau riche, je me suis fait snobé par le maître des lieux, qui arborait son costume en alpaga. J’en ai bien un aussi, mais il y a dû avoir un problème au pressing, ils ne me l’ont toujours pas restitué alors que je l’ai déposé fin août. Idem trois semaines plus tard chez mon cousin lillois qui, lassé de s’être fait dépouiller son armoire quand j’avais encore autorité sur lui, ne cesse depuis de clamer que non seulement il est plus classe, mais qu’en plus il est plus cool.

Mais c’est mon ancien coloc’ madrilène qui a eu la vengeance la plus sanglante. Il n’a manifestement pas gardé que des bons souvenirs des nombreuses soirées au cours desquelles mon style out of bed avait plus de succès que ses cheveux gominés. Pour son remariage avec une fille de la haute, il m’a humilié devant tout le monde au vin d’honneur avant de me faire manger avec les enfants pour le repas. J’aurais pas dû me pointer en survêt’.

Pour me changer les idées, je me suis incrusté chez Steph, mon voisin. Il me déteste. Ça me sublime. Je lui ai rendu l’invitation trois jours plus tard. J’ai renversé du rouge sur mon polo blanc. J’ai assumé, suscitant l’admiration de l’assemblée devant tant d’appoint. Il était vert. Je l’ai raccompagné à la fin en lui chantant « La Tribu de Dana » en entier, comme ça, pour l’énerver. Je ne savais même pas que j’en étais encore capable.

Le problème, c’est que cette parenthèse enchantée m’a un peu fait oublier le sens des réalités. J’avais beaucoup de fringues à laver et toujours ces ennuis de pressing quand je me suis pointé à l’entrée d’une boîte de Montbéliard. Et là, le videur a été sans pitié : le t-shirt NYPD, c’est so 2005. Alors il me l’a arraché et piétiné. Et ça m’a fait mal au cœur parce que je croyais qu’il était indémodable tant je l’ai aimé, et que juste il allait pas avec mes costumes trop stricts.

Alors pour garder ma place, si difficilement acquise, dans ce monde impitoyable et superficiel, un état d’esprit risque de ne pas être suffisant. Il va falloir être malin, trouver de jeunes couturiers prometteurs, chiner dans les friperies, bref : avoir de la chance.

Parce que c’est bien de se faire construire une grosse maison en banlieue. Mais ce serait dommage de se retrouver à poil pour la pendaison de crémaillère.

 

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Pierre Prugneau
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