« Maintenant, on veut se structurer pour que ça n’arrive pas à d’autres. » Antoine ne compte pas en rester là. Avec ses colocataires, ce Villeurbannais avait entamé une grève des loyers en novembre 2025 pour contester le non-respect de leurs droits par l’agence de coliving Joivy.
En mai dernier, Rue89Lyon avait enquêté sur cette société qui multipliait les « compléments de loyers » et « frais de service » particulièrement onéreux. Des pratiques décriées pour leur manque de lisibilité et leur aspect arbitraire. Antoine et sept autres grévistes ont donc obtenu gain de cause, aidés par les associations DAL 69 et BAIL 69.
Dans le détail, les grévistes ont obtenu la fin de l’augmentation de loyer entre un locataire entrant et un
locataire sortant, la fin des « intrusions » dans les logements par Joivy, la possibilité de choisir ses colocataires, la suppression du complément de loyer dans certains logements, le respect de l’encadrement des loyers, ce qui implique le remboursement de trop-perçus d’un montant de « 34 000 € entre les huit colocations mobilisées ».
Contactée, l’agence Joivy n’a pas répondu à nos sollicitations.
Grève des loyers : « c’est une lutte collective »
« Il ne s’agit pas d’un simple conflit entre bailleur et clients, c’est une lutte collective », tient à préciser Antoine, qui ne compte pas s’arrêter là. Plusieurs mécontents ont assigné Joivy en justice pour demander la requalification de leur bail de sous-location en bail de location.
Cette technique, très utilisée par les agences de coliving, permet au bailleur de s’exonérer de certaines obligations légales envers les locataires. L’audience, dont les assos BAIL et DAL 69 assument de vouloir en faire « un procès politique », aura lieu le 10 septembre prochain.
Plus largement, l’idée de la grève des loyers commence à se frayer un chemin à Lyon depuis quelques mois. Au sein du collectif Locataires ensemble, la menace a été brandie à plusieurs reprises pour dénoncer les logements bouilloires, nombreux dans les secteurs sauvegardés de Lyon.
Grève des loyers et logements bouilloires à Lyon : le politique s’en mêle
« Pour l’instant à ma connaissance, c’est resté au stade de la menace », estime un membre de l’association, qui a lancé fin juin une pétition « pas de volets, pas de loyers », avec d’autres collectifs. Elle a déjà réuni plus de 50 000 signatures.
Si la méthode de la grève des loyers n’est évidemment pas sans risque juridique, elle a permis, pour Antoine et les autres, d’obtenir des résultats. Encore faut-il savoir qu’on est dans son bon droit et que son propriétaire n’est pas dans les clous, ce qui nécessite de solides bases juridiques.
« Les gens en parlent de plus en plus », assure Pierre-Julien Crovizier, de Locataires ensemble. Autre externalité positive pour les associations d’aide aux locataires : le politique commence à s’emparer du sujet.
À Lyon, Grégory Doucet a annoncé le déblocage d’un fonds spécial pour l’adaptation thermique des logements, et maintenir la pression sur les propriétaires en faisant rentrer la température d’une habitation dans les critères de salubrité. Des annonces dont les modalités n’ont pas été dévoilées, mais qui s’appuient sur le code de la santé publique. La mairie de Lyon entend lancer le dispositif en 2027.



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