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Gerland a soufflé sa 100ᵉ bougie : comment le stade a transformé la ville

Le samedi 23 mai dernier, le stade de Gerland a soufflé sa 100e bougie. À l’occasion de cet anniversaire, retour sur l’évolution du quartier de Gerland depuis la construction de son célèbre stade, conçu par Tony Garnier, en 1926.

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Gerland a soufflé sa 100ᵉ bougie : comment le stade a transformé la ville
Une photographie du stade de Gerland, lors d’un début de match du Lyon olympique universitaire rugby en septembre 2025.

Tifos géants, anciens joueurs de l’OL, ola… Samedi 23 mai, les arènes du stade de Gerland ont résonné des voix de milliers de lycéens de l’agglomération lyonnaise qui s’affrontaient lors d’un tournoi de football interlycées.

À l’unisson, ils ont célébré les 100 ans d’un lieu devenu mythique à Lyon. L’antre a donné son nom au quartier l’entourant : Gerland. Avec le parc des sports, il marque aujourd’hui l’extrémité sud de la ville, plutôt urbanisée. Il n’en a pas toujours été ainsi. Petit saut dans le temps.

Attention à la Mouche

Au XXᵉ siècle, le quartier de Gerland se caractérisait par son caractère industriel et semi-rural. L’activité ferroviaire a contribué à l’installation progressive d’entreprises, telles que des usines, des entrepôts et des abattoirs, notamment ceux de la Mouche, aujourd’hui connus sous le nom de Halle Tony-Garnier. Malgré cette industrialisation progressive, Gerland dispose encore de nombreux terrains ouverts et de champs.

La Grande Halle des abattoirs. Image issue de l’ouvrage Lyon, connaître son arrondissement le 7e, de Jean Pelletier.

Le sud de Lyon est constitué de terrains gorgés d’eau, boueux et difficiles à aménager. Plus pour longtemps. Le maire iconique de Lyon, Édouard Herriot, a l’idée de construire un stade olympique, dès 1913. En collaboration avec l’architecte lyonnais Tony Garnier, son chouchou, il choisit Gerland pour son projet. L’objectif est alors de construire un stade municipal capable d’accueillir d’importantes compétitions sportives, toutes disciplines confondues.

Pour le passionné d’histoire, George Duriez, « l’emplacement du stade est choisi car les terrains sont peu onéreux mais aussi il y a de nombreux espaces. Gerland ne compte alors qu’une soixantaine d’entreprises, dont le célèbre abattoir de la Mouche », rappelle-t-il.

Un stade olympique à Gerland

La capitale des Gaules était en avance : elle nourrissait déjà l’ambition d’accueillir des compétitions olympiques en France. À cette époque, Paris ne disposait pas encore d’infrastructures adaptées à l’organisation de telles épreuves. Pour Georges Duriez, fondateur de la Gazette de Gerland : « on ne construit pas le stade pour la population, mais pour Lyon ».

Cependant, le déclenchement de la Première Guerre mondiale vient compromettre les projets de construction du stade. Le comité sportif avait déjà commencé à préparer les futures compétitions, mais de nombreux ouvriers français quittent leurs postes pour être mobilisés sur le front.

La ville souhaite néanmoins poursuivre coûte que coûte ce projet pharaonique, dont le coût est estimé à deux millions de francs-or, ce qui équivaut à environ 70 millions d’euros.

Elle fait alors appel à une main-d’œuvre immigrée et recrute notamment des prisonniers allemands. Après l’armistice du 11 novembre 1918, une nouvelle vague de travailleurs, composée notamment de réfugiés annamites et chinois issus des colonies françaises, est mobilisée. Les travaux sont également renforcés par le retour des ouvriers lyonnais démobilisés après la Grande Guerre.

Un stade trop ambitieux ?

L’architecte Tony Garnier se lance dans une construction monumentale, marquée par la création de grandes arches emblématiques et d’une vaste piste d’athlétisme entourant le terrain. Le stade peut alors accueillir près de 10 000 spectateurs, ce qui en fait l’un des plus grands stades municipaux de son époque.

Pour Duriez : « La démarche du maire et de Tony Garnier dépasse cette dimension monumentale : ils voulaient créer un véritable stade social qui devait réunir la population, notamment la jeunesse ».

Tony Garnier prévoit également plusieurs bâtiments dédiés aux différentes disciplines sportives, comprenant des vestiaires, des espaces de restauration et des salons. Cependant, la date de livraison approchant à grands pas, certaines tribunes ne sont pas totalement achevées comme prévu.

Faute de budget, plusieurs éléments du projet ne verront jamais le jour. L’architecte défend pourtant jusqu’au bout la construction d’une piscine ainsi que d’une entrée monumentale ornée de hauts luminaires et encadrée par deux lions. Bien que le complexe ne soit pas entièrement terminé, le stade est inauguré le 23 mai 1926. La construction du stade constitue ainsi l’un des principaux marqueurs de l’urbanisation du quartier de Gerland.

Après son inauguration, Gerland a progressivement perdu ses différents terrains boueux pour se transformer en véritable quartier industriel, populaire et ouvrier. « Tout ce que la ville ne veut pas se retrouve à Gerland, comme les entreprises chimiques », indique encore le passionné d’histoire locale. Dès sa construction, le stade apparaît comme un monument imposant au cœur d’un environnement principalement composé d’usines, d’entrepôts et d’installations industrielles.

Gerland, un quartier d’immigration

Fresque murale. Réalisée par Édouard Kobra / artiste brésilien à l’angle des rues Sébastien Gryphe et Montesquieu. Elle célèbre la diversité de la population du quartier. Image issue de l’ouvrage Lyon de la Guillotière à Gerland. Le 7e arrondissement 1912-2012 de Dominique Bertin

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le maire Édouard Herriot fait construire une digue le long du Rhône, mettant ainsi un terme aux nombreuses inondations qui contribuaient à l’insalubrité du quartier.
« Dans le sud de Gerland, les inondations ne pénétraient plus dans les sous-sols. Il n’y avait plus d’eau dans les rues, et les habitants n’avaient plus besoin de barques pour se rendre à l’école ou à l’usine. La vie quotidienne était auparavant fortement perturbée par les crues », indique à propos Georges Duriez.

Pour lutter durablement contre ce phénomène, les architectes ont ensuite surélevé les terrains afin de les protéger des inondations.

Jusqu’aux années 1950, le sud du quartier de Gerland est occupé par des bidonvilles, qui seront ensuite démolis sous l’autorité du maire Louis Pradel. Dans les années 1970, la construction de nouvelles résidences, notamment entre le pont Pasteur et le quartier Frère, contribue à dynamiser considérablement le quartier.

Les vagues successives d’immigration, liées au développement industriel et les importants besoins de main-d’œuvre, attirent de nombreux travailleurs venus d’Italie, d’Espagne et d’autres régions françaises. Après 1945, la forte demande de main-d’œuvre favorise également une immigration en provenance du Maghreb, notamment d’Algérie à partir des années 1950 et 1960.

Les raisons sont claires : ces populations immigrées répondent avant tout aux besoins de l’industrie locale. Beaucoup viennent travailler dans les usines, les transports, les chantiers ou encore les activités portuaires.

De l’industrialisation à l’urbanisation à Gerland

Pendant que les usines se développent, le stade poursuit son histoire sportive. Dès la création de l’Olympique lyonnais en 1950, le club y installe son domicile pendant 65 ans, jusqu’à son départ vers le nouveau stade de Décines en 2016. L’enceinte devient ainsi le théâtre des grandes heures du football lyonnais.

Une banderole brandie par des supporters du virage nord de Gerland dimanche 19 avril 2015 à l'occasion du match OL-ASSE / DR.

Dans les années 1970, le club de rugby du LOU y dispute ses premiers matchs de manière ponctuelle, avant de s’y implanter progressivement à partir de 2010. En 2017, le LOU Rugby fait définitivement du stade son enceinte principale.

Aujourd’hui, les supporters marchent dans un environnement métamorphosé par rapport au début du siècle. Chronologiquement : Gerland s’est développé grâce aux infrastructures routières et à l’arrivée de nouveaux habitants, avec de grands changments au début des années 1980. Dans la fin du siècle, il se transforme pour avoir l’apparition d’un quartier scientifique et biotechnologique composé de campus universitaires, de bureaux et d’activités tertiaires.

« Le quartier de Gerland est passé d’une soixantaine d’entreprises en 1926 à près de 500 dans les années 1970 », rappelle Georges Duriez.

Le quartier est aujourd’hui un espace mixte en pleine expansion, à la fois urbain, scientifique, résidentiel et économique. Il conserve de vastes espaces ouverts, contrairement à certains quartiers centraux lyonnais, ainsi que de larges avenues, d’anciennes emprises industrielles reconverties et une architecture réhabilitée.

Les aménagements successifs, notamment la voirie et l’arrivée du tramway, comme la ligne T1 qui relie Debourg à l’IUT Feyssine (Villeurbanne) et la ligne T6 qui part de Debourg et traverse l’est lyonnais jusqu’à La Doua – Gaston Berger, ont profondément transformé le quartier. Ce dernier reste néanmoins en constante mutation et continue d’évoluer. Il y a actuellement plusieurs travaux importants liés aux tramways, notamment autour de la future ligne T10 et des aménagements du réseau TCL, prévue pour 2026.


#Le guide de l'anti-Routard de Lyon

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