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Actualités, enquêtes à Lyon et dans la région

Derrière la rumeur d’un « lynchage fasciste » à Lyon, une simple altercation de soirée

Depuis le 25 juin, la rumeur d’un « lynchage fasciste » survenu dans le quartier d’Hôtel de Ville (Lyon 1ᵉʳ) s’est propagée. Elle fait suite à la publication d’un article de Rebellyon et à une alerte de la députée insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi. Rue89Lyon a enquêté sur les circonstances de cette agression, dont le caractère raciste ne semble pas fondé.

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C'est une vidéo, diffusée le 25 juin par Rebellyon, qui lance la rumeur d'un "lynchage fasciste" près d'Hôtel de Ville à Lyon. ©Capture d'écran Rebellyon / Photo Pierre Lemerle
C’est une vidéo, diffusée le 25 juin par Rebellyon, qui lance la rumeur d’un « lynchage fasciste » près d’Hôtel de Ville à Lyon.

Tout part d’un article publié dans le média libertaire Rebellyon titré « Appel à témoin : lynchage fasciste à Hôtel de Ville mardi 23 juin ». Une vidéo de quelques secondes accompagne le papier, où l’on voit un homme blanc porter un coup de pied dans la tête d’un homme noir à terre. L’article précise que trois hommes auraient « tabassé une personne noire », et que les coups se seraient accompagnés « d’insultes racistes et de crachats ».

Quelques jours plus tard, la députée La France insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi indique qu’elle a effectué un signalement auprès du procureur de la République. « La France insoumise demande à ce qu’une enquête soit effectuée afin d’identifier les responsables de cette attaque raciste », détaille un communiqué de la section LFI du Rhône.

Dans une ville fortement marquée par la violence de l’extrême droite depuis le début des années 2000, l’évènement choque et paraît plus que plausible. La nouvelle se diffuse d’abord au niveau local par quelques médias et arrive au niveau national par le député insoumis Thomas Portes.

Sauf que… dans le bar qui borde le lieu de l’agression, cet emballement médiatique choque. Plusieurs serveurs, qui se disent « racisés » ou « de gauche » pour certains, décrivent des violences qui n’ont rien à voir avec une agression « fasciste ». « Ça discrédite le combat contre le racisme », soufflent plusieurs serveurs du bar, avec qui Rue89Lyon a échangé.

Une altercation en marge d’un match de foot

« Deux hommes s’installent en terrasse pour regarder le match France-Irak et je vais les voir en leur disant que pour s’installer, il faut consommer », retrace Hamza (prénom modifié), un des employés. Il décrit ensuite une agressivité des deux hommes qui lui reprochent de vouloir les faire consommer car ils sont noirs, contrairement à leurs voisins.

« Bien sûr… ma mère est Algérienne, moi je suis aussi Algérien, je n’ai que ça à foutre [d’être raciste, ndlr] », souffle Hamza, qui explique avoir déjà vécu des violences du fait de son origine. Il décrit ensuite une scène qui escalade. « L’un d’eux me saisit par le bras, et un de nos habitués intervient auprès de celui resté assis », explique-t-il.

« Le mec assis finit par dire ‘calme ton pote ou je le plante’, en parlant de moi », décrit Hamza. Rue89Lyon a pu entrer en contact avec Hugo (prénom modifié), l’auteur du coup de pied de la vidéo. Celui-ci explique avoir vu l’homme assis « commencer à sortir une lame de son pantalon » et avoir réagi « par instinct ».

C’est là que débute la bagarre : cet habitué et d’autres clients s’en prennent à l’homme qu’ils pensent armé d’un couteau. La scène se finit par le coup de pied porté au sol. « Avec l’adrénaline, je n’ai pas eu la présence d’esprit de m’arrêter… », regrette Hugo. Il nie tout caractère raciste de l’agression.

« Si ça avait été une agression raciste, j’aurais été le premier à témoigner »

« Je ne suis pas quelqu’un de porté sur la politique, explique-t-il. Une partie de ma famille est noire. L’homme noir (que l’on voit rejoindre Hugo à la fin de la vidéo, ndlr) est mon meilleur ami… Être accusé de fascisme, ça me met un coup au moral », explique-t-il. Il dit avoir été reconnu et interpellé à deux reprises dans la rue suite à la diffusion de la vidéo.

« Ce client a déjà défendu l’une de nos cuisinières quand elle s’est fait traiter de négresse, je me porte garant pour lui. Si ça avait été une agression à caractère raciste, j’aurais été le premier à témoigner », soutient Hamza, affecté de voir le lieu où il travaille mêlé à cette rumeur.

Quant aux propos racistes rapportés par Rebellyon ? « Je ne les ai pas entendus », répond Hamza, qui dit cependant avoir été en partie dos à la scène et avoir dû gérer le second homme. « Mais je peux vous assurer qu’on ne tolère pas ça ici », ajoute-t-il.

Contactée, la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) nous a renvoyés vers le parquet qui n’a pas répondu à notre sollicitation avant la parution de ce papier. Dans un article paru une semaine après les faits, Le Progrès rapportait que les pompiers étaient bien intervenus ce soir-là pour prendre en charge un homme très alcoolisé dans le secteur et qu’aucune plainte n’aurait été déposée.


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