« Nous sommes dans l’incompréhension et la colère. » Ce mercredi 18 mars, c’est à grand coup de casseroles, sifflets et vuvuzelas qu’une trentaine d’enseignants et de personnels administratifs du lycée Émile-Béjuit (Bron) a manifesté devant le rectorat de l’académie de Lyon.
La veille, à l’appel du Collectif pour les lycées en éducation prioritaire (CLEP), plusieurs autres établissements de l’Est lyonnais s’étaient réunis rue de Marseille (Lyon 7ᵉ). Une mobilisation « contre la suppression des moyens dans tous les établissements », tonne Khalid Bouchtaoui, CPE du lycée brondillant.
« On fait face à des difficultés structurelles »
Le 23 février dernier, un élève a été poignardé devant le lycée Émile-Béjuit. « Dix jours plus tard, on apprend les suppressions d’un mi-temps d’adjoint administratif et d’un poste de conseiller principal d’éducation (CPE) », dénonce, las, Khalid Bouchtaoui, dont le poste est supprimé.
« Le rectorat comptabilise le nombre d’élèves par encadrant, c’est un calcul mathématique et pas humain », regrette-t-il. Cette décision est incompréhensible pour la communauté éducative réunie mercredi 18 mars. « On manque de personnel, on est épuisé, et le rectorat supprime des postes… on est attaché à notre métier mais là, on ne comprend pas », résument Anaïd Nazarian et Samia Venmahammeda. Responsables administratives, elles étaient aussi présentes mercredi matin.
Le constat est partagé par Florence Nougier, professeure de français mobilisée avec ses collègues. « Nos moyens ne nous permettent plus de remplir notre mission de service public… il y a urgence à rétablir l’égalité d’accès à l’éducation dans ces secteurs de la Métropole. »
« Ça ne se passerait jamais en centre-ville »
« C’est l’Est lyonnais, on a des gamins issus de milieux très défavorisés », explique une professeure d’histoire-géographie, présente dès 8 h 30 mercredi matin. D’après leur communiqué, les professeurs du lycée Émile-Béjuit rappellent qu’il atteint le niveau 3 (sur 4) en matière d’établissement difficile, témoignant d’une « dégradation préoccupante du climat scolaire et des situations de plus en plus lourdes à gérer », peut-on aussi lire.
Dans l’est lyonnais, le cas de l’établissement Emile-Béjuit n’est pas isolé. Le 9 puis le 17 mars, une soixantaine de personnels du lycée Jacques-Brel et de la cité scolaire Sembat-Seguin (Vénissieux), du lycée Robert-Doisneau (Vaulx-en-Velin), Camus-Sermenaz (Rillieux-la-Pape), et Pierre-Brossolette (Villeurbanne) ont manifesté devant le rectorat.
« Nos revendications locales convergent sur des questions de dégradation des conditions de travail et les suppressions de postes », détaille Patrick Samzum. « Cette injustice conduit à la baisse du niveau et aux incivilités, mais ce n’est pas consubstantiel aux élèves », insiste ce professeur de philosophie.
Le représentant syndical Sud-Éducation dénonce « une inégalité criante et entretenue au détriment des familles issues de quartiers populaires ». Or, cette « maltraitance institutionnelle » n’est pas nouvelle pour les élèves issus des écoles et collèges de réseaux d’éducation prioritaire (REP et REP+), particulièrement dans l’Est lyonnais.
« C’est le résultat de politiques nationales »
« Les moyens attribués nationalement ont été réduits », analyse Sylvie Brias, CPE au lycée Émile-Béjuit et présente mercredi matin. Le problème ne repose pas que sur l’Académie de Lyon, dont les budgets sont alloués depuis l’hôtel Rochechouart, à Paris, siège du ministère de l’Éducation nationale.
« C’est un prétexte », s’agace Khalid Bouchtaoui. Contacté par Rue89Lyon, le rectorat assure recevoir les délégations lycéennes et suivre de très près la situation. « Une attention particulière est portée aux effectifs, notamment pour les classes de seconde », précise-t-il.
Lors de la précédente manifestation, mardi 17 mars, les manifestants avaient bien obtenu une audience pour faire entendre leurs revendications. Sans succès. « Ils bottent en touche sur la question des lycées prioritaires », avance le syndiqué Sud-Éducation, Patrick Samzum à la suite de leur entrevue. Côté enseignants, l’absence de dialogue épuise. Elle affecte aussi la qualité de l’enseignement.
Le recours aux contractuels dans le secondaire est de plus en plus fréquent. « Deux postes n’ont pas été pourvus l’année dernière… l’État veut augmenter le budget de l’armée alors que notre avenir ce sont nos enfants », désespère l’enseignante en histoire-géographie du lycée Émile-Béjuit.
À l’aune du second tour des élections municipales, plusieurs syndicats appellent à un nouveau rassemblement devant le rectorat. Le rendez-vous a été donné jeudi 19 mars à 11 heures. Une tentative de « faire entendre notre voix », glisse Sylvie Brias avant de reprendre le slogan du jour, casserole à la main : « Béjuit en colère ».

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