« Les droits des femmes n’ont jamais été aussi fragilisés que ces dernières années, il faut se mobiliser en permanence », regrette une militante du collectif NousToutes Rhône. Au départ de cette manifestation féministe du 8 mars, quelques 9 600 (selon la préfecture) ou 14 000 (selon les organisatrices) personnes sont rassemblées place Jean Macé (Lyon 7ᵉ). La mobilisation est importante ce dimanche, pour la journée de lutte pour les droits des femmes et des minorités de genre.
La manifestation débute par une succession de prises de parole. Collectifs et associations abordent les différents mots d’ordre : appel à s’opposer aux mouvements fascistes et à l’extrême droite, dénonciation des violences racistes et des politiques anti-immigration, revendications pour les droits des minorités de genre. Le témoignage d’une Iranienne est largement applaudi par la foule, alors que son pays est actuellement bombardé conjointement par les États-Unis et Israël. Ces deux pays ont déclenché la guerre le 28 février, sans véritable objectif clair. Le bilan s’élève pour l’instant à 400 victimes en Iran.
À Lyon, un 8 mars féministe et antifasciste
À 15 h 40, le cortège s’élance aux sons de chants féministes sous un soleil éclatant, alors que cette journée se tient dans un contexte local et national tendu. Fanny, Lyonnaise, tenait à être présente à cette première marche d’ampleur après celle en hommage au militant néofasciste Quentin Deranque. Le 21 février dernier, près de 3 000 personnes, dont de nombreux militants identitaires – en grande majorité des hommes –, ont en effet défilé dans les rues de Lyon. « On l’a bien vu, le patriarcat est lié à l’extrême droite », analyse Fanny.
Dans la foule ce dimanche, de nombreuses pancartes démontrent une posture antifasciste. L’une d’elles proclame « Némésis hors de nos luttes », une autre appelle à la dissolution du collectif identitaire et fémonationaliste. Cette année, ses militantes ont renoncé à se joindre à la marche du 8 mars à Lyon, après des révélations publiées par L’Humanité qui montrent comment elles se sont organisées avec des groupuscules d’extrême droite pour agresser des militants antifascistes.
Charlène, pancarte humoristique autour du cou, est préoccupée par la montée de l’extrême droite dans sa ville. « On a beaucoup entendu dans les médias que Lyon est la capitale du fascisme, mais pas que !, soutient-elle. Il y a aussi de la sororité, de l’adelphité, du soutien à toutes les victimes du racisme. »
Plus loin, à l’ombre, Rémi et Sam ont accordé le message de leurs pancartes. Eux aussi tiennent à marcher en opposition à l’extrême droite. « Il faut se mobiliser, participer à des actions citoyennes communes, argumente Sam. C’est vraiment un moyen de montrer les valeurs que l’on défend. » Son compagnon renchérit : « Il faut tenir le front antifasciste. »
Un 8 mars contre le recul des droits
Comme chaque année, le 8 mars est l’occasion pour les militantes féministes de rassembler une multitude de revendications. Sur toute une section du cortège, de nombreux drapeaux s’agitent : Palestine, Liban, Iran ou encore Congo, des pays où la guerre et les bombardements exacerbent les violences vécues par les femmes et les minorités de genre.
Un appel au cessez-le-feu sur ces peuples opprimés que porte aussi le collectif de soutien au peuple ukrainien. Armand Creus, co-responsable, tient à rappeler le rôle crucial des femmes ukrainiennes face à l’invasion russe. « Elles aussi combattent en première ligne, et elles se battent pour que ça soit plus reconnu, même au sein de l’armée », souligne-t-il.
Au milieu du cortège, quelques étudiant·es en médecine à l’université Lyon 1 se détachent de la foule par des calots chirurgicaux multicolores, des couvre-chefs en tissu. « On porte les calots en soutien à Madjouline, l’infirmière radiée, et à toutes les autres qui n’ont pas été médiatisées », explique Madison, membre de l’association féministe et queer CLIT. En novembre dernier, les hôpitaux parisiens avaient licencié une employée au nom de la laïcité pour avoir refusé d’enlever le sien. Selon Honorin, co-président de CLIT, cet argument ne tient pas : « C’est raciste et sexiste, ce n’est pas une question de laïcité, assène-t-il. Il faut relire la loi. »
Ces étudiant·es ne sont pas les seul·es à s’être mobilisé·es. Plus loin dans la foule, Elsa Perreira Lima, membre du collectif Brisons la loi du silence, appelle le gouvernement à agir sur les violences sexistes et sexuelles : « Rien n’est fait là-dessus, au contraire, on diminue les moyens et les aides aux associations ! »
Grégoire, membre du collectif féministe catholique Magdala, veut quant à lui se montrer optimiste. « Les cathos de gauche sont isolés à Lyon, la plupart ont quitté leur église en ne s’y retrouvant plus, déplore-t-il. On veut montrer qu’on existe, en portant un message chrétien avant tout féministe, pro-avortement, pour les droits LGBT. » Comme Rue89Lyon le montrait dans une de ses récentes enquêtes, le diocèse a longtemps laissé ses portes ouvertes aux franges les plus radicales de l’extrême droite lyonnaise.
Malgré ce contexte de tension, la marche s’est déroulée dans une ambiance musicale et joyeuse. « Ça fait vraiment du bien », confie Romane, une jeune femme qui brandit des pancartes pailletées avec ses amies. D’autres manifestantes abondent dans ce sens : « On se sent moins seules dans la lutte ! » La procession s’est achevée place Bellecour (Lyon 2ᵉ) sans heurts, vers 17 heures.


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