Une grande prudence et quelques éléments de contexte. La conférence de presse de Thierry Dran, procureur de la République de Lyon, n’a pas apporté les réponses attendues par les dizaines de médias présents après l’agression mortelle de Quentin D., 23 ans, en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan (LFI) à Sciences Po Lyon, jeudi 12 février. Mais elle aura eu le mérite de rappeler que le temps de la justice et celui de l’émotion suivent des lignes temporelles distinctes.
Contrairement à ce qui a pu être affiché sur les réseaux sociaux, aucune interpellation n’avait encore eu lieu dans cette affaire lundi à 16 h, a précisé le parquet de Lyon. « Des identifications sont en cours », a développé Thierry Dran, fondées sur l’exploitation de vidéos et « une quinzaine de témoignages » de victimes et de riverains qui ont assisté à l’agression. Une enquête criminelle pour « homicide volontaire » a été ouverte, et une autre pour violences en réunion.
Le parquet ne confirme pas (encore) la responsabilité de la Jeune Garde
Le procureur n’a pas non plus confirmé l’implication du groupe antifasciste La Jeune Garde ni celle de Jacques-Elie Favrot, l’assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député (LFI) du Vaucluse et cofondateur de la Jeune Garde. Son nom a été plusieurs fois cité dans des publications de personnalités et médias d’extrême droite, et sa présence sur les lieux de l’agression a été confirmée par nos confrères de Mediapart, sans que son implication directe dans le lynchage de Quentin ait été confirmée.
Jeudi 12 février vers 17h30, une première algarade débute devant Sciences Po, où des membres du collectif fémo-nationaliste Némésis organisent une action coup de poing contre la venue de Rima Hassan. Les militantes identitaires déploient une banderole « islamo-gauchiste hors de nos facs », avant d’être chahutées une première fois. Deux d’entre elles se sont vu prescrire 2 et 5 jours d’ITT selon le parquet de Lyon.
Mort de Quentin : trois rixes en quelques minutes
Quentin, présent au sein d’un groupe d’une quinzaine de personnes placé en retrait pour protéger les membres de Némesis, ne participe pas à cette première empoignade. La situation dégénère ensuite. Selon le procureur de Lyon, ce service d’ordre est « pris à partie par un groupe d’une vingtaine d’individus, cagoulés et masqués » vers 18h. La plupart parviennent à s’enfuir mais trois d’entre eux, dont Quentin D., sont rattrapés.
Le jeune homme de 23 ans, par ailleurs étudiant en mathématiques à Lyon 2, est frappé par « au moins six individus ». Deux de ses camarades, également frappés au sol, parviennent à s’enfuir.
Une vidéo capturée par TF1 montre la scène, d’une extrême violence, où l’on voit un homme à terre, vraisemblablement Quentin, être frappé par plusieurs individus, dont des coups de pied visant la tête. Cette vidéo a été authentifiée par la justice, qui réfute catégoriquement l’hypothèse selon laquelle Quentin a reçu des coups de couteau, ce que certains médias et posts sur les réseaux sociaux avaient un temps évoqué.
Mort de Quentin : des lésions « mortelles à brève échéance »
Une quatrième personne, étrangère à la scène, retrouve Quentin, « conscient et capable de s’exprimer ». Celui-ci parvient à se relever et déclare n’avoir aucun souvenir de la rixe. Les deux hommes traversent ensuite la Presqu’île vers le Vieux-Lyon. Pendant le trajet, l’état de Quentin se dégrade et son camarade appelle des soutiens avant de contacter les secours.
Quentin D. est pris en charge vers 19 h 40, sous un abribus du quai Fulchiron (Lyon 5e). Selon le procureur, le jeune homme n’avait aucune chance. L’autopsie, réalisée ce lundi 16 février, a révélé un « traumatisme crânio-encéphalique majeur », et des « lésions mortelles à brèves échéances ».
L’enquête a été confiée à la division criminelle territoriale. Alors que de nombreux noms sont jetés pêle-mêle sur les réseaux sociaux, le procureur de Lyon a rappelé que « les investigations devront permettre de chercher les auteurs directs en se basant non pas sur des rumeurs mais sur les faits. »
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