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Municipales à Lyon : « L’antiracisme est totalement absent du débat public »

Fin 2025, un mouvement citoyen a émergé à Lyon pour porter la question des discriminations, et plus particulièrement de l’antiracisme, dans la campagne des municipales et métropolitaines. Rencontre avec Karima, l’une des cofondatrices du pacte Lyon Respirable.

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Karima, porte-parole du pacte Lyon respirable. Elle porte un turban, une doudoune verte et rose, et pose devant une rue ©MA/Rue89Lyon
Karima, porte-parole du pacte Lyon respirable.

« Lyon doit devenir une ville refuge, où chacun peut respirer ! » Le 16 décembre 2025 aux Halles de la Martinière, il n’était pas question d’écologie ou de pollution de l’air, mais bien de résistance aux discriminations. Plusieurs associations et collectifs lançaient un pacte, intitulé « Lyon respirable », à destination des candidat·es aux élections municipales et métropolitaines.

À la tribune se trouvait Karima, 47 ans, cofondatrice et porte-parole du pacte. Rue89Lyon l’a rencontrée quelques semaines plus tard, pour évoquer plus en détail la philosophie et les propositions de ce collectif qui espère peser auprès des candidat·es à Lyon.

Le collectif d’associations et de citoyen·nes réunis le 16 décembre 2025 pour le lancement du pacte Lyon respirable.Photo : MA/Rue89Lyon

Rue89Lyon : Qu’est-ce que le pacte Lyon respirable ?

Karima : C’est un mouvement citoyen pour permettre à chacune et chacun d’exister pleinement dans la ville, en égale dignité, quelle que soit son ethnie, son statut administratif, sa religion, son genre…

Nous avons formulé une quarantaine de propositions pour les municipales et les métropolitaines. Nous interpellons les candidat·es pour qu’ils s’engagent à les mettre en œuvre.

Comment est née cette initiative ?

Depuis mon adolescence, je suis militante dans des syndicats, des associations ou des collectifs. Après les élections européennes et législatives de 2024, je prends un coup de massue. Un message clair est envoyé aux gens comme moi par des millions d’électeurs du Rassemblement national, qui nous veulent morts ou se fichent de savoir si le bulletin qu’ils mettent dans l’urne pourrait avoir des conséquences sur nos existences.

On se réunit avec quatre copines militantes et on s’aperçoit que dans la séquence des municipales qui arrive, il n’y a pas de place pour nos vécus. L’antiracisme est totalement absent du débat public. D’où l’idée d’un pacte et de la délégation.

De là, on lance un premier appel à des collectifs et associations dans plusieurs domaines : le logement, le féminisme, l’antiracisme, la santé… Ça nous a permis de créer un mouvement citoyen pour porter ces questions au cœur des municipales.

Quelles sont les principales propositions du Pacte ?

Nous voulons un égal accès aux services publics et aux équipements communaux culturels et sportifs. Cela implique de former les agents municipaux et métropolitains, ainsi que la création d’un guichet pour faire remonter les situations de discriminations. Le pacte propose aussi une révision des règlements intérieurs des collectivités pour prévenir les discriminations au travail dans les services.

Nous demandons aux candidats de faire de la ville un espace sanctuaire, c’est-à-dire ne pas envoyer la police municipale ou nationale faire la chasse aux squats ou aux sans-papiers. Une ville sanctuaire passe aussi par la création de centre de santé communautaire ou d’un accompagnement psychologique et juridique aux victimes de violences policières et à leurs proches.

Nous souhaitons également qu’un audit toponymique plus poussé soit réalisé sur la ville de Lyon pour renommer certaines rues, comme les réflexions déjà entamées sur la rue Bugeaud par exemple.

Si les candidats signent le pacte, ils devront s’engager à créer une délégation pour suivre la mise en œuvre de toutes ces mesures.

Il existe déjà une délégation municipale dédiée aux droits et à l’égalité, en quoi votre proposition est-elle différente ?

La délégation que l’on propose aurait un œil transversal sur l’ensemble des autres délégations, pour s’assurer que la question des discriminations est prise en compte dans toutes les politiques publiques.

Elle sera adossée à un comité citoyen, composé d’individus et d’associations qui œuvrent dans les champs de l’accès aux droits et de la lutte contre les discriminations, chargé de contrôler l’action de cette délégation.

Votre pacte porte sur un ensemble de discriminations mais l’antiracisme est particulièrement mis en avant, pourquoi ?

Un climat raciste est en train de s’installer en France et ailleurs. On dit qu’il y a une montée du fascisme mais en réalité, nous sommes déjà dedans. On meurt aujourd’hui en France parce qu’on est arabe, comme on peut se faire agresser sur le chemin de l’école parce qu’on a la mauvaise religion (elle fait référence à l’agression d’un adolescent d’origine syrienne à Lyon le 19 janvier dernier, ndlr).

Si on ne porte pas cette question-là, nous qui le vivons dans notre chair, les autres ne le feront pas. On n’arrivera pas à combattre le racisme sans le mettre sur le devant de la scène.

Pour l’instant, quelles sont les listes qui ont entamé des discussions avec vous autour du Pacte ?

Nous avons pour l’instant eu des échanges avec la liste d’union de la gauche de Grégory Doucet et avec La France insoumise d’Anaïs Belouassa-Cherifi. Nous leur avons donné jusqu’au 6 février pour nous détailler leurs engagements et nous les dévoilerons lors d’une soirée d’échanges le 10 février.

Nous voulons que les habitants puissent s’adresser directement aux candidats et que ceux-ci soient dans une position d’écoute. On ne veut plus que les quartiers populaires comme dans le 8ᵉ ou le 9ᵉ arrondissement fassent l’objet d’intenses tractations ou porte-à-porte pendant les campagnes électorales, et qu’on les ignore ensuite tout au long du mandat.


#discriminations

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