« Le collectif Jamais sans toit a, depuis 2014, occupé 266 écoles et mis 1 063 enfants à l’abri », déroule Juliette Murtin, membre du collectif, devant un amphithéâtre de Sciences Po Lyon. Lundi 2 février, une table ronde millimétrée était organisée entre sept candidats (ou leurs représentant·es) à la mairie de Lyon autour d’une question : « Enfants sans toit : que peuvent les maires ? » En février 2026, le collectif recense 388 enfants sans abri dans la métropole, 197 rien qu’à Lyon, dont 18 bébés.
À un mois du premier tour, « nous attendons des réponses claires, des engagements et des choix politiques pour protéger ces enfants », assène la militante à l’intention d’Éric Lafond (Cœur lyonnais), Delphine Briday (Lutte ouvrière), Georges Képénékian (centre-gauche), Nathalie Perrin-Gilbert (gauche/PRG), Raphaëlle Mizony (NPA révolutionnaire), Florestan Groult (LFI) et de Marie-Charlotte Garin (Les Écologistes).
Réquisition, expulsion… la gauche s’écharpe
On sait le sujet tendu et complexe, surtout à gauche. Les Écologistes et leurs alliés sont critiqués par les collectifs, malgré leurs actions volontaristes, en raison des expulsions et remises à la rue qui ont eu lieu au cours du mandat. « Les promesses, même de la gauche, ne valent rien quand on se retrouve avec une mairie qui envoie des flics sur des sans-abri », a fustigé la candidate du NPA révolutionnaire. Elle a notamment évoqué la tentative d’occupation du gymnase Mazenod (Lyon 7ᵉ) par des femmes et des enfants mi-janvier 2026. La mairie a demandé le concours de la force publique pour l’évacuation.
Questionnée sur ce point, Marie-Charlotte Garin a réitéré la position actuelle de la « gauche unie ». « Le maire a des responsabilités et des contraintes, il doit veiller au respect des usages des établissements publics », ajoutant qu’ »arriver au stade de l’expulsion est un échec pour tout le monde ». Nathalie Perrin-Gilbert a, elle, dressé un engagement « non négociable » : « aucun enfant sans toit » et pas question « d’expulser sans solutions ».
La question de l’articulation des compétences est souvent revenue. Marie-Charlotte Garin a rappelé que la compétence de l’hébergement d’urgence était d’abord du ressort de l’État. Les Écologistes, Georges Képénékian, « NPG » et Cœur lyonnais se sont entendus sur un point : il faut une meilleure coordination et un dialogue entre Ville, Métropole, État et associations.
« On ne peut pas se contenter de renvoyer la balle », a quant à elle argué La France insoumise, prônant un combat judiciaire avec l’État « pour lui faire payer » son manquement au droit. Des démarches auprès du tribunal administratif qu’ont déjà engagées les Écologistes durant le mandat.
Les candidat·es ont aussi été amené·es à se prononcer sur la réquisition des logements vacants, demande formulée de longue date par les collectifs. LFI comme NPG proposent de se concentrer sur le patrimoine municipal vacant. « Il faudra réaliser un audit rapide des lieux gardiennés pour lesquels la Ville et la Métropole payent des dizaines de milliers d’euros, je préférerais que ces lieux soient mis à disposition », a étayé NPG.
LFI propose aussi de réquisitionner les logements vacants des « multipropriétaires possédant plus de cinq logements ». Une mesure qui passera d’abord par des « conventionnements volontaires », avant d’aller plus loin si nécessaire. « Même si cela est retoqué au tribunal, il faut aller jusqu’au bout de la démarche », a explicité Florestan Groult auprès de Rue89Lyon.
Enfants sans abri à Lyon : la droite botte en touche
Côté Cœur lyonnais, l’heure était plutôt à l’impréparation. Se contentant de taper sur une méthode qui « ne fonctionne pas », Éric Lafond manquait de propositions à exposer. Si ce n’est de construire plus, le « sujet étant lié à une pénurie de logements », a-t-il avancé.
Éric Lafond a dû revenir sur la proposition d’Aulas d’évacuer campements, écoles et églises occupées formulée dans une interview à Tribune de Lyon. Jamais sans toit s’inquiétait du sort des 200 enfants actuellement hébergés dans des écoles et au parc Blandan. « On va proposer des solutions en la matière mais je ne peux pas en parler ce soir, ça n’est pas encore fait », a renvoyé le cosecrétaire général en charge du projet de Cœur lyonnais.
Préférant les solutions « pérennes pour éviter d’aller en squat », Éric Lafond a retourné la critique aux Écologistes. « Personne ne se satisfait de la sortie par la violence des squats, les collectifs ont reproché à juste titre à la mairie de faire la même chose », a-t-il souligné.
« Vous venez à une table ronde sans aucune solution concrète, vous n’êtes pas crédibles ! », a rétorqué une militante dans le public. Poussé par les militant·es, il s’engagera finalement à ne pas expulser les familles de Blandan.
« Il est insupportable de voir Monsieur Lafond tout faire pour éviter de dire que Jean-Michel Aulas allait faire la chasse à l’immigration illégale », s’est agacé Florestan Groult. « JMA » avait annoncé début janvier, dans la même interview, vouloir mettre fin d’ici au 31 décembre 2026 aux « situations d’immigration illégale durablement tolérées à Lyon. »
Au bout de près de deux heures, les échanges se sont conclus par la distribution aux candidats d’une charte rédigée par Jamais sans toit définissant des « engagements pour la protection des enfants sans abri ». Cette table ronde, « c’était surtout pour enregistrer les candidats… pour plus tard », nous glisse Juliette Murtin en fin de soirée.


Chargement des commentaires…