Presque cent personnes… Il y avait du monde, ce mercredi 5 novembre, au Bieristan à Villeurbanne. Notre média organisait une table ronde autour du financement de la culture, à l’échelle de la Métropole de Lyon, avec trois invités :
- Cédric Van Styvendael, maire de Villeurbanne et vice-président de la Métropole de Lyon en charge de la culture.
- Florence Verney-Carron, membre du mouvement de Jean-Michel Aulas, Cœur Lyonnais et ancienne vice-présidente à la culture (à l’époque Modem) de Laurent Wauquiez (LR) lors de son premier mandat à la tête de la Région.
- Joris Mathieu, ancien directeur du théâtre Nouvelle génération (TNG) et président du Syndeac, syndicat de défense du théâtre vivant.
Est-ce un signe des craintes et des attentes des acteurs du milieu ? L’événement a affiché complet bien avant le jour J. Difficile de résumer deux heures de table ronde. Mais, pour les absents, on a quand même essayé de vous laisser ici quelques points importants.

Budgets en baisse : les justifications de la Métropole, la Région toujours visée
Joris Mathieu a lancé les hostilités. S’il a reconnu que Florence Verney-Carron avait tenté de soutenir certaines structures culturelles lorsqu’elle était vice-présidente à la culture de Laurent Wauquiez, il s’est inquiété d’une certaine dérive idéologique de l’ancien président de Région dans sa politique culturelle.
Pour rappel, la collectivité a sucré près de 150 000 euros de subvention au Théâtre nouvelle génération (TNG) de Lyon, dont Joris Mathieu était directeur, après une prise de parole syndicale de celui-ci. Le tribunal administratif de Lyon vient de donner raison au TNG, en première instance.
Il craint également que certaines collectivités marquées politiquement « à gauche » (Lyon, Grenoble…) soient « punies » en voyant certaines subventions de structures culturelles non reconduites.
Questionnée à ce sujet, Florence Verney-Carron a défendu la position de l’exécutif régional : celle d’un « rééquilibrage » entre les villes et les campagnes. Pourtant, selon le site spécialisé Sceneweb, la Région a sucré plus de 5,2 millions d’euros au spectacle vivant en 2025. Parallèlement, elle investit dans des spectacles réactionnaires, comme le Serment du vigneron ou Raconte-moi la France, qui s’est récemment effondré.
Interrogé en qualité de vice-président de la Métropole de Lyon à la culture, Cédric Van Styvendael s’est quant à lui justifié sur les baisses de subventions à certains (gros acteurs) de l’agglomération. « Si les collectivités sont en tension budgétaire aujourd’hui, c’est parce que l’État, pour financer un endettement colossal, va prendre dans les collectivités qui elles, ont l’interdiction de s’endetter », résume le vice-président.
Pour justifier les baisses de dotations au musée des Confluences ou encore aux Nuits de Fourvière, il explique avoir demandé en priorité « des efforts » à « celles et ceux qui avaient des budgets très conséquents ».
Conflit d’intérêt ? Allez demander à mon voisin
C’était une question qu’on brûlait de poser à Florence Verney-Carron : comment le candidat Jean-Michel Aulas va-t-il gérer sa double casquette de businessman ayant des parts dans plusieurs salles lyonnaises (LDLC Arena, Fiducial Astéria) et de potentiel maire de Lyon gérant, notamment, la Halle Tony-Garnier ?
« Je ne peux pas répondre, car ça le concerne personnellement, a éludé celle qui pourrait être la « madame culture » de la team Aulas. La Halle a son public, sa répartition, avec une partie salon et une partie spectacle. C’est un très bel outil patrimonial et il n’y a pas de problème de concurrence. La concurrence, en réalité, viendrait plutôt de la salle de Villeurbanne… [l’Astroballe, ndlr]. »
Une patate chaude renvoyée à Cédric Van Styvendael, qui n’a pas vraiment apprécié l’attaque. Pour rappel, la mairie de Villeurbanne envisage de céder l’exploitation de la salle de basket de l’ASVEL à… Thrillstage, une société dont la holding de Jean-Michel Aulas et de son fils Alexandre, Holnest, est propriétaire majoritaire.
Le maire de Villeurbanne s’est défendu en expliquant que la Ville resterait propriétaire et garderait la mainmise sur la programmation, à travers une société d’économie mixte (publique et privée).
Relancée sur les potentiels conflits d’intérêts du candidat Aulas avec des salles gérées par la Métropole, comme le Transbordeur, Florence Verney-Carron a de nouveau botté en touche.
La culture, un budget à sanctuariser
Questionnée sur les petites structures en difficulté, Florence Verney-Carron a promis que le mouvement Cœur lyonnais de Jean-Michel Aulas souhaitait un budget « sanctuarisé » pour la culture. Sans néanmoins préciser de quelconques fléchages de subvention.
« Il est normal d’encourager l’ensemble de ces petites structures, parce que ce sont précisément elles qui irriguent le territoire et qui permettent une culture de proximité. Si j’ai l’opportunité d’être de nouveau en responsabilité, évidemment, je développerai ça. » Rappelons que la culture est l’un des premiers budgets d’une ville. Les trois intervenants ont réaffirmé la nécessité de préserver une liberté totale de création pour les artistes.
Le privé, un danger pour la culture ?
Au-delà des conflits d’intérêt évoqués plus haut, la question de l’arrivée d’investisseurs privés a été abordée. D’emblée, Cédric van Styvendael a rappelé que la culture devait rester « un service public », avant de dénoncer « la financiarisation » du secteur, notamment le secteur musical, en train de tomber sous la coupe de quelques milliardaires, comme le révélait StreetPress en mai dernier.
Près de Lyon, la LDLC Arena a bouleversé l’écosystème culturel lyonnais, accaparant les plus grosses têtes d’affiche. Propriété de Thrillstage, une société appartenant à 60% à la holding de Jean-Michel Aulas, la salle de spectacle est complétée par le « Théâtre à l’ouest ».
Plus récemment, le complexe d’OL Vallée a vu un nouvel acteur arriver : la Fiducial Asteria, dédiée aux musiques actuelles, également propriété de Thrillstage. Cédric Van Styvendael s’est interrogé sur ce nouvel acteur « pas du tout prévu » et fait valoir que la programmation de la Halle Tony-Garnier, propriété de la Ville de Lyon, avait déjà dû s’adapter face à ces nouvelles structures privées.
« La vraie question à se poser, c’est la capacité des collectivités à proposer un modèle alternatif », a posé Cédric Van Styvendael pour illustrer le rôle de l’investissement public dans la culture. L’élu a cité les exemples de la chapelle de la Trinité ou du Transbordeur, dernièrement passés sous le giron de la Métropole de Lyon.
De son côté, Florence Verney-Carron a tenu à rappeler le rôle du privé pour financer la culture, notamment à travers le mécénat.
Financer la culture à Lyon : quelles solutions ?
En période de vaches maigres, lorsque les lignes budgétaires sont contraintes, de nombreux artistes trinquent. Ce qu’a rappelé un artiste, syndiqué de la CGT Spectacles, prenant la parole au cours des échanges. « Les coupes de subventions, ce sont avant tout des pertes de nos emplois », a-t-il affirmé, soulignant au passage la condition déjà précaire de nombreux artistes et intermittents du spectacle.
Se pose alors une question : comment faire mieux ? Joris Mathieu, président du Syndéac et ancien patron du TNG, propose un « don culturel », émanant des entreprises, mais dont la répartition incombe au public.
« L’idée est de concevoir des caisses territorialisées qui pourraient percevoir des dons défiscalisés des entreprises. Le but est que ces sommes soient réinvesties de manière plus cohérente dans la culture, plutôt que de les voir dispersées au seul choix des entreprises. L’incitation au don culturel par la défiscalisation peut être une source pour soutenir la politique culturelle d’une collectivité », a expliqué Joris Mathieu.




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