Slogans, mégaphones et pancartes seront de sortie, ce jeudi 7 septembre à 17 h, place de la Comédie à Lyon. Après avoir appris l’expulsion du squat de Pyramide (Lyon 7), plusieurs collectifs ont appelé à un rassemblement (Intersquats Lyon et environ, Jamais Sans Toit, Droit Au Logement Lyon (DAL 69), Collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse) sous les fenêtres de la mairie. L’objectif ? Colette, du collectif Intersquats, le résume ainsi :
« Il faut surseoir à l’expulsion et ne pas avoir recours à la force publique. »
Pour cela, elle compte sur l’action du maire, Grégory Doucet (EELV). Si, comme le rappelle la préfecture à Rue89Lyon, « les évacuations sont réalisées en application d’une décision de justice pour occupation illicite d’une propriété ou d’un terrain, public ou privé », les militants espèrent que le maire « fasse jouer son pouvoir de réquisition ». Selon la loi, celui-ci peut donner son avis afin que le représentant de l’État procède « à la prise de possession partielle ou totale des locaux vacants » pour les attribuer à des « personnes dépourvues de logement ou logées dans des conditions manifestement insuffisantes ».
Selon les collectifs, le lieu est expulsable à partir du 12 septembre, mais l’opération se fera « à une date inconnue », nous rapporte la préfecture dans une réponse par mail. Elle précise que « les occupants du campement dit « Pyramide » ont été informés de l’évacuation prochaine du site ».
Dernier recours des personnes en situation d’errance
Au-delà de l’expulsion, la problématique est toujours la même quand on parle de squat : l’absence de solution d’hébergement pour des personnes dont la vie est faite d’errance. La population importante de Pyramide, ouvert en avril 2021, le symbolise bien. En deux années, plus de 250 personnes se sont ainsi installées dans le bâtiment du quartier Gerland de Lyon, dont Mohamed, que Rue89Lyon avait rencontré au lancement du squat.
Le lieu est devenu le dernier recours des personnes sans solution de logement d’après Colette Blanchon :
« Il faut bien se dire que ceux qui s’y trouvent n’ont trouvé de place nulle part ailleurs, explique-t-elle. Ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui se rendent à la Maison de la Veille sociale, chargée de l’hébergement, et à qui on dit qu’il n’y a pas de place. Ils appellent ensuite le 115, même réponse. Alors ils dorment dehors et rencontrent quelqu’un qui leur propose d’aller à Pyramide. »
C’est plus ou moins l’histoire de Condé, une Tunisienne qui vit au squat et dont le mari est mort pendant la traversée de la Méditerranée. Son récit, écrit, nous a été transmis par les collectifs :
« Quand je suis arrivée à Lyon j’ai dormi dans la rue parce qu’au Forum Réfugiés on m’a dit qu’il n’y avait pas de solution pour moi. Après j’ai rencontré une personne du squat qui m’a fait venir ici où je bénéficie d’une pièce toute seule avec mon bébé. Maintenant, je veux qu’on me loge ou bien je reste ici. Sinon, où dormir ? »
Leurs conditions de vie ne sont pas toujours optimales. L’une des personnes logées ici se plaint de dormir dans le couloir « car tous les chambres sont occupées». Sur le corps de son bébé, « des boutons commencent à apparaître », décrit-elle. Mais elle ajoute que « sans le squat, ce serait la rue ».
Des expulsions sans relogement
Les collectifs redoutent que toutes ces personnes y retournent et « s’ajoutent aux trop nombreux SDF qui campent ». D’après eux : « les personnes expulsées cet été n’ont pas eu d’autres solutions que de faire de nouveaux campements dans la ville ». Rien que pour le mois de juin, on a comptabilisé trois expulsions : le squat du Duracuire (Caluire), la maison du Zola (Villeurbanne) et la maison Sans-Souci (Lyon 3e), sans compter l’évacuation du campement de la place de Milan (Lyon 3e).
Les personnes ne sont ensuite pas toujours relogées. La préfecture est compétente en matière d’hébergement d’urgence, à l’exception des mères isolées avec enfants de moins de trois ans ou enceintes de plus de huit mois, qui sont (en théorie) hébergées par la Métropole de Lyon. Mais elle priorise en fonction de « critères de vulnérabilité ». Pour la place de Milan, par exemple, seule une dizaine d’occupant·es ont pu être relogées temporairement.
Concernant les personnes qui vivent au squat de Pyramide, l’incertitude plane encore quant à leur futur hébergement. La préfecture a indiqué à Rue89Lyon qu’elle « informera des éventuelles orientations une fois l’évacuation terminée ».
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