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Trop longtemps, les villes moyennes ont été considérées en France comme des espaces économiques secondaires. Vouées à la désindustrialisation, Magali Talandier et Yatina Calixte ont montré qu’elles ont été reléguées au rôle d’hinterland des métropoles, des « arrières pays ». Les métropoles, elles, sont l’alpha et l’oméga des politiques d’attractivité. Tous les moyens leur ont été dédiés pour qu’elles puissent participer à la concurrence effrénée des villes-mondes et ainsi contribuer au ruissellement des richesses, au profit des petites villes.
Innovation, création, culture, loisir, consommation, la métropole se doit d’être performante sur tous ces aspects. Et le territoire environnant, de se mettre à son service en espérant un ruissellement tellement hypothétique que jamais il n’est advenu. C’est ce que souligne le géographe Michel Lussault, qui voit dans cette course néolibérale l’un des aspects les plus prégnants de l’urbanisation généralisée du monde, et par extension de l’anthropocène.
Le tournant libéral et la désindustrialisation
En France, le tournant libéral de la fin des années 70 a signé la mort d’une multitude de pôles industriels organisés autour de ces fameuses villes moyennes. Bassin minier dans le nord et à Saint-Etienne, chaussure à Cholet et Romans-sur-Isère, industrie lourde au Creusot, les exemples ne manquent pas. Pas assez grandes, pas assez attractives, la compétition internationale, qui se rejoue à l’échelle nationale sous l’impulsion des politiques publiques, n’a pas laissé de place à ces villes.
Et aux populations locales de s’adapter aux injonctions de la doxa managériale. Flexibilité, efficacité, adaptabilité, si les habitants ne trouvent pas de travail, ils en sont les premiers responsables. Incapables qu’ils ont été de vivre avec leur époque. Mais cette époque est aussi celle qui a plongé l’humanité dans une crise de l’habitabilité de la planète. Les systèmes économiques que l’on a imposé aux hommes, ont imposé au monde la destruction massive des écosystèmes. Loin de la course destructrice que mènent les métropoles, les villes moyennes proposent des configurations territoriales, sociales et économiques propices à un développement durable, respectueux des ressources et des humains.
Réindustrialisation des villes moyennes, terrains d’expérimentations pour une autre économie
C’est dans ces villes perçues comme sinistrées, où les taux de chômage a grimpé en flèche au passage du nouveau millénaire, que des acteurs alternatifs de l’économie ont su proposer des solutions allant à contre-courant. L’économie sociale et solidaire a souvent été pionnière, de par son ancrage dans le monde ouvrier. Réseaux associatifs, coopératifs, économie non marchande, monnaie locale et autres tiers lieux. Les propositions, les expérimentations, ont essaimé partout sur le territoire. En marge de ces fameux gagnants de la mondialisation.
Villes anciennement industrielles, ces espaces sont également sources de savoir-faire et de patrimoines nombreux. C’est en s’appuyant sur ces savoir-faire territoriaux que des associations et des entreprises de l’Économie sociale et solidaire [ESS] inventent une nouvelle façon de faire des chaussures à Romans-sur-Isère. Exit le titre de « capitale mondiale de la chaussure de luxe », la ville se voit désormais comme pionnière du textile et des chaussures durables et locales.
Une réindustrialisation des villes moyennes qui pose question
Face à ce tableau angélique, la réindustrialisation des villes moyennes interroge. Quels impacts économiques ces entreprises ont réellement sur le territoire ? À qui s’adressent ces productions ? Ces initiatives sont-elles si vertueuses environnementalement ? L’industrie est-elle la pierre angulaire de l’économie des villes moyennes ? On peut aussi noter que ce sont des espaces où la multiplication des centres commerciaux périphériques reste la norme. Et ils portent dans leurs bagages un modèle urbain tout voiture. On note également que l’attractivité n’y est encore pensée que pour attirer les fameuses classes créatives, soit pour qu’elles s’y installent soit en tant que touristes/consommateurs, aux dépens des habitants.
Ce sont toutes ces questions que l’on se posera durant cette journée spéciale à Romans-sur-Isère, mercredi 17 mai, en direct et en public, depuis la Cité de la Chaussure.
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