
« Notre groupe était foutu de telle manière qu’il ne fallait pas chercher à harmoniser les choses »
Petit Bulletin : Après vos EP, très orientés indus / cold wave, l’album Mémoires vives semble marquer une ouverture esthétique, comme si vous passiez, à l’image des pochettes de vos disques, du noir et blanc à la couleur. Avez-vous profité du long format et de l’expérience accumulée pour vous affranchir de votre image et de votre marque sonore initiale ?
Benoît David : La seule consigne que l’on s’est donné en faisant cet album, c’est de ne pas se brider. On est quatre à composer, on a bossé de manière très foisonnante, sans trop se poser de questions. Chacun a mis ce qu’il voulait et ça donne un disque d’autant plus ouvert. Sur un LP, on avait une place plus large pour s’exprimer.
Sur les EP, on a beaucoup cherché une proposition musicale qui nous satisfassent tous les quatre, c’était peine perdue. Notre groupe était foutu de telle manière qu’il ne fallait pas chercher à harmoniser les choses.
Il nous a semblé intéressant de ne pas travailler cet album à partir d’un corpus fermé. Le jeu est de savoir jusqu’où on peut opérer un grand écart. Ça crée quelque chose d’un peu magique, qui nous permet de passer d’un morceau très shoegaze 90’s à un autre marqué par le r’n’b contemporain et de constater que ça tient.
Par nos instruments, nos voix, nos manières de produire, le travail qu’on a fait pour homogénéiser l’ensemble. On voulait trouver notre cohérence dans le spectre musical le plus large possible.
« Notre boulot c’est d’être concentrés sur nos guitares et nos synthés »
Le premier album c’est un peu le grand saut, à la fois l’aboutissement de quelque chose, le début véritable de l’aventure et parfois aussi sa fin si ça ne marche pas, comment vivez-vous ce moment très particulier ?
Déjà, on est très content. C’est un bébé, un disque. On a découvert plein de choses : que l’on était capable de faire un LP. Que le processus de création pour arriver à l’objet physique est très long : on a fini de le mixer en octobre, il est sorti en février. Toute cette période d’attente où les choses sont en suspens est très particulière.
La tournée nous soulage beaucoup, ça rend les choses plus concrètes. Les seules choses que l’on maîtrise ce sont la scène et le studio, ça ne représente que la moitié de la musique : la manière dont le groupe est accueilli, compris, amplifié, relayé, on n’a aucune prise.
Notre boulot c’est d’être concentrés sur nos guitares et nos synthés.
« Notre approche est de considérer la langue d’abord comme du son »
Dès qu’il est question de chanter en français, on se focalise davantage sur les textes, les vôtres sont assez élaborés mais vous répétez souvent cette idée de ne pas « faire trop poétique », de ne pas trop cogiter, d’envisager les choses un peu à l’instinct voire à la manière des surréalistes…
C’est vrai qu’on produit des textes peu narratifs. Pour nous le texte est simplement un lieu d’expression symbolique. On a tous les quatre tendance à beaucoup cogiter dans la vie, du coup on essaie précisément de ne pas le faire avec Grand Blanc ; de faire de la langue du groupe un espace de vie et d’instinct, fragmentaire, très ouvert et le plus possible dénué d’ego et de discours.
Ça passe par le fait de jouer sur le son des mots davantage que sur leur sens. Notre approche c’st vraiment de considérer la langue d’abord comme du son.
Privilégier le son au sens est une approche très anglo-saxonne. Vous disiez dans une interview que l’on vous reprochait parfois de laisser la musique et la production couvrir le texte jusqu’à le rendre difficile à appréhender… Mais n’est-ce pas aussi une manière, paradoxalement, de capter davantage l’attention de l’auditeur ?
Exactement. Ce n’est pas que le sens n’est pas primordial, il n’est en fait pas premier parce qu’il est à construire. Notre manière d’écrire et de traiter la voix doit pousser quelqu’un qui serait bien disposé à l’égard de notre musique à tendre l’oreille, à être en tension vers le sens. Ce flou est important pour nous, on vit la même tension que celle que l’on essaie de donner aux gens.
C’est aussi le phénomène de groupe qui produit ça : si j’étais seul, j’écrirais mes chansons et elles auraient un sens peut-être plus défini, celui que j’entends donner. Là, dans ce flou, tout le monde a sa place.
Cette manière de ne pas cloisonner, même si c’est moi qui écris les textes, c’est aussi une façon de rendre les chansons disponibles à tous les membres du groupe.
Grand Blanc + Alexis and the Brainbow, au Marché Gare le dimanche 8 avril.
Propos recueillis par Stéphane Duchêne, à lire sur lepetitbulletin.fr
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