Floriane Maréchal, étudiante en journalisme à Sciences-Po Lyon
Comme pour la mise en ligne de la vidéo de la décapitation du journaliste américain James Foley, c’est via Twitter que l’EI a récemment revendiqué les attentats de Paris.
Pour le groupe terroriste, les réseaux sociaux remplissent différentes fonctions.
« Celle qui vient immédiatement à l’esprit est une fonction de propagande », estime Marc Hecker, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste du terrorisme.
Le 31 octobre 2015, les médias relayaient le crash de l’Airbus A321-200 dans l’est de l’Egypte. Un acte terroriste revendiqué sur Twitter par Wilayat Sinaï, la branche égyptienne de l’EI. Dans son message traduit en français, l’EI affirme agir en représailles aux morts causés par les bombardements des avions russes en Syrie.
L’EI a également revendiqué via Twitter les attentats de Paris en deux temps :
- Dans la matinée du samedi 14 novembre via l’un de ses comptes Twitter, assurant que « les attentats en France ne sont qu’un début ».
- Plus tard, l’EI a fait une revendication officielle en publiant un communiqué très détaillé.
Un réseau attrayant pour l’EI
Twitter est particulièrement plébiscité par l’EI et ses partisans pour son caractère public et le fait que les tweets ne peuvent être retirés par le réseau qu’à postériori.
L’EI l’a bien intégré : chaque partisan est un émetteur en puissance. Le site abrite des milliers de comptes affiliés au groupe qui n’hésitent pas à relayer les informations et les vidéos qui leur sont transmises.
Selon une étude américaine, intitulée « The ISIS Twitter Census », publiée en mars 2015, par la Brookings Institution, l’EI contrôle près de 90 000 comptes à des fins de propagande. Un recensement rendu difficile par l’utilisation fréquente de robots qui envoient les tweets sans l’intervention d’une personne.
Autre difficulté, la géolocalisation des comptes. Ceux qui ont pu l’être, ont renvoyé principalement en Afrique du Nord, au Moyen-Orient mais aussi en France et au Royaume-Uni.
« Un individu qui commence à se radicaliser peut facilement se retrouver confirmé dans ses idées radicales par le biais d’échanges, jusqu’à franchir le pas du départ vers la Syrie » affirme le chercheur Marc Hecker.
Une armée numérique discrète
Pour attirer l’attention sur sa propagande, sans se faire bloquer ou supprimer de Twitter, l’EI utilise le détournement de hashtags pour diffuser ses contenus.
« On a vu par exemple #WC2014 ou #Brazil2014, beaucoup utilisés pendant la Coupe du monde de football 2014, détournés par des sympathisants de l’EI pour faire connaître les vidéos djihadistes à un nouveau public », cite Marc Hecker.
Suite aux attentats de Paris du 13 novembre et revendiqués par l’EI, Anonymous a publié une liste de 5500 comptes associés à l’EI. Déjà en mars 2015, le collectif avait livré une liste de 9 200 comptes liés à l’organisation terroriste.
Le groupe de hackers invite chaque fois les utilisateurs à partager la ressource et à signaler tous les comptes suspects.
Contourner le blocage mis en place par Twitter
Bloqués par la censure mise en place par Twitter, les djihadistes sont poussés à trouver des alternatives pour diffuser leurs messages. Si l’objectif de l’EI est de maintenir le plus de comptes visibles, certains sont obligés d’adopter des profils anonymes et de protéger leurs messages. Une façon d’opérer sans se faire repérer.
Les sympathisants sont appelés à s’abonner à ces comptes pour avoir accès aux informations de l’EI, qu’ils seront ensuite chargés de retweeter avec véhémence. Des maillons qui disposent d’une plus grande visibilité, et qui s’exposent à plus de suspensions.
Chaque sympathisant doit donc disposer d’un compte de secours, qui reste en attendant inexploité, pour passer sous le radar de contrôle de Twitter. A peine un compte est-il suspendu ou supprimé sur le réseau à l’oiseau bleu qu’un autre est immédiatement créé.
Selon le rapport sur I’EI de la Brookings Institution, 10 % de l’activité du groupe sur le site consisterait à reconstruire son propre réseau. C’est un véritable jeu du chat et de la souris entre Twitter et les djihadistes de l’EI.
« Tout montre que l’Etat Islamique a parfaitement médité les leçons de l’utilisation politique des réseaux sociaux et fait, de la sorte, usage de la modernité pour propager une doctrine réactionnaire, voire barbare » conclut Gilles Ferragu, maître de conférence à Paris VIII et spécialiste du terrorisme.
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