Pour l’amateur de fictions, cet été 2013 n’est qu’une boursuflure caniculaire, une tentative d’anesthésie du cerveau des masses par des produits informes. Les blockbusters rivalisent d’inanité, et les séries estivales se contentent de macérer dans les ruines de leur gloire passée – à ce stade, personne ne pourra plus sauver Dexter du ridicule dans lequel il s’enfonce. L’Histoire retiendra la résistance quasi héroïque d’une équipe soudée par sa foi en ses personnages et en son récit choral. Vince Gilligan et tous les artisans à l’œuvre derrière la réussite artistique éclatante de Breaking Bad sont là pour nous sauver.
En dehors d’un prologue monstrueux, continuité parfaite du flash-forward d’amorce de cette ultime saison, l’épisode ne brillera pas de ces coups d’éclat dont la série s’est rendue coutumière. Même la mise en scène met la pédale douce sur les effets tape-à-l’œil (et donc datés). Place aux personnages et à leur évolution psychologique explosive : en termes de sidération, il faut compter sur les performances impeccables d’Aaron Paul (Jesse Pinkman), de Dean Norris (Hank Schrader) et, forcément, du salopard en chef Bryan Cranston (Walter White).
Episode de reprise, Blood Money dispose avec parcimonie les pièces d’un puzzle complexe dont personne ne peut aujourd’hui prédire le dessin final. Ses 47 minutes privilégient la respiration hoquetante à la déflagration attendue après le cliffhanger du dernier épisode, et pourra de fait s’avérer frustrant à moult égards. Mais ce serait oublier l’habile construction en montagnes russes de chaque saison, son lot de surprises apportées par des détails d’apparence anodine, disséminés tout du long avec une maîtrise explosive de la narration par Vince Gilligan et ses coscénaristes.
Le soufflé ne retombe pas. La patience du fan n’a pas été vaine. Chaque scène recèle son lot de pure jouissance de spectateur, qui du dialogue débile entre Badger et Skinny Pete sur Star Trek, de la refonte de plusieurs scènes iconiques de la série, de plans incroyables qu’on ne sera pas prêt de revoir sur quelque écran que ce soit une fois la série achevée. Même après avoir patienté un an, la semaine à venir avant la prochaine livraison s’annonce foutrement longue.
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