Jusqu’au 7 décembre aux Subsistances
Nour repose sur les principes qui font l’originalité et le succès du travail mené depuis 2007 par le GdRA, à la lisière du théâtre, du cirque, de la danse et de l’anthropologie. Et oui, il est ici question d’identité fragmentée, d’itinéraires, de rhizomes, de migrations, de traces. Si Christophe Ruhles, auteur et metteur en scène du spectacle, revendique une démarche ethnographique (enquêtes, recueil de témoignages, etc.), la science devient chair sur le plateau, les concepts projetés en ouverture de chacun des sept chapitres de l’histoire circulent dans les corps des danseurs (Nedjma Benchaib et Julien Cassier), des narrateurs (Domi Giroud et Sébastien Charrier) et du chanteur musicien occitan (Christophe Ruhles). Chacun d’eux prête sa voix, à tour de rôle, à Nour, jeune femme d’origine algéro-marocaine qui se débat avec ses origines et son environnement actuel. Nour est un personnage de fiction, dont le portrait sonne pourtant incroyablement juste et permet de saisir les déchirements et les ambitions de jeunes gens issus de l’immigration, à l’identité clivée, ou plutôt riche et multiple. « Je veux être une personne » entend-on tout au long du spectacle. La question de la prise de parole et de la réappropriation du discours sur soi est au coeur de la pièce. Nour mettra du temps à parler elle-même, elle est d’abord décrite par son entourage. Les magnifiques témoignages de sa cousine Aicha, de son frère ou de sa tante donnent de l’épaisseur à cette figure de papier qui veut danser, la transformant en héroine emblématique de la France contemporaine. Une France dans laquelle des histoires singulières et contradictoires s’agrègent, souvent avec émotions et fracas, pour renforcer le désir commun d’être là, ensemble, tout en affichant un soi composite, résultat de la friction des cultures et expériences de chacun.
Composite
Pour exprimer cette fragmentation et cette complexité des identités, le GdRA recourt à la forme du collage et de la confrontation des matériaux. Danse aux accents hip-hop, musique, poésie, projections et discours résonnent et se heurtent, au risque parfois de produire de la confusion, de l’éparpillement. L’écueil est pardonné puisque c’est justement d’éparpillement qu’il s’agit. Deux animateurs, aux airs parfois de Jean-Luc Delarue et Mireille Dumas, présentent et ordonnent ce fatras duquel surgissent plusieurs moments de grâce. Comme cette marche verticale et bondissante (grâce à un trampoline) de Julien Cassier sur le visage projeté de la grand-mère ou comme le solo, saisissant de Nedjma Benchaib à la fin du sixième chapitre. Peut-être le spectacle aurait-il pu s’arrêter là ; en effet, la septième et dernière partie de Nour nous a semblé faire tomber la tension et l’émotion installées au fil de la pièce. Les interprètes nous y présentent différents objets, des traces de l’histoire de la jeune femme, qui constituaient un parfait décor en arrière plan, un peu comme dans La Chambre d’Isabella de Jan Lauwers mais qui nous éloignent du sentiment trouble entrain d’affleurer : Nour est en chacun de nous et nous sommes tous un peu en elle.
« NOUR » gdra Cirque Théâtre from Les Subsistances on Vimeo.
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