Politique 

Au sein de France 3 Région, la question explosive du traitement journalistique de Laurent Wauquiez

actualisé le 18/01/2018 à 16h01 : Article mis à jour avec le vote de la motion de défiance des journalistes contre les dirigeants

[Article mis à jour] Au sein de la rédaction de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, le traitement journalistique du président de Région Laurent Wauquiez attise des tensions déjà vives. Une motion de défiance a été votée par 46 journalistes, visant leur rédacteur en chef et le directeur de l’antenne régionale.

Une très instructive série de cinq reportages, longs de trois minutes chacun et intégrés dans les « JT » (journaux télévisés) de 12h et de 19h, avait démarré ce lundi 8 janvier sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Consacrée au président de région Laurent Wauquiez, elle montrait un travail journalistique rarement produit sur une chaîne régionale dont la ligne éditoriale ne penche pas vers l’investigation.

Après la diffusion de deux épisodes, la direction du journal a annoncé vouloir suspendre la série, avant de revenir sur cette décision, difficilement défendable auprès de la rédaction.

Entre Laurent Wauquiez et France 3 Région (spécialement le bureau de Lyon et les présentateurs de l’émission « Dimanche en politique »), les relations sont tendues depuis l’élection de l’homme politique à la tête d’Auvergne-Rhône-Alpes. La rédaction n’avait pas répondu, jusque là, aux exigences du président portant sur le fait de ne pas avoir de contradicteurs sur le plateau ; aucune émission n’avait pu être tournée à Lyon (lire notre article).

Laurent Wauquiez n’est toutefois pas resté absent des antennes régionales de la chaîne depuis le début de son mandat, répondant aux sollicitations des rédactions de Grenoble ou de Clermont-Ferrand, sur des formats lui convenant.

2018 est une nouvelle année, et comme pour la célébrer, voilà que la prochaine émission de « Dimanche en politique » en Rhône-Alpes, celle 14 janvier, affiche à sa Une le visage du président qui s’était tellement fait désirer jusque là. Pour un numéro (très) spécial.

Un « Dimanche en politique » sur du velours

Pour ce « Dimanche en politique », Laurent Wauquiez a choisi les conditions d’enregistrement. Pas de plateau, mais une interview « chez lui », c’est à dire au Campus 101 (l’école du numérique flambant neuve financée par la Région), pendant laquelle il a tout le loisir de dérouler son propos.

L’enregistrement a eu lieu ce jeudi 11 janvier et pour l’occasion, il aura duré 52 minutes au lieu des 26 minutes habituelles. En temps normal, il bénéficie d’un Facebook live. Laquelle opération a, cette fois et étonnamment, rencontré un problème technique qui ne nous a pas permis de voir l’émission sur les réseaux sociaux. Il faudra attendre sa diffusion sur la chaîne régionale ce dimanche 14 janvier.

On peut toutefois visionner (ci-après) le teaser de cette interview dans laquelle on voit Laurent Wauquiez évoluer sur du velours.

Les deux habituels animateurs de l’émission ont été remplacés par le rédacteur en chef, Laurent Mazurier, accompagné d’une journaliste auvergnate (pour la représentativité des territoires) qui a jusque là très rarement traité de la politique régionale.

Et, pour la contradiction, seul un représentant de Vent d’assos, collectif d’associations qui se mobilise contre la baisse des subventions, a été convié. Pas d’élu d’opposition ou de politique habitué à l’exercice du débat.

Un média qui « se met au pas » ?

La contradiction. C’est justement l’élément qui semblerait manquer à la série de reportages que la journaliste de France 3 a réalisés sur la politique régionale. C’est ce que le cabinet de Laurent Wauquiez reproche à un de ses épisodes, celui qui a été diffusé le mardi 9 janvier.

Le même cabinet jure en revanche ne pas avoir exercé de pressions pour que la série soit suspendue, réclamant un unique droit de réponse que le président a obtenu, long de trois minutes et qui sera diffusé samedi. En plus des 52 minutes de l’émission « Dimanche en politique ».

Aucun chantage à l’enregistrement de ladite émission, prévu jeudi après-midi, n’aurait été utilisé.

Un salarié de la chaîne nous explique :

« Il y a eu des échanges entre Laurent Wauquiez et la direction autour de cette série de reportages, personne ne le nie. Alors peut-être qu’il n’y a pas eu de demande directe de Laurent Wauquiez pour l’annulation de leur diffusion, mais c’est presque pire ! Cela signifie que le média se met au pas sans même qu’il ne subisse de pression. »

En effet, le mercredi 11 au matin, la direction a annoncé par mail à la rédaction que les trois derniers reportages de la série ne seraient pas diffusés. Branlebas de combat chez les journalistes heurtés. La direction revient sur sa décision, pour aboutir à une situation extrêmement bancale :

  • Un numéro de la série, dédié à la « préférence régionale » chère à Laurent Wauquiez, a été diffusé le mercredi 10 janvier, uniquement dans le JT de 12h mais pas dans celui 19h. Un peu mais pas trop. Voir le reportage en vidéo ci-après.
  • Les deux derniers numéros de la série doivent être diffusés vendredi et samedi (celui de samedi étant suivi du droit de réponse).

L’explication donnée par André Faucon, directeur régional de France 3, à l’AFP, montre des dysfonctionnement en interne :

« On ne s’empêche pas de faire de l’investigation mais dans la forme et sur le fond, on essaie d’être équilibré et plutôt mesuré. Et là, ce n’était pas le cas. On n’était pas dans les clous sur le plan du traitement politique et par rapport à notre tonalité de service public ».

Mais un journaliste nous dit :

« Cette série de reportages sur la politique de Laurent Wauquiez avait évidemment été validée par la rédaction en chef, avant que la journaliste ne les produise. Elle a travaillé dessus pendant des semaines. Et rien n’est diffusé sans validation préalable, là, il s’agirait d’un cas unique et d’un manquement de la part de la rédaction en chef ? »

Le mode de diffusion amputé de la série de reportages laisse transparaître la panique dans laquelle s’est géré au sein de France 3 Région ce dossier, devenu très vite explosif. La tension est palpable depuis quelques temps déjà dans la chaîne, la rédaction ayant dû faire face à une perte de moyens, à la menace écartée pour l’heure de faire disparaître des antennes régionales…

Une partie de la rédaction s’est réunie en assemblée générale ce jeudi soir 11 janvier.

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