Politique 

Quelle tête a la nouvelle opposition de Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes ?

actualisé le 01/12/2017 à 13h13

Un pu-putsch de la part de centristes macroniens, auquel s’ajoute une révolution de po-poche d’ex-socialistes passés du côté de La République en marche… Les élus du conseil régional, réunis en assemblée plénière ces deux jours, ont tenté tant bien que mal de se repositionner face à ce que Laurent Wauquiez représente désormais, soit la première voix de la droite sur la scène nationale.

Cela se tramait depuis de longues semaines, à la suite des législatives qui ont essaimé une quantité d’élus LREM (la République en marche) sur les territoires : un groupe macroniste s’est formé, quittant donc les rangs du groupe « socialiste, démocrate, écologiste et associés » (SDEA) .

Combien sont-ils et qui sont-ils ? Réponses : en voila cinq (Olga Givernet, Guillaume Giboin, Marjolaine Meynier, Olivier Veran et Françoise Casalino) ; ce sont pour les quatre premiers des députés qui ont été élus sous l’étiquette LREM en juin dernier. C’est tout ce que la force présidentielle pèsera donc en région face au premier opposant d’Emmanuel Macron, que ne manquera pas de devenir Laurent Wauquiez s’il est élu président de son parti.

Ces départs affaiblissent relativement le groupe socialiste, qui passe à 31 élus.

« Maintenant, le premier groupe d’opposition de Laurent Wauquiez à la Région est le Front national, avec ses 34 élus. On a fait mieux en termes de symbole », regrette-t-on au sein du groupe SDEA, à moitié dépité par ces cinq départs.

Le FN bénéficiera en effet d’un temps de parole et d’intervention en conséquence. Par ailleurs, les élus de ce tout petit, tout nouveau groupe politique LREM ont décidé pendant cette assemblée plénière de nationaliser le débat. En somme, de suggérer que, par leur voix, c’était celle du gouvernement que l’on pourrait désormais entendre.

Ce à quoi Laurent Wauquiez a répondu sur un ton condescendant :

« Dîtes alors au gouvernement de payer les 26 millions qu’il nous doit encore sur les 28 millions d’euros dédiés aux petites lignes de train. »

La volonté de déstabiliser la majorité du président de région n’a pas ébloui l’assemblée, de ce côté-là. Regardons maintenant un peu plus vers la droite de l’hémicycle, où une autre tentative s’est elle aussi soldée par un résultat… mitigé.

L'assemblée du conseil régional d'Auvergne Rhône-Alpes. ©Eric Soudan

L’assemblée du conseil régional d’Auvergne Rhône-Alpes. ©Eric Soudan

« Effacer 40 ans de discorde chez les centristes »

« C’est une victoire », prétend Patrick Mignola.

Pour rappel, l’élu Modem de Savoie a rejoint l’équipe de Laurent Wauquiez pendant la campagne des régionales, en 2017, et s’est vu récompensé, pour avoir servi de caution centriste, en étant désigné vice-président aux Transports. Fonction qu’il a dû abandonner rapidement après voir remporté les élections législatives de 2017, auxquelles il s’est présenté… sous l’étiquette de La République en marche.

Conseiller régional Modem dans la majorité de Laurent Wauquiez et député LREM dans la majorité présidentielle. Une situation à la limite de la schizophrénie ? Patrick Mignola répond tranquillement :

« En réalité, cela a toujours été ainsi dans notre famille politique. On est indépendant, ce qui n’empêche pas les coalitions. »

Et de prédire, en gymnaste spécialiste du grand écart :

« Rendez-vous compte aussi d’une chose : c’est ce que va être la vie politique française des vingt prochaines années ».

La formation, ce mercredi, d’un nouveau groupe politique à la région, composé des Modem et des UDI (31 élus) et baptisé les Démocrates, est donc pour lui une « grande réussite » :

« On va essayer d’effacer 40 ans de discorde dans les familles du centre, il y avait un grand besoin de les rassembler. Puisqu’au niveau national cela tarde, on le fait sur le territoire. J’espère que cela donnera des idées dans d’autres régions. C’est intéressant qu’il y ait une stratégie de terrain. »

Le groupe des Démocrates reste affilié à la majorité de Laurent Wauquiez (82 élus Les Républicains et Divers droite), afin de « respecter l’engagement pris devant les électeurs », insiste Patrick Mignola. Mais le tableau n’est sans doute pas aussi idyllique.

Le groupe des « oui mais »

S’il est conseiller régional Modem à Lyon, il est député LREM à Paris et, affublé de sa casquette la plus récente, Patrick Mignola aurait sans doute préféré bouger les lignes différemment en région. Par exemple, en constituant un groupe moins important en nombre, grâce à quelques UDI près à s’éloigner de LR, mais plus acquis à sa cause.

Finalement, tous les UDI -les Wauquiez-compatibles compris- ont déménagé dans la bande des Démocrates, asphyxiant ainsi toute velléité autonomiste de Patrick Mignola. Pour le moment, le groupe est même présidé par un UDI, Romain Champel.

Patrick Mignola affirme toutefois :

« Avec ce groupe, on peut désormais dire « oui mais » à Laurent Wauquiez. Il s’agit d’un vrai poids pour rester vigilant à ce que la politique pour laquelle on a été élu soit bien celle qui sera appliquée ».

Les « Démocrates » ont voté le budget de Laurent Wauquiez (lire dans l’encadré ci-après). Pas tout à fait à l’unanimité. Seul François-Xavier Pénicaud, Modem, s’est abstenu. Les coupes budgétaires de la Région dans la formation, qui ont été sèches pendant ses deux premières années de mandat et se poursuivront sur le même mode, ne lui auront certainement pas convenu. Mais sa voix reste pour le moment isolée au sein de ce bloc centriste que Laurent Wauquiez maîtrise encore.

Partager cet article