Cultures 

C’est bien beau d’être artiste #27 : les Tit’Nassels racontent leur envol

actualisé le 29/11/2017 à 09h46

Axl et Sophie, piliers du groupe, ne se sont plus quittés depuis la sortie de leur première cassette, « Pantin », en 1998. Les Tit’Nassels sont désormais quatre sur scène, pour la tournée de promotion de leur neuvième et dernier album, « En plein coeur ». Tit’confidences du duo originel.

À leurs débuts, les Tit’Nassels sont facilement identifiables par leur univers décalé. Leur image est celle de petites marionnettes raccommodées, avec des boutons en guise de sourire figé. Aurélien Durier signe, depuis le début, les pochettes de leurs albums.

Les Tit’Nassels, c’est donc une recette originale : des textes loufoques à poétiques, deux voix qui se mélangent, une pincée de rock, de la mélancolie, des musiciens de talent. Et un public qui en redemande depuis toutes ces années.

De duo à quatuor : les Tit’Nassels deviennent grands

Romain Garcia, à la basse, et David Granier, à la batterie, ont rejoint le duo initial pour deux fois plus de folie. C’était en 2014, pour « Soyons fous ».

Le groupe s’est agrandi, et présente des morceaux qui, sous de la fausse naïveté, dressent un portrait satirique et profond de la réalité. La gravité se mêle à la joie.

En octobre 2016, de petits coeurs en mousse rouge cousus-main sont épinglés à leurs habits de scène. Ils ont présenté leur nouvel album, « En plein coeur », au Théâtre de Roanne qui leur est cher.

Un album entre critique sociale et poésie quotidienne. « J’ai tout oublié » narre les remords d’un jeune parti faire le jihad, « Ta main » est une demande en mariage dérangeante (la main en question ayant été retirée du bras de sa propriétaire), « Bonhomme » traite des inquiétudes paternelles, « T’aurais pu prévenir » de la rancoeur éprouvée par celui qui se fait quitter.

« J’préfère crever d’amour debout que d’mourir seul sur l’champ d’horreur »

En plein coeur, titre-phare, a été mis en images.

Les Tit’Nassels ont répondu à notre questionnaire Orgueils et Préjugés, avant de monter sur la scène de la salle des Rancy, les 1er et 2 décembre prochains.

Rue89Lyon : Votre premier geste artistique ?

Sophie : À 5 ans, j’ai chanté « Tata yoyo » d’Annie Cordie sur les planches du théâtre de Roanne ! On comprend tout de suite pourquoi j’ai aimé les chansons à texte par la suite !

Axl : J’ai monté mon premier groupe de rock à 15 ans et fait mon premier concert alors que je n’avais que deux mois de guitare dans les doigts…je n’avais jamais touché un instrument auparavant… pourquoi ? Envie de faire un groupe comme les Guns N’Roses… l’origine du mal.

Quelle pratique artistique trouvez-vous intolérable ?

Sophie : Keen’V me fait beaucoup rire.

Axl : Je dirais plutôt « indifférent ». Il y a certaines disciplines artistiques qui ne me parlent pas, peut-être par manque de culture ou de curiosité, par exemple la danse contemporaine, ça ne me procure aucune émotion. Mais une pratique artistique « intolérable », même en me creusant, je ne vois pas… ah si la musette ça me casse les oreilles !

Quelle est pour vous la plus grosse arnaque artistique ?

Sophie : Eh bien, Keen’V. Et tous ses copains dans le MP3 de ma fille!

Axl : Dans mon domaine, celui que je connais le mieux, ce que j’estime comme une arnaque et qui là, pour moi, est intolérable : c’est le retour ou le revival des années 80 avec tous ces sons synthétiques cheaps, ces textes qui n’en sont pas… et cette nonchalance systématique (genre « on fait de la musique mais on s’en fout » attitude de rigueur) ça c’est une belle arnaque…

Votre pire souvenir pendant un concert ?

Sophie : À nos débuts, un concert devant 9 personnes dans une salle qui pouvait en contenir 200.

Axl : Ne pas pouvoir finir un concert à cause d’une extinction de voix… Y’en a d’autres mais celui-là est peut-être le plus douloureux. Quand je commence quelque chose, j’aime bien finir, c’est ma devise.

Avec lequel de vos parents pensez-vous avoir un problème ?

Sophie : Avec ma mère, un problème de cordon élastique incassable que j’assume complètement. Le problème majeur que j’ai avec mon père, c’est qu’il est mort. Bon, ça l’aurait fait rire de lire ça!

Axl : Honnêtement aucun, après je pense que nous ne nous sommes pas compris pendant un petit moment avec mon père entre le moment où j’ai arrêté les études pour faire la fête et de la musique et, le moment où j’en ai fait mon métier… Ça n’a donc duré qu’un an… Plutôt courte la crise. Mais cela marquait plus une incompréhension mutuelle qu’un véritable problème.

A quelle personnalité politique pourriez-vous dédier une de vos chansons ?

Sophie : Simone Veil !

Axl : Dans un sens mélioratif, à aucune personnalité actuelle. Par contre dans l’autre sens, on a déjà donné dans le Pasqua, Devaquet, Chirac et Sarkozy… Si je devais dédicacer une de mes chansons, je le ferais à l’ensemble de la classe politique et ce serait « Bon homme » car ils sont pour la plupart eux aussi père ou mère, ce qui nous fait un petit point commun, et juste leur indiquer quelles sont nos inquiétudes à nous, le peuple, pour le futur des générations suivantes, que c’est maintenant qu’il faut changer la donne. Il n’y a plus de place pour « l’humain » aujourd’hui, c’est horrible.

Le dernier produit culturel consommé/acheté/emprunté ?

Sophie : Un joli tirage d’art chez ma copine Ji Fotoloft.

Axl : Pour la seconde fois de ma vie (waouh !) j’ai acheté un album via une plate-forme de téléchargement (avant je n’achetais que des CD), en l’occurrence le dernier album de Kent – La Grande Illusion.

Avez-vous déjà sacrifié votre art pour de l’argent ?

Sophie : Ça compte, quand on chante dans un bar avec des mecs bourrés qui te tournent le dos en criant « À poil »?

Axl : Non jamais. Une fois, nous nous sommes fait avoir en pensant faire un concert « normal » privé pour des « gens à tendance gauchiste » (la chose nous ayant été annoncée comme cela) et finalement nous nous sommes retrouvés à jouer pour le parti socialiste local avec les banderoles et tout le merdier… Donc devant le fait accompli, contrat signé, cela m’avait beaucoup déçu, leur manière de faire, et m’avait vraiment mis en colère. Donc nous n’avons pas vraiment sacrifié notre « art » pour de l’argent à la base, mais c’est le sentiment que j’ai eu à la fin. Cela n’arrivera plus.

Le projet du nouvel album c’est : 1/ se refaire une santé financière, 2/ montrer que vous êtes (toujours) en vie, 3/ prouver à un plan drague que vous êtes artiste contemporain ?

Sophie : Le plan drague, mais ça ne marche pas trop.

Axl : Aucun des 3 ! En général quand tu refais un nouvel album tu créés un « trou financier » et pas l’inverse, en tout cas pour des groupes de notre envergure. Nous faisons un album quand nous avons un nombre de chansons suffisant, entre 12 et 15 chansons. On enregistre un album parce qu’on envie de les présenter à notre public, et que l’enregistrement est un aboutissement premier de la composition et de l’écriture, le 2ème aboutissement étant de présenter ces nouvelles chansons sur scène.

Mais inconsciemment ou involontairement c’est probablement aussi « montrer que nous sommes toujours en vie » ou que nous avons encore des choses à dire.

Et sinon, vous comptez faire un vrai métier, un jour ?

Sophie : On verra quand je serai grande !

Axl : Je me vois bien comptable au Trésor public, ou trouver un emploi fictif à l’assemblée que me proposerait un ami proche ou encore journaliste à BFM, n’importe qui peut le faire alors pourquoi pas moi… pour être sérieux je ne vois pas du tout ce que je pourrais faire d’autre à l’heure actuelle. Un truc dehors (seulement au printemps et en été) avec mes mains, un truc manuel.

Les prochaines dates des Tit’Nassels sont à retrouver ici.

Et hop, une petite session acoustique pour finir.

 

 

Partager cet article