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Le festival Sens Interdits à Lyon, un événement de théâtre obligatoire

Exception dans le paysage théâtral lyonnais, le festival international Sens Interdits concentre, depuis dix ans, les maux du monde et fait place aux petites troupes comme à Matthias Langhoff. Du 19 au 29 octobre, 21 spectacles en version originale : coup de projecteur sur les humbles et renversants Hospitalités et Une longue peine.

C’est une conviction que Patrick Penot, directeur et fondateur de Sens interdits, a chevillée au corps et qu’il rappelait encore tout récemment :

« Rien ne fait plus réfléchir que le théâtre, car nous sommes là au milieu des autres ; le théâtre est une solitude partagée. »

Ce ne pourrait être qu’une lapalissade, mais pour qui a déjà fait cette expérience avec un spectacle à hauteur de cette belle ambition, c’est un fait avéré. Pour qui s’est cogné aux parois d’un travail bâclé ou d’un texte imbitable, il est probable que cela lui ait été fatal. Ainsi va le destin d’un art si âpre souvent, si émouvant parfois. Même avec des propositions sans esbroufe.

C’est le cas de Hospitalités créé en janvier dernier au théâtre de Vidy-Lausanne. Des chaises, des acteurs non-professionnels, mais acteurs de la cité au sens fort, et des images diffusées (celles de Jérémie Cuvillier, auteur d’un passionnant documentaire sur Thomas Ostermeier et sa Mouette l’an dernier pour Arte) sur l’un des « plus beaux villages de France », ceux dont au cœur d’un été étouffant, on trouve plus de charme qu’à une ville italienne surpeuplée. La Bastide-Clairence, dans les Pyrénées Atlantiques, à 25 km à l’est de Bayonne, a accueilli en 2014 et 2015 celui qui a le nom d’un vainqueur de Milan/San-Remo, Massimo Furlan.

À l’initiative du musicien Kristof Hiriart, il a rencontré les habitants qui, au fil des discussions, lui ont fait comprendre que l’une de leurs principales préoccupations était la hausse des prix de l’immobilier. Il s’en est alors fallu de peu – la clairvoyance du maire – pour que le Suisse n’acte son plan de faire croire à l’arrivée de migrants afin que ces tarifs baissent.

Habitué aux performances comme lorsqu’il rejouait un match de foot seul et sans ballon ou qu’il se mettait dans la peau de tous les participants du concours de l’Eurovision 1973, il a imaginé jouer les faux-prophètes. Mais la réalité est plus forte que la fiction, parfois : cette idée a été appliquée au sens strict et une famille syrienne a été accueillie et habite toujours le village.

C’est de cela dont traite Hospitalités, sans flon-flon ni héroïsme compassé. Chacun des protagonistes joue son rôle et vient dans un ballet choral parfaitement orchestré raconter sa vie dans ce village, ses craintes, ses envies. Il y a celle de l’enfant dont le petit frère tombe souvent avant que cela ne soit reconnu comme un handicap. Il y a le professeur, Léopold : contre toute attente, il s’extirpera de La Bastide, deviendra professeur d’éco à l’université de Toulouse mais reviendra ensuite comme maire. Il y a encore la jeune potière Kattina ou Thérèse qui a voulu être nonne, avant finalement de faire des études d’agricultrice (le seul métier qu’elle ne voulait surtout pas faire).

Il y a les déménagements des uns et les fuites des autres vers ce Pays Basque français, refuge d’une Espagne aux mains du franquisme. L’air de rien, et alors que ce travail de Furlan paraissait en préambule facile (pomper les vies des autres pour faire œuvre) voire ennuyeux (scénographies et déplacements sommaires), se dessine l’histoire d’une humanité, celle qui consiste à faire de la place à d’autres semblables, sans angélisme.

Le glissement des histoires antérieures à celles du présent est le seul vecteur pour que l’acte d’hospitalité s’accomplisse.

À jardin, à cour, ailleurs

La parole se transforme, devient concrète. Le théâtre devient le médium d’une mutation : c’est par lui que cette expérience-là nous parvient, grâce à ces neuf non-acteurs. Si l’on oublie les deux ponctuations de chansons ringardes et surlignant un propos par ailleurs limpide, se dégage une suite des mythes évoqués de ces grands migrateurs qu’ont été Ulysse ou Nausicaa.

Sans prétention, la troupe – car Furlan a bien réussi à en créer une – s’ouvre alors aux spectateurs pour une série de questions/réponses qui prolongent ce spectacle parce que, manifestement, ces 90 minutes ne pourraient être qu’un préambule.

Souvent par le passé Sens interdits a présenté des pièces comme celle-ci, où travail d’amateurs et de pros se confondaient par nécessité quasi économique (les Mapuches ne disposent pas des mêmes structures formatrices en la matière) ou par choix dramaturgique. Didier Ruiz met lui aussi au cœur d’Une longue peine des hommes dont le récit est la trame du spectacle.

Des prisonniers ayant purgé une vingtaine d’années de détention disent avec un détachement involontaire leur traversée et leur sortie sans personne pour les attendre au petit jour après 38 ans de claustration.

C’est de ce monde en perpétuel changement, des adaptations constantes à opérer (et qui n’ont rien d’inné),  du passé qui colle aux basques et ne justifie rien, mais leste les actes,  que causent ces deux spectacles,  à l’instar du festival qui ouvre en grand les plateaux sur le monde et sur la capacité de chacun a se frayer un chemin vers lui-même et in fine, vers les autres.

À lire sur petit-bulletin.fr, par Nadja Pobel

Hospitalités
Au TNG les dimanche 22 et lundi 23 octobre

Une longue peine
Aux Subsistances les jeudi 26 et vendredi 27 octobre

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