Environnement  Société 

Antoine Gerbelle : « En 2017 on ne peut plus se foutre de ce qu’on a dans son verre »

actualisé le 23/10/2017 à 10h05

Journaliste spécialisé dans le vin, Antoine Gerbelle a lancé en juillet une webTV consacrée à son jus favori, la bien nommée TellementSoif.tv. Avec ce média, il entend participer à ouvrir le milieu mais aussi à éteindre quelques querelles de chapelles.

Vous pourrez le rencontrer à Lyon le 4 novembre prochain : Antoine Gerbelle est l’un des invités du débat programmé à l’occasion de notre salon des vins, en coproduction Rue89Lyon/Nouriturfu.

Le journaliste spécialisé dans le vin Antoine Gerbelle. Capture Youtube

Le journaliste spécialisé dans le vin Antoine Gerbelle. Capture Youtube

Rue89Lyon : Pourquoi lancer une web TV sur le vin ?

Antoine Gerbelle : Faire de la vidéo, c’était avant tout être présent sur les smartphones et être accessible au plus grand nombre, à une génération plus jeune. Il faut aller chercher un public et ouvrir le milieu par ce média. Il faut pour cela être transversal et parler à tous les amateurs de vin.

C’est difficile de leur parler à tous ?

Oui, c’est dur. C’est dur de parler en même temps à la personne qui va chez Nicolas et plus chez Leclerc qui se pique de parler un peu de vin et à celle qui va directement chez le vigneron. Il faut rapprocher les deux et c’est difficile.

Faire parler des people de leur goût pour le vin, ce n’est pas mon truc. Et la presse spécialisée est souvent trop jargonnante. Il faut être entre les deux. Je cherche des gens qui peuvent parler à tout le monde.

Comment s’ouvrir justement ?

C’est au milieu de s’ouvrir. Il faut qu’il fasse des actions. Les jeunes consommateurs qui viennent au vin arrivent souvent avec une vision écologique. Il faut alors travailler sur des actions cohérentes pour montrer que boire du vin c’est sain.

C’est comme ça qu’on pourra reconstruire une communauté cohérente autour du vin et peut-être cesser des querelles de chapelles.

« Les tensions existent aussi parce qu’il y a de la morale dans tout ça. Quand un milieu est dévoyé par les pratiques de certains, les plus vertueux donnent des leçons »

Comment fonctionne-t-elle et de quoi parle-t-elle ?

Sur le site, il n’y a que de la vidéo. On en publie deux par jour et une seule le dimanche. On fait des vidéos généralement de deux minutes mais on ne s’interdit pas des vidéos de 7 minutes ou parfois 15 minutes si le propos est intéressant.

On parle des dernières applis dans le vin, des dégustations, de certification bio avec le directeur des champagnes Roederer ou de petits trucs et astuces.

Quel est son modèle économique ?

Comme pour sa baguette, elle est payante tous les jours, il faut payer pour de l’information. En contrepartie, il nous faut être bon. Tellementsoif.tv fonctionne sur abonnement. On s’est lancés en juillet. On vise les 5000 abonnés début 2019.

C’est aussi lié à notre volonté d’indépendance. L’actionnariat n’est pas lié au milieu de vin. Je suis adossé à Télé Paris qui est une boite de production vidéo. Le modèle économique est celui du payant. Cette indépendance, j’y tiens. Si on fonctionne avec de la publicité qui vient du milieu du vin, c’est compliqué.

Antoine Gerbelle, journaliste et créateur de TellementSoif.tv. Capture d'écran

Antoine Gerbelle, journaliste et créateur de TellementSoif.tv. Capture d’écran

Comment expliquer l’importance des tensions entre vin naturel et vin conventionnel ?

Les tensions restent, essentiellement parce que le vin nature n’a pas de définition. Je pense que la certification est indispensable. Elle permet de comptabiliser et on voit d’ailleurs que la part de vignobles en bio et biodynamie augmente de façon positive. Faire du vin nature sans avoir de certification bio ça me paraît compliqué.

Les tensions existent aussi parce qu’il y a de la morale dans tout ça. Quand un milieu est dévoyé par les pratiques de certains, les plus vertueux donnent des leçons. L’ignorance est le terreau de ces tensions qui sont souvent stériles. Mais globalement je trouve que ça va beaucoup mieux.

En 2017 on ne peut plus se foutre de ce qu’on a dans son verre.

« Je trouve que les bons vins, les grands vins, sont faits en biodynamie »

Où se trouve la vraie question, alors ?

Il faut pousser les gens à comprendre ce qu’ils boivent. L’enjeu est plus large que boire un coup. Je ne suis pas d’accord avec cette idée que ce qui compte c’est uniquement ce qu’on trouve bon. Non, en 2017 on ne peut plus se foutre de ce qu’on a dans son verre.

Je trouve que les bons vins, les grands vins, sont faits en biodynamie. J’ai encore bu récemment un rouge qui m’a plu à l’aveugle. Il était organique, il n’était pas mort, il avait un côté vivant. Ceux qui ne voient pas ça, soit ils se mentent soit ils ne bossent pas assez leurs vins.

Le vin devient un produit de niche. C’est de moins en moins un produit de consommation courante. Je trouve qu’aujourd’hui plus les gens s’intéressent au vin, plus ils se spécialisent. Le vin demande à être plus ouvert. Il y a vingt ans, il y avait moins d’experts mais le milieu était plus ouvert.

C’est ce que Antonin Iommi-Amunategui (éditeur chez Nouriturfu) a essayé de faire dans une récente vidéo.

Il l’a exprimé de façon peut-être trop tranchée. Je n’aurais pas forcément dit les choses comme ça. Mais Antonin est un punk, moi je suis plus new wave ! (voir l’interview d’Antonin Iommi-Amunategui par Antoine Gerbelle à ce sujet)

« Il faut être humble par rapport à nos goûts. Ils sont formatés par notre époque, par notre milieu social »

Pas de retour possible après avoir bu vin naturel ?

Je ne connais aucun grand vin abandonné par la main de l’homme. Les bons vins sont travaillés, c’est tout. Il n’y a pas une époque ancienne pourrie où les gens travaillaient mal et de grands chevaliers blancs aujourd’hui.

Il faut être humble par rapport à nos goûts. Ils sont formatés par notre époque, par notre milieu social. Si on ne boit que des vins naturels, on va peut-être habituer son palais à des vins jeunes.

Mais c’est indéniable qu’il y a une grande différence entre les vins produits en masse avec toutes les béquilles chimiques et les vins bio, biodynamie, naturels, en vinification carbonique même si parmi ceux-là certains ne vieilliront pas longtemps. Il y a des marqueurs très importants.

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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