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Équipe de France : pas de Lyonnais, pas de problème ?

actualisé le 07/10/2017 à 19h44

Pour affronter la Bulgarie puis la Biélorussie, les 7 et 10 octobre prochains, en match de qualification pour la Coupe du Monde, le sélectionneur Didier Deschamps n’a convoqué aucun joueur de l’Olympique Lyonnais. Un fait rare sur ces quinze dernières années. Pour autant, l’ombre de l’OL plane sur toutes les lignes de ce groupe France.

 

Fékir, le doute légitime

Passée la réaction régionaliste un peu outrée, force est de constater que Deschamps n’a pas, à Lyon, un réservoir d’internationaux potentiels garni. L’heure de Morel est passé, celle de Tousart viendra sûrement. Les ex-espoirs Ferri, Cornet et Grenier ont rarement semblé si loin des A.

En internationalisant son effectif, le président du club Jean-Michel Aulas a réduit son vivier de potentiels joueurs de l’équipe de France. Les départs de Jallet, Lacazette, Tolisso voire Valbuena ont été compensés par d’autres qui évoluent sous divers pavillons étrangers, comme Mariano (République dominicaine / Espagne), Bertrand Traoré (Burkina Faso), Tété et Memphis (Pays-bas).

Ce n’est pas une mauvaise chose. C’est même ce qui permet au boss de l’OL d’invoquer la fameuse mayonnaise qui tarde à prendre pour justifier les difficultés de son équipe, en sous-régime depuis le début de la saison.

Celui qui en paye le prix en sélection, c’est Nabil Fékir. Le meneur de jeu lyonnais surnage au milieu d’une équipe en difficulté et multiplie les efforts à chaque match pour compenser les failles de ses partenaires.

Son histoire en bleu, déjà marquée par une histoire de choix ubuesque entre la France et l’Algérie (en 2015) et une grave blessure face au Portugal, la même année, continue de s’écrire en dents de scie.

Nabil Fékir. ©LM/Rue89Lyon

Auteur d’une entrée sans éclat face au Luxembourg (0-0), Fékir pourrait perdre gros en manquant le rendez-vous crucial des qualifications. D’autant que, sur la ligne avant, Deschamps lui a préféré les Marseillais Dimitri Payet et Florian Thauvin, moins en forme que lui dans une équipe qui dépasse Lyon par sa solidité plus que par son génie.

Pas d’inquiétude pour Nabil Fékir. Si la dynamique de l’OL s’inverse, il devrait rapidement retrouver le maillot bleu. Bon, un peu d’inquiétude pour Nabil Fékir, du coup.

La part du lion pour les anciens

Si l’effectif actuel de l’OL ne fournit aucun élément à l’équipe de France, on ne peut pas en dire autant de ses anciens. Chaque ligne affiche au moins un joueur ayant évolué entre Rhône et Saône dans son passé récent : Lloris (gardien), Jallet, Umtiti (défenseurs), Tolisso (milieu) et Lacazette (attaquant).

A l’exception de Christophe Jallet, tous ont quitté l’OL pour un club sensiblement supérieur et ont acquis leur statut de joueur de classe européenne grâce à leurs années lyonnaises.

Comble de la fierté pour Jean-Michel Aulas, trois joueurs issus du centre de formation de l’OL font partie de cette sélection et sont des éléments importants de grands clubs européens : Umtiti au FC Barcelone, Tolisso au Bayern Munich et Lacazette à Arsenal.

Corentin Tolisso. ©LM/Rue89Lyon

Et encore, Anthony Martial n’a pas été retenu en dépit d’un début de saison encourageant. L’attaquant de Manchester United est dans une situation proche de celle de Fékir : son absence n’est pas scandaleuse mais sa présence ne serait pas illogique.

C’est presque un paradoxe de la politique de formation lyonnaise mise en place après l’ère Claude Puel (2008-2011). Comme lors de la Coupe du Monde 2006 (Coupet, Abidal, Toulalan, Diarra, Malouda, Govou), la griffe lyonnaise est clairement visible en équipe de France mais, contrairement à 2006, elle est incarnée par les joueurs qui ont quitté l’OL pour un club de plus grand standing.

Un paradoxe, quand ont sait que, pendant la même décennie, le budget de Lyon a plus que doublé pour passer de 110 millions d’euros à environ 240 millions d’euros. Une vitesse de progression qui n’a pas suffit à empêcher la chute des prétentions du club, en France comme en Europe, au profit de rivaux encore plus rapides et/ou efficaces.

Le gang des lyonnais, diviser pour mieux appeler

Il y a encore peu de temps, le statut des lyonnais de formation en équipe de France était similaire à celui de Fékir. De jeunes joueurs talentueux sur lesquels le doute était permis quand à leur potentiel au plus haut niveau.

Ainsi, Samuel Umtiti a dû s’armer de patience et d’humilité avant de voir son talent reconnu par le sélectionneur. Corentin Tolisso semble enfin dans le bon wagon alors que, quelques mois en arrière sous les couleurs lyonnaises, sa place en sélection n’avait rien d’une évidence. Lacazette est allé jusqu’à titiller Olivier Giroud dans son club pour se donner une chance de le doubler dans la hiérarchie bleue.

Maxime Gonalons, qui a peu de chances de retrouver l’équipe de France, y aurait eu toute sa place quand son apogée coïncidait avec un vide générationnel à son poste.

Tous ces joueurs, auxquels on pourrait ajouter Clément Grenier, ont été longtemps caractérisés par leur identité lyonnaise affirmée. Si celle-ci a produit quelques belles émotions, à l’image de la saison 2014-2015, elle a aussi pu faire grincer des dents, comme en 2012 avec l’affaire des chants anti-stéphanois.

Cette proximité forte, presque identitaire, a valu aux ex jeunes de l’OL le surnom peu flatteur de « gang des lyonnais ». Souvent évoqué pour expliquer l’intégration délicate d’éléments extérieurs au sein de l’équipe, cette caractéristique du club rhodanien a pu parfois jouer en la défaveur des membres du « gang » dans l’esprit du sélectionneur, très attaché depuis le début de son mandat à la sacro-sainte notion de groupe.

Mis bout à bout avec les performances irrégulières de l’OL en Europe ces dernières saisons, il est aisé de comprendre pourquoi les réticences de Didier Deschamps semblent avoir disparu depuis que les jeunes lyonnais sont partis voler de leurs propres ailes, chacun de son côté.

Le cas Benzema, un problème non résolu

Le 8 octobre, cela fera deux ans jour pour jour que Karim Benzema n’a plus porté le maillot de l’équipe de France. A la suite de l’affaire Valbuena, celui qui reste sans doute la plus grande réussite de la formation lyonnaise est devenu indésirable aux yeux du sélectionneur.

Sauf que deux ans plus tard, Didier Deschamps n’a jamais tranché la question de manière définitive.

D’un côté, l’exemplarité prônée depuis l’ère post-Knysna suffit amplement à justifier l’absence de l’attaquant du Real Madrid. Le rôle d’intermédiaire qu’il a pu jouer dans le chantage subit par Mathieu Valbuena, à plus forte raison dans le contexte des rassemblements de l’équipe de France, est une grave atteinte à la charte d’éthique mise en place sous l’ère Deschamps. Qu’il soit le meilleur joueur français en activité n’y change rien.

Que l’enquête soit jugée « déloyale » non plus. En l’état, on peut contester le choix du sélectionneur, pas sa légitimité.

D’un autre côté, le groupe France sélectionné pour la Bulgarie et la Biélorussie n’est pas exempt de cas discutables au regard de la charte d’éthique évoquée plus haut. D’abord Layvin Kurzawa (finalement blessé et remplacé par Jordan Amavi) est victime d’une autre affaire de chantage à la vidéo. Un document dans lequel il critiquerait durement son sélectionneur et qui n’est pas sans rappeler les errances récentes de l’ex parisien Serge Aurier. Deschamps a botté en touche en conférence de presse :

 » C’est une affaire qui relève du domaine privé, a déclaré le champion du monde 1998. Mes décisions s’inscrivent dans un cadre sportif. Je m’en tiens à ça. « 

L’autre cas, non moins problématique, est celui de Kingsley Coman. En septembre, l’attaquant du Bayern Munich a été condamné dans une affaire de violence conjugale. Affaire privée ou non, la légitimité de sa sélection après une telle entorse à l’exemplarité exigée, pose question.

Si l’on s’en tient aux discours de principe, aucun des trois ne devrait figurer dans le groupe France à l’heure actuelle. En l’état et même en étant contre sa sélection, il est difficile de reprocher à Benzema son impression de ne pas être traité sur le même plan que les autres.

A moins, bien sûr, qu’il n’ai définitivement perdu sa place à la suite de ses déclarations lunaires sur Deschamps qui « aurait cédé à la pression d’une partie raciste de la France », il y a plus d’un an.

Mathieu Valbuena. ©LM/Rue89Lyon

Pendant ce temps là, Mathieu Valbuena, désormais ex lyonnais lui aussi, s’est rappelé aux bons souvenirs du sélectionneur en affirmant sa volonté de réintégrer le groupe France. Sans succès jusque là, même si son bon début de saison avec Fenerbahçe (Turquie) ne l’exclut pas définitivement en cas d’avalanche de blessures en attaque.

Au moment de disputer sa place à la Coupe du Monde, en Bulgarie (ce samedi soir, 20h45) et face à la Biélorussie (mardi 10, 20h45), l’équipe de France n’aura aucun joueur de l’Olympique Lyonnais dans ses rangs. Pour autant, les liens entre le club rhodanien et la sélection nationale sont loin d’être rompus. Les bons comme les mauvais.

 

Le groupe France pour Bulgarie-France et France-Biélorussie

  • Gardiens : Lloris, Mandanda, Areola
  • Défenseurs : Sidibé, Jallet, Varane, Umtiti, Rami, Kimpembe, Digne, Amavi (a remplacé Kurzawa)
  • Milieux : Kante, Matuidi, Rabiot, Tolisso, Sissoko
  • Attaquants : Coman, Giroud, Griezmann, Lacazette, Lemar, Mbappe, Payet, Thauvin
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Loïc Masson
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