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Sois mince et prépare le repas : quand le sexisme s’invite à table

actualisé le 05/10/2017 à 08h31

Dans « Faiminisme », la journaliste Nora Bouazzouni dénonce le patriarcat sous le prisme de l’alimentation. Un essai clair, précis et efficace, dont elle vous parlera à Lyon les 3 et 4 novembre, à l’occasion notamment du salon des vins naturels et actuels « Sous les pavés la vigne ».

En à peine cent pages et quatre chapitres, Nora Bouazzouni explique le fonctionnement de la société actuelle, démontre que les inégalités entre les femmes et les hommes sont ancrées dans nos sociétés depuis toujours et déconstruit les idées reçues les unes après les autres sans jamais mâcher ses mots. Le récit est construit, le propos documenté, le style mordant, l’écriture (inclusive) enlevée, le ton polémique et l’effet percutant.

En quatre mots : ça fait du bien.

Contactée par la maison d’édition Nouriturfu (qui coproduit avec Rue89Lyon le salon des vins) pour écrire un essai liant nourriture et féminisme, Nora, féministe fan de bouffe, ne s’attendait pas à en découvrir autant sur le sujet.

« En écrivant ce livre, j’ai eu l’impression de n’avoir jamais rien su avant. J’ai commencé par les points les plus évidents : les tâches domestiques et les injonctions à la minceur. Puis, au fur et à mesure que j’avançais dans mes recherches, je tombais des nues. J’ai d’ailleurs l’impression d’être devenue encore plus pessimiste qu’avant en l’écrivant. »

Nous aussi, en le lisant.

Pendant trois mois et demi, elle s’immerge dans la littérature féministe, dévore les rapports de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et les livres d’anthropologie, et s’interroge sur toutes ces petites choses qui semblent naturelles mais qui ne le sont finalement pas. Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ?

C’est la discrimination alimentaire déjà présente à la préhistoire – les hommes chassaient le mammouth, laissaient les miettes aux femmes, se gardant les meilleurs morceaux –, qui expliquerait le dismorphisme entre les femmes et les hommes, selon l’anthropologue Priscille Touraille. Une ségrégation nutritionnelle, et non une différence biologique.

À chacune de ses lectures, Nora Bouazzouni n’en revient pas.

« Dans les manuels d’histoire-géographie que je lisais en primaire, les images illustrant une société typique de chasseurs-cueilleurs au Paléolithique montraient des hommes debout, en plein combat contre un mammouth, et des femmes penchées, en pleine récolte de plantes et autres baies comestibles, ou encore assises, occupées à donner le sein. Une division sexuelle du travail qu’aucun-e enseignant-e n’a jamais cherché à nous expliquer » écrit-elle.

La division genrée est ancrée dans les mentalités.

Plus de chefs que de cheffes

Nora Bouazzouni écrit Faiminisme, édité par Nouriturfu.

Nora Bouazzouni écrit Faiminisme, édité par Nouriturfu.

Les femmes excellent en cuisine, mais il y a plus de chefs que de cheffes (94% en France). Elle rappelle que Paul Bocuse, formé par Eugénie Brazier – première femme avec Marie Bourgois à obtenir trois étoiles au guide Michelin en 1933 – affirmait en 1977 que « les femmes sont certainement de bonnes cuisinières pour une cuisine de tradition, (…) nullement inventive, (…) mais ce ne sont pas de bonnes cheftaines » (il s’en excusera par la suite).

Que des croyances sexistes – comme le fait qu’une « femme ne peut pas réussir une mayonnaise lorsqu’elle a ses règles » – ont encore la dent dure.

Que le Gault et Millau n’a jamais attribué 5 toques à une femme ni ne lui a décerné le prix de « cuisinier de l’année ». Que Dominique Crenn, Hélène Darroze et Ana Roš ont reçu le titre de :

« meilleure femme chef, cette récompense absurde et extraordinairement insultante, pour leur expertise dans un domaine qui n’a nullement besoin d’être genré. »

Qu’on lit « cuisine féminine » mais jamais « cuisine masculine », « le masculin ayant « valeur générique », pour citer l’Académie française. » Que cette dernière est réfractaire à la féminisation des noms de métiers : « le masculin a absorbé le féminin et parle pour lui. »

La journaliste aborde aussi le lien entre animaux et femmes (« des bouts de viande »), le végétarisme, l’anti-spécisme, et tous ces termes que certains viandards détestent sans en connaître véritablement le sens. Elle constate, solides arguments à l’appui, que les discours féministes et végétariens remettent en question une croyance construite sur une domination (de la femme ou de l’animal). Une croyance, donc, pas une vérité.

Nora Bouazzouni, Faiminisme (Nouriturfu)
Au Book Club du Mob Hotel le vendredi 3 novembre
Au salon Sous les pavés, la vigne au Palais de la Bourse le samedi 4 novembre

Par Julie Hainaut sur petit-bulletin.fr.

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