Société 

À Lyon, une manif contre la loi travail 2 immobile et bloquée

actualisé le 13/09/2017 à 22h56

[Article mis à jour régulièrement] Ce mardi, les premières manifestations contre les ordonnances réformant, de nouveau, le code du travail, se lancent dans plusieurs villes de France.

À Lyon, c’est le parcours « grand format » qui a été choisi par l’intersyndicale. 11h30 au départ de la Manufacture des tabacs. Entre 5 400 personnes (selon la police) et 10 000 (selon les syndicats) ont participé à cette manif très spéciale.

Il y a tout juste un an, Lyon vivait sa dernière manifestation d’un mouvement social contre la loi El Khomri -dite « loi travail ». À l’appel d’une intersyndicale restée identique durant tout le mouvement, entre 2 400 et 5 000 personnes avaient marché de la Manufacture des tabacs à la place Bellecour, via le cours Gambetta. C’était la 17ème manif, sous forme de baroud d’honneur.

Pour ce 12 septembre 2017, on prend le même parcours, la même thématique, les mêmes acteurs et on recommence. Ou presque.

Les ordonnances réformant le code du travail vont plus loin dans la fléxibilisation du marché du travail et des mesures retirées de la loi El Khomri font leur retour, comme le plafonnement des indemnités prud’homales et les licenciements facilités pour les multinationales.

Pourtant, si on retrouve les habituels syndicats appelant à manifester (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, CNT et CNT-SO), l’intersyndicale a perdu en cohésion puisque FO ne s’est joint qu’à la dernière minute au mouvement.

La première manifestation contre la loi El Khomri avait réuni entre 7 000 et 20 000 manifestants (selon les chiffres de la police et des organisateurs).

Un petit mouvement de grève ?

Pour cette première journée de mobilisation contre la nouvelle réforme du code du travail, les syndicats insistent sur la manifestation et moins sur les secteurs en grève.
Et pour cause, les appels à la grève ne semblent pas massifs.

À titre d’illustration, les trafics SNCF et TCL sont très légèrement perturbés. Les lignes T1 et T2 circuleront avec une fréquence de 7 minutes (voir les précisions ici).

Et selon la direction de la SNCF citée par Lyon Mag, 90% du trafic est assuré sur l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

À la mi-journée, l’académie de Lyon a annoncé un taux de participation à la grève faible dans le Rhône, chez les enseignants du 1er degré (de 2,31%) et du 2nd degré (5,46%) ; un peu plus élevé toutefois que dans l’Ain (1,01% pour le 1er degré et 2,32% pour le 2nd degré) ou encore que dans la Loire (1,32% pour le 1er degré et 2,98% pour le 2nd degré).

Dès le départ, intervention de la police

A midi, la tête de la manif s’est élancée mais s’est très rapidement immobilisée.

200 personnes environ, certaines masquées, ont essayé de passer devant la banderole de tête, celle de l’intersyndicale (menée principalement par la CGT). A l’image du « cortège de tête » qui se formait durant les manifs contre la loi El Khomri.

Mais en 2017, la donne a visiblement changé. La police est immédiatement intervenue et a isolé ce groupe.

Dès le départ de la manif, le cortège de tête a été isolé par un cordon de policiers. ©LB/Rue89Lyon

Dès le départ de la manif, un cortège de tête a été isolé par un cordon de policiers du reste de la manifestation. ©LB/Rue89Lyon

Les syndicalistes du début de la manif (essentiellement des cégétistes) ont alors réclamé la réintégration des jeunes manifestants.

La ligne de la CGT a commencé à pousser le cordon de police qui a répliqué avec gaz lacrymogènes et coups de matraques.

S’en est suivie une nouvelle charge de la police qui a eu pour résultat l’encerclement de la centaine de jeunes isolés restants dans une rue adjacente du cours Gambetta, rue Robin (à quelques mètres de la Manufacture des Tabacs).

La CGT a refusé de repartir, aux cris de « libérez nos camarades ». Des négociations ont commencé avec la police, qui a accepté de laisser partir la centaine de manifestants « nassés » après une fouille systématique et le redémarrage du cortège.

La tête de la manif a fini par avancer. Et les premiers manifestants encerclés ont été libérés.

Le cortège est ainsi resté immobile pendant deux heures, ce qui a eu pour conséquence directe de saper la manifestation, repartie disloquée (un grand nombre de personnes a fini par quitter les lieux). Ce qu’il reste du cortège est parti en début d’après-midi en direction de la place Bellecour.

On compte au moins trois interpellations.

Quel lendemain pour cette manifestation ?

Interrogé par Rue89Lyon, le secrétaire général de l’union départementale CGT, João Pereira Afonso, s’est félicité de cette « première mobilisation nationale » alors qu’il y avait plus de monde dans les rues de Lyon pour les débuts du mouvement contre la loi travail :

« On va continuer. Il y aura une nouvelle initiative le 21 septembre ».

S’il dénonce les « provocations policières » qui ont abouti au blocage de la manif, le secrétaire de la CGT du Rhône n’a rien à redire contre les « camarades » (sic) qui ont doublé la banderole de l’intersyndicale, ce qui a abouti à l’intervention de la police.

Pourtant certains de ces mêmes « camarades » – des « anarchistes » selon les termes de la police – considéraient que la CGT ne s’était pas suffisamment solidarisée avec les personnes encerclées. Une dizaine de manifestants ont même tenté d’empêcher le camion de la CGT de repartir. Et des cégétistes ont été traités de « collabos ».

L’épisode de cette manif bloquée va laisser les traces. Des participants sont partis nombreux après avoir attendu deux heures que la manif ne s’élance. Et à l’arrivée place Bellecour, il y avait ceux qui retenaient une « stratégie policière pour empêcher la manif » et d’autres qui critiquaient plutôt ces « jeunes » qui ont doublé les syndicats, comme ce militant de la France insoumise :

« Ce sont les idiots utiles de Macron et Collomb. Penser qu’à Lyon, ville du ministre de l’Intérieur, un cortège de tête peut se former est une idiotie. Pourquoi ces autonomes ne se rangent-ils pas derrière la banderole de l’intersyndicale qui organise la manifestation ? »

La banderole de tête de l'intersyndicale, après deux heures de blocage de la manif lyonnaise. ©LB/Rue89Lyon

La banderole de tête de l’intersyndicale, après deux heures de blocage de la manif lyonnaise. ©LB/Rue89Lyon

FO et Insoumis en nombre

Autres données de l’équation : l’attitude de FO et de la France insoumise. Leurs militants étaient présents en nombre au début de la manifestation lyonnaise, même si la CGT fournissait deux tiers des effectifs.

Pascal Lagrue, le secrétaire de l’union départementale FO du Rhône annonce que son syndicats prendra « 48 heures » pour réfléchir à la suite de la mobilisation :

« Nous souhaitons le rejet d’un certains nombres de points contenus dans les ordonnances. Mais nous sommes à la remorque ni du gouvernement, ni de la CGT. »

Quant aux militants de la France insoumise, présents aux côtés des syndicats, ils faisaient également de la retape pour leur propre rendez-vous, le 23 septembre à Paris, « la marche contre le coup d’Etat social ».

Baptiste et Agnès, deux sympathisants de la France insoumise à la manif du 12 septembre à Lyon. ©LB/Rue89Lyon

Baptiste et Agnès, deux sympathisants de la France insoumise à la manif du 12 septembre à Lyon. ©LB/Rue89Lyon

« Le droit constitutionnel de manifester n’a pas à être entravé »

Dans un communiqué de presse délivré le lendemain du 12 septembre, l’union départementale CGT est revenue sur la manifestation de Lyon « ville où est élu le Ministre de l’intérieur Gérard Collomb » :

« Ce blocage des manifestants, décidé par le pouvoir politique, a fait monter la pression. La police a délibérément chargé sans raison une partie des manifestants les mettant dans une nasse leur interdisant l’accès à la manifestation. Le droit constitutionnel de manifester n’a pas à être entravé ».

De la même manière, dans un communiqué, la direction départementale de la France insoumise a condamné « les décisions préfectorales » qui ont conduit :

– à positionner les forces de l’ordre au contact des manifestants ;

– à mettre en « nasse » le début du cortège alors que tout était calme, et à les retenir pendant 3 heures sans raison ;

– à utiliser des grenades lacrymogènes de façon disproportionnées contre la tête du
cortège et en mettant en danger des mineurs, des personnes âgées, des passants, des journalistes ».

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