Cultures 

L’histoire du rap lyonnais racontée par le producteur Eric Bellamy

actualisé le 28/07/2017 à 10h39

Dans le panier de crabes des producteurs d’événements hip-hop, il y a ceux qui pensent avoir remporté la mise parce qu’ils ont gagné la bataille de l’opportunité et du bon agenda. Et ceux, plus humbles, qui œuvrent dans l’ombre.

Eric Bellamy, boss de la structure de tournées Yuma Productions, fait bel et bien partie de cette deuxième catégorie. On revient avec lui sur sa carrière d’entrepreneur entre le succès de L’Âge d’Or du Rap Françaisl’histoire du rap lyonnais et le développement de jeunes pousses de la scène actuelle.

Wally Ballago Seck signe avec Yuma Productions ©People.sn

Wally Ballago Seck signe avec Yuma Productions ©People.sn

« On m’a proposé des tafs de DA en major, j’ai refusé parce que je me voyais pas travailler pour une grosse compagnie. »

SURLMAG, premier sur le rap

Surlmag est passé du blog contributif au site internet affichant (au moins) une double vocation : faire de la culture hip hop un prisme pour parler de l’actualité, monter un projet web avec une équipe entre Lyon et Paris. Nous relayons avec plaisir quelques morceaux choisis des bons papiers en ligne de ce social mag dans sa mouture nouvelle.

Rue89Lyon

Quand Olivier Cheravola s’entretient avec Eric Bellamy, c’est une farouche volonté d’entrepreneuriat et d’indépendance qui ressort en premier lieu. Sans doute une vieil artefact de ses débuts comme beatmaker dans la scène rap française bourgeonnante.

Mais méfiez-vous de ne pas lui coller une étiquette passéiste, le lyonnais, qui dit « vivre plus que jamais dans le temps présent » a, en effet, depuis ses premiers pas comme manager-producteur, cherché à rester à l’écoute d’une musique de plus en plus bouillonnante au fil des années. Au point de vouloir s’investir dans la détection de jeunes talents, une casquette de plus pour celui qui se considère comme un « passeur ».

Depuis maintenant un an, en effet, HRZNS, la filière de Yuma Productions s’est engagée, tous les deux mois, à inviter sur scène :

« Les artistes rap et hip-hop émergents du moment » pour proposer « un vrai rendez-vous éclectique, à la croisée des différents horizons de ce genre musical ».

Comment concilier la vie d’entrepreneur musical à celle de dénicheur de talents ? C’est ce que Surlmag a évoqué, entre autres, avec Eric Bellamy, dans un éclairant entretien sur l’état du business actuel et ses mutations à venir pour s’adapter au monde moderne.

SURL : Tu es arrivé en France après avoir vécu en Afrique. Comment as-tu vécu l’arrivée du rap à Lyon et qu’est ce qui t’a poussé à t’y investir ?

Eric Bellamy : J’ai touché à tout au début quand je me suis intéressé au hip-hop. Danse, tag, toutes les disciplines. Comme j’étais quand même plus intéressé par la musique, c’est le coté DJ qui m’a le plus attiré. On était un peu tous ensemble, les graffeurs, les rappeurs et les danseurs.

Il y avait les premiers sampleurs comme le Roland W 30 qui commençaient à sortir. On a monté un collectif, IPM (Intelligent Posse Movement), on était un peu dans les délires Zulu Nation, dans ces valeurs là. Je manageais aussi le groupe, je boostais tout le monde. Il y avait d’autres groupes à Lyon, dont DNC dans lequel évoluait Stani qui a monté ensuite Le Peuple de l’Herbe. On échangeait pas mal sur nos façons de travailler d’ailleurs.

DNC commençait à avoir pas mal de concerts, ça nous motivait pas mal, et puis il y’a eu aussi le morceau de MCM 90 sur la compilation Rapattitude 2. J’ai commencé vraiment à composer à l’époque. Mon pseudo c’était Le Sourcier, j’étais à fond sur les samples, donc chercher la source. L’histoire de IPM, la Lyonnaise des Flows, a duré quasi sept ans.

Tu as très vite endossé le rôle de manager de IPM ? Quel recul tu as sur cette époque ?

C’est venu par défaut en fait. On faisait pas mal de concerts, en banlieue, comme le rap était vu comme un nouvel eldorado de la jeunesse qui allait nous sauver. Il fallait s’organiser. On avait décidé de monter la Lyonnaise des Flows, un label qui se voulait généraliste, pas que rap.

On se retrouve avec les gars d’IPM à prendre des prêts étudiants pour monter l’affaire, qu’on a pu renflouer puisqu’on a vendu 10 000 copies de notre premier album en indé, pour l’époque c’était vraiment bien. Après, on est selon moi partis trop vite dans une direction de label généraliste, on aurait du signer tous les mecs qu’on côtoyait en rap sur Lyon, on serait devenus plus forts. On s’est un peu perdus à vouloir partir dans d’autres styles musicaux.

L’album d’IPM La Galerie des glaces est un peu le seul album de rap lyonnais qui se soit hissé au niveau des meilleurs disques de rap français de l’époque. Comment tu as vécu sa conception ?

C’était une sacrée expérience, on avait par exemple fait venir un ingé son, Jeff Dominguez, qui a refait tous les mixes. Je suis autodidacte, c’est cet album qui m’a permis de découvrir ce qu’était un contrat, des éditions. Je ne pense pas que sans cet album j’aurais développé les activités qui m’animent aujourd’hui.

Vous avez cristallisé l’énergie lyonnaise que beaucoup essaient encore de canaliser quand même.

Oui, c’est d’ailleurs parce qu’on faisait beaucoup de concerts avec IPM qu’on rencontrait des groupes qui me demandaient de leur trouver des dates aussi.

Tu parles d’une époque où l’axe Paris-Marseille n’est au final pas aussi défini qu’il va le devenir plus tard. Comment tu expliques qu’il n’y ait jamais vraiment eu la place pour le rap lyonnais ?

Il y a eu un réel problème de manque d’encadrement à Lyon. Il n’y a pas beaucoup de managers qualifiés, et puis surtout quand les artistes réussissent, ils vont vite à Paris. Alors qu’à Marseille, ils sont marseillais avant tout. Ça ne m’étonne pas que le rap marseillais se soit développé comme ça.

Il y’a un côté solidaire, ce qui a manqué à Lyon. Pourtant il y avait le potentiel artistique ici. Mais les mecs étaient loin des maisons de disques, très attentistes, et pas dans une volonté d’aller pousser des portes aussi. Et pourtant les majors étaient ouvertes à recevoir des trucs nouveaux.

Quand tu commences, il n’y a pas de SMAC, quasiment pas de home studios, pas de structures d’encadrement, pas d’outils de formation professionnelle. Ce n’est plus le cas à l’heure actuelle. Pourtant la scène lyonnaise n’explose pas plus ?

Il y’a des projets lyonnais signés en major (Jorrdee, Chilla, Tom Ace) on va voir ce que ça donne par la suite. C’est des signatures en artiste mais les gens à Lyon restent dans une démarche attentiste à attendre que ça tombe un peu tout cuit. Il y a pas eu des grands changements à ce niveau entre les différentes générations. C’est Lyon, j’ai du mal à l’expliquer. (rires)

Malgré ça les nouvelles générations t’influencent ?

Le rap se renouvelle en permanence, avec une passerelle réelle avec l’électro qui est en train de se faire, même dans la façon de composer. Il y a plein de façons de faire du rap en 2017, ce qui est assez cool par rapport à avant.

Mais il est clair qu’il y avait une façon de faire qui était plus frenchy que maintenant. On vient d’une époque où l’image était pas aussi importante qu’à l’heure actuelle, ça change la donne, la façon de consommer. Ça force aussi dans mon métier à se renouveler pour détecter de nouveaux talents.

 

Lire la suite sur surlmag.fr (par Olivier Cheravola)

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