Politique 

Le premier compte administratif de Laurent Wauquiez est-il aussi génial qu’il le prétend ?

actualisé le 03/07/2017 à 15h23

Alors que les scuds volent au-dessus de sa tête et que les équilibres politiques vacillent au sein de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez poursuit son objectif : convaincre qu’avec lui à sa tête, une collectivité (un pays ?) se retrouve nécessairement redressée, en bonne voie pour devenir simply the best.

Fonctionnement / investissement : doit-on opposer les deux ?

Pour faire simple, un budget local se divise en deux sections, celle du fonctionnement et celle de l’investissement. Et si l’on doit résumer, la première section permet à la collectivité de tourner en système autonome, la seconde section montre comment elle déploie ses politiques publiques.

Dans l’esprit du président de Région Les Républicains, le budget de fonctionnement incarne le mal, il serait le nid des abus d’élus privilégiés, que les citoyens rejettent, le nid de pratiques qu’il faudrait amoindrir au maximum et urgemment.

Dans cette vision des choses, il est bon en revanche que le budget d’investissement affiche de jolies dépenses bien senties, qui montrent à quel point la Région serait une collectivité active.

Ainsi présentée, la définition de ces deux sections interdépendantes du budget est largement incomplète, puisqu’elle omet de dire que le fonctionnement inclut un grand nombre d’aides ou de financements faits aux structures placées sous la tutelle régionale (par exemple les lycées, certains organismes de formation, etc).

La section fonctionnement sert elle aussi à déployer des politiques publiques, et pas seulement à nourrir des élus déjà gras en petits fours ou à les doter de voitures confortables et climatisées.

Laurent Wauquiez au Digital Summit le 30 janvier 2017 à Lyon. ©Léo Germain/Rue89Lyon

Laurent Wauquiez au Digital Summit le 30 janvier 2017 à Lyon.
©Léo Germain/Rue89Lyon

Auto-congratulation et compèt’ avec Xavier Bertrand

Laurent Wauquiez avait annoncé vouloir faire 75 millions d’euros d’économies dès la première année de son mandat et, ce jeudi, lors de l’assemblée plénière, il n’a pas boudé son plaisir, annonçant le chiffre largement plus élevé de 130 millions d’économies réalisées en 2016.

Miracle ? Performance ? Prouesse technique ? Comment Laurent Wauquiez a-t-il fait pour sortir un dossier aussi pimpé ?

Pour son premier compte administratif, primordial dans le récit qui se fera de ce mandat, le président de Région a de toute évidence voulu taper fort et dire qu’il n’est pas venu à Confluence pour chômer.

« Jamais aucune Région n’a réalisé de telles économies », a-t-il claironné.

Son objectif ? Montrer qu’Auvergne-Rhône-Alpes est la collectivité la mieux gérée de France. Mieux que les Hauts de France, par exemple, Région présidée par son adversaire politique au sein du parti Les Républicains, Xavier Bertrand.

Laurent Wauquiez promet dans ce sens de dresser un comparatif d’ici novembre prochain, pour démontrer qu’il serait le plus fort en gestion. Un calendrier parfait puisqu’il s’agira sans doute aussi de la période pendant laquelle le parti de droite élira son président.

Laurent Wauquiez n’a pas été radin ce jeudi en matière de compliments, à son endroit.

Des trains en retard = des sous dans la caisse

La lecture des chiffres avancés par Laurent Wauquiez est pour autant largement contestée, notamment par son opposition. La communiste Cécile Cuckierman juge ce compte administratif « illisible », « ne permettant pas un débat de qualité ».

Jean-François Debat, président du groupe socialiste et apparentés, a, lui, réussi à déchiffrer ce compte administratif pour en démonter le contenu, le qualifiant d’ « opération de com » et de « vaste enfumage ».

Pour prendre un exemple, Laurent Wauquiez et son premier vice-président Etienne Blanc, à la manœuvre à la Région, annoncent une économie de 29 millions d’euros faites sur la SNCF, en récupérant les pénalités liées aux retards des trains. Le précédent exécutif les récupérait en année N+1, alors que Laurent Wauquiez les a récupérées en année N (en 2016), tout en bénéficiant des pénalités de 2015 (récupérées quant à elles en année N+1).

Une addition de deux années de pénalités, qui fait ventre sur le compte de 2016.

À ce type de considérations, Laurent Wauquiez a répondu en défendant le volume, plus que la méthode :

« On peut toujours aller chercher des choses sur telle ou telle ligne, mais 130 millions d’euros d’économies de fonctionnement, ça commence à être difficile à contester. Il y a un inversement de la tendance politique -et c’est bien pour ça que les gens votent. »

Les élus d’opposition, à gauche, ne contestent pas le fait que des économies aient été largement réalisées. Mais ils les jugent faites aux mauvais endroits, comptant jusqu’à 2000 emplois supprimés, dans le milieu associatif notamment.

Pragmatique, Alexandre Nanchi, élu LR de la majorité, leur a lancé :

« On dirait que l’opposition découvre que pour faire des économies, il faut réduire les dépenses. »

Le CESER ne donne pas de A au bon élève autoproclamé

Les élus d’opposition de Laurent Wauquiez ne sont pas les seuls à tiquer sur ce compte administratif. Le CESER (conseil économique, social et environnemental régional, assemblée consultative auprès de la Région), relève « les efforts » de l’exécutif pour dégager des économies, mais amène avec des mots mesurés des « observations » et des « interrogations » sur ce premier rapport budgétaire.

Il se dit ainsi « circonspect sur l’évolution du stock de la dette » et voit même, sur ce thème et contrairement à Laurent Wauquiez, une augmentation de l’endettement.

Le CESER pointe également une zone sombre et regrette les 44 millions d’euros de dépenses faites en moins, en fonctionnement, dans le domaine de la formation professionnelle. Il s’agit pour cette instance d’ « une baisse très forte sans explication, alors que ce secteur est essentiel en période de faible conjoncture économique et de crise en matière d’emploi ».

Jean-François Debat voit des « choix violents pour les plus modestes », pour les chômeurs notamment, concernés par ces formations.

Une politique qui convainc surtout le Front national

Ce compte administratif de 2016 a donc été adopté en séance plénière, ce jeudi, à 101 voix. Laurent Wauquiez n’a pas réussi à obtenir la majorité absolue (atteinte à 103 voix) avec un dossier qu’il qualifie pourtant d’exceptionnel. 46 élus ont voté contre, 40 élus se sont abstenus ; les autres ne se sont même pas prononcés.

Christophe Boudot, candidat FN à Lyon, au soir du 1er tour des municipales. Crédit : Pierre Maier/Rue89Lyon

Christophe Boudot. © Rue89Lyon

Le FN, par la voix de Christophe Boudot, en a profité pour faire une opération séduction.

En choisissant de ne pas voter contre le compte administratif, pour la première fois pour le FN depuis 1995, mais de simplement s’abstenir, le parti d’extrême droite montre une fois de plus approbation de la politique menée par l’exécutif régional.

Christophe Boudot a salué une « véritable rupture avec le passé ».

Dans un contexte politique où la majorité pourrait se fissurer et les groupes d’élus se reconfigurer (lire « En Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez respire la fumée noire d’Emmanuel Macron« ), le FN n’hésite pas à faire des appels du pied à Laurent Wauquiez pour tenter de travailler de façon plus rapprochée. Jusque là, Laurent Wauquiez ignore la love-parade ; il n’aurait pas pour l’heure d’avantage électoral à se fourvoyer dans une alliance avec l’extrême droite, puisqu’il en absorbe le discours.

 

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