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Voyage en Macronie, dans le quartier de Monplaisir à Lyon

actualisé le 07/05/2017 à 14h55

En plaçant Emmanuel Macron largement en tête du premier tour de la présidentielle, une majorité d’électeurs lyonnais ont satisfait leur maire Gérard Collomb, premier soutien de l’ancien ministre de l’économie.
Et c’est surtout dans les beaux quartiers résidentiels que le candidat d’En Marche ! a réalisé ses meilleurs scores. Balade en Macronie, dans le quartier Monplaisir.

Dans le 3ème arrondissement de Lyon, à quelques centaines de mètres au nord du métro Sans-Souci et de l’avenue Albert Thomas, on entend les oiseaux.

Rue Guilloud et rue Saint-Maximin, les immeubles sont cossus et les grilles laissent entrapercevoir de beaux jardins intérieurs. C’est dans ce pâté de maisons, correspondant au bureau de vote n° 357 qu’Emmanuel Macron a réalisé son meilleur score à Lyon (42,7%), le soir du 1er tour de l’élection présidentielle.

Plus largement, c’est dans le quartier de Monplaisir que l’on trouve les meilleurs résultats pour le candidat d’En Marche !.

Voir la carte ci-dessous.

Monplaisir, un quartier sur-mesure pour le vote Macron

A 18h30, les gens rentrent du bureau d’un pas pressé. Ils rejoignent leur résidence, « Le Millenium », « la Villa d’Este » ou « la Ciudadella ».

La résidence le Millenium à Sans Souci, dans le quartier Monplaisir à Lyon, là où le vote Macron atteint son record. ©LB/Rue89Lyon

La résidence le Millenium à Sans Souci, dans le quartier Monplaisir à Lyon, là où le vote Macron atteint son record. ©LB/Rue89Lyon


À Lyon, Emmanuel Macron en tête
Il obtient 30,3% des voix. Dans le reste de la Métropole, il est légèrement en recul et recueille 26,2% des suffrages exprimés. Dans la ville dirigée par son soutien de la première de la heure Gérard Collomb, il est en tête dans six des neufs arrondissements.
Lyon est à l’image du vote Macron du premier tour : le candidat d’En Marche ! a été en effet le champion des grandes agglomérations au niveau national.

Ils sont « ingénieur » ou « conseil en entreprise ». Des classes moyennes supérieures urbaines, représentatives du vote Macron.

Dans ce secteur là du 3ème arrondissement, à l’ouest du quartier Monplaisir, on retrouve les caractéristiques du portrait robot de l’électeur macroniste.

  • Un vote plutôt homogène à travers les âges. Le candidat a obtenu des scores au-delà de 20% dans toutes les tranches d’âge à partir de 25 ans.
    A l’est de la rue du Dauphiné, on constate ainsi une répartition très équilibrée de la population. L’îlot Montbrilland-Guilloud (au sens de l’Insee) compte 28% de 15-29 ans, 25% de 30-44 ans et 16% de 45-59 ans.
  • Urbain, le vote Macron s’est également révélé fort chez les catégories les plus aisées. Il réalise ainsi 25% dans les foyers au revenu mensuel compris entre 2000 et 3000 euros et près de 32% dans les foyers au salaire supérieur à 3 000 euros par mois. Sans être le secteur le plus aisé de Lyon, c’est à Monplaisir que se concentrent les foyers au revenu médian annuel le plus élevé des 3e et 8e arrondissements. Dans l’ilôt Saint-Maximin-Sisley le revenu médian annuel était ainsi de près de 30 000 euros en 2013. Le revenu médian annuel à Lyon se situant autour de 19 000 euros.
  • Ce même îlot Saint-Maximin confirme une autre caractéristique : Emmanuel Macron a séduit les catégories socio-professionnelles aisées. Il comptait en 2013 selon les chiffres de l’INSEE 28% de cadres quand la moyenne à Lyon était de 18%. Ils étaient respectivement 24% et 22% sur les îlots Montbrilland-Guilloud et Monplaisir Nord. De la même manière, Monplaisir concentre davantage de CSP+ et de diplômés de l’enseignement supérieur.

La carte par IRIS de l’Insee ci-dessous peut se superposer à la carte du vote Macron.

 « On est un peu aisés mais pas suffisamment pour être riches et voter Fillon »

Bertrand, 65 ans, est conseil en entreprise. Son petit cartable à la main, il rentre de son bureau.
Lui, le « chrétien social » a vu évoluer « trente ans d’économie dans le sens de la mondialisation ».

Il reconnaît dans Emmanuel Macron, une « vision moderne » de l’économie :

« Mes clients qui sont le matin à Hong Kong et le soir même en Californie n’arrivent pas à comprendre le discours ringard de la CGT. Je pense qu’on se trompe à vouloir défendre des acquis sociaux qui ont quarante ans d’âge. Le monde a changé. »

Plus loin, rue Maximin, nous rencontrons Jean, 46 ans, ingénieur dans un bureau d’étude. Il habite l’immense résidence de 250 logements. À elle seule, elle fournit les deux tiers du bureau de vote qui a le mieux voté pour Emmanuel Macron.

Il a hésité à voter Benoît Hamon mais il a préféré voter « utile ». Comprendre : voter Macron.

« Son ouverture me plaît. C’est tout sauf le repli sur soi. »

Il n’est pas surpris par le score du candidat d’En Marche ! dans son bureau de vote :

« À Sans Souci, c’est un quartier tranquille. On est un peu aisés mais pas suffisamment pour être riches et voter Fillon. »

Laurence a le même âge que Jean. Enseignante, elle n’a pas pu s’offrir la même résidence que Jean. Elle n’a pas voté non plus pour Emmanuel Macron. Au premier tour, elle a choisi Benoît Hamon. Mais elle votera « évidemment » pour le candidat d’En Marche ! au second tour :

« Je ne suis pas dans le « ni, ni ». Marine Le Pen est encore moins du peuple que Macron est banquier. Même si sa personnalité me déplaît, je trouve intéressante la volonté de Macron de dépasser le clivage gauche/droite. »

Laurence vote Emmanuel Macron au second tour. ©LB/Rue89Lyon

Laurence vote Emmanuel Macron au second tour. ©LB/Rue89Lyon

Fouziya Bouzerda, élue centriste et adjointe au commerce de Gérard Collomb est la référente En Marche ! pour le 3ème arrondissement. Elle tient à ne pas faire coller « macronistes » et classes supérieures :

« Au début, quand Emmanuel Macron a lancé le mouvement, on a eu le sentiment que seuls des cadres sup’ allaient adhérer, mais les Marcheurs avec lesquels j’ai fait campagne font mentir cette image : il y a des jeunes et des plus vieux, des gens très différents qui ne s’étaient jamais engagés en politique, qui ne sont encartés nulle part et qui n’avaient jamais fait de porte à porte, par exemple, ni distribué un tract. »

 « Notre ennemi intrinsèque : le FN »

Jeudi, c’est jour de marché sur la place principale de Monplaisir. Mais on ne croise pas de militants macronistes.

« On est venu le matin », précise Franck Lévy, le « référent » En Marche ! pour le 8ème arrondissement.

Celui qui est aussi adjoint de Gérard Collomb en charge de la vie associative à la Ville explique la stratégie adoptée :

« On a fait peu de marchés. Tendre des tracts, ça énerve les gens. On a préféré marcher (sic) le long de l’avenue des Frères Lumière ».

Sur le marché, on ne croise donc que deux militants communistes qui distribuent le document du PCF appelant à voter Macron :

« C’est le seul bulletin qui nous reste pour faire barrage au FN », se justifie Agnès, une retraitée de 63 ans.

Son camarade Jean-Pierre, 68 ans, lui couperait presque la parole pour compléter :

« Marine Le Pen a raison de dire qu’Emmanuel Macron est le bébé de Hollande. Mais le FN est notre ennemi intrinsèque. »

Deux militants communistes qui tractent pour un vote Emmanuel Macron au second tour. ©LB/Rue89Lyon

Deux militants communistes qui tractent pour un vote Emmanuel Macron au second tour. ©LB/Rue89Lyon

Un Gérard Collomb qui « rassure »

Au pied de la Maison des frère Lumière, autour du kiosque de la place Ambroise Courtois, on trouve des marchands de vêtements et beaucoup de producteurs de fruits et légumes locaux.

Sarah, une médecin de 30 ans, fait ses achats au pas de course. Elle se définit comme « centriste », « plutôt libérale mais pas trop ». Elle lance :

« Je pense qu’il faut stimuler les entreprises françaises. C’est triste de voir des jeunes obliger de partir à l’étranger trouver du boulot. »

Elle a choisi et elle choisira ce dimanche encore Emmanuel Macron. Aussi en raison du soutien que lui a apporté très tôt le maire PS de Lyon Gérard Collomb :

« Je suis une lyonnaise de la Croix-Rousse. J’ai vu une évolution positive de la ville depuis quinze ans. On voit plus de touristes. C’est plus dynamique. »

Ici, on a voté largement Gérard Collomb aux municipales de 2008 et 2014.

« Pour moi, le soutien du maire à Macron lui a donné plus de crédit », poursuit Sarah.

Franck Lévy abonde et se montre définitif sur « l’âme » de Monplaisir :

« L’ADN du quartier fait qu’il ne se reconnaît pas dans ce qui est excessif. On apprécie la mixité sociale et on est aussi ouvert sur l’international avec la présence du Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS, ou de l’Université Lyon 3. »

Monplaisir est devenu autoroute urbaine pour Emmanuel Macron. Lequel candidat aura eu à Lyon une vraie plateforme de décollage.

Le marché de Monplaisir à Lyon. ©LB/Rue89Lyon

Le marché de Monplaisir à Lyon. ©LB/Rue89Lyon

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