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Olympique Lyonnais – Besiktas : chronique d’un affrontement annoncé

actualisé le 19/04/2017 à 15h20

Ce jeudi 13 avril, des affrontements sont survenus aux abords et dans le Parc OL avant le match d’Europa League entre l’Olympique Lyonnais et Besiktas. Des spectateurs du virage sud ont même dû se réfugier sur la pelouse. Un virage particulièrement visé et peut-être pas par hasard.

Après la rencontre, remportée 2 buts à 1 par l’OL, les responsables du club lyonnais ont parlé « d’agression » de la part des supporters turcs. Près de 20 000 de fans du club d’Istanbul du Besiktas étaient présents dans le stade. Beaucoup sont arrivés de France ou d’autres pays européens où le club turc compte des sections de supporters, notamment l’Allemagne.

Toute la partie supérieure du Parc OL était ainsi presque exclusivement garnie de supporters turcs. Le coup d’envoi du match a dû être largement retardé. À ce moment-là, des centaines de spectateurs et supporters lyonnais présents dans la partie basse du virage sud sont entrés sur la pelouse pour se protéger.

Certains ont été blessés par les projectiles et pétards envoyés du haut du virage par quelques dizaines de supporters turcs, selon Annie Saladin la responsable sécurité du Parc OL.

Une dimension plus politique ?

Après ces scènes de violences, dont certaines ont eu lieu autour du stade avant la rencontre, beaucoup cherchent des explications. Le nombre élevé le supporters turcs présents dans le stade, très réactifs et organisés à l’ouverture de la billetterie pour venir en masse, est très souvent avancé. Mais également un caractère réputé bouillant chez les supporters turcs, particulièrement chez ceux du club de Besiktas.

Une des explications revêt possiblement une dimension plus politique ou idéologique. La frange ultra des supporters de Besiktas, regroupée au sein du groupe Çarşi, affiche une identité clairement antifasciste.

À l’été 2013, ils étaient en pointe lors du mouvement de contestation de la place Taksim. Pour protester initialement contre un projet de bétonisation du parc Gezi à Istanbul, des manifestations s’organisent sur cette grande place de la ville. Elles tournent vite à la contestation du pouvoir.

Les membres de Çarşi sont en première ligne quand les forces de l’ordre turques répriment violemment le mouvement. Pour contrer les gros camions de la police équipés de canons à eau, ils vont même jusqu’à se présenter face à elle à bord d’une pelleteuse. Ils l’avaient empruntée sur le chantier de construction de leur nouveau stade.

Du côté lyonnais, la présence parmi les supporters de groupes de hooligans indépendants et ouvertement d’extrême-droite est connue. Notamment dans le virage sud, particulièrement visé jeudi soir.

Une première dans le nouveau stade de l’OL

Annie Saladin, expliquait d’ailleurs après la rencontre l’attitude des supporters turcs venus se poster dans la partie supérieure de ce virage. Le petit groupe à l’origine des jets de projectiles est selon venu délibérément et visiblement sans être munis de billets pour cet endroit du stade, en forçant les contrôles de sécurité.


Foot – C3 – OL : «On a été victime d’agression» par lequipe

Auparavant, avant le début du match des affrontements avaient éclaté avec d’autres supporters lyonnais. Notamment avec des membres des Bad Gones, principal groupe du virage nord. So Foot rapporte que ces derniers scandaient à l’encontre des supporters turcs « On est chez nous, on est chez nous ».

La sécurité du Parc OL a été mise à rude épreuve comme jamais depuis sa mise en service pour ce match classé 4, en alerte maximale. Jean-Michel Aulas

Si la présence de pétards et autres projectiles envoyés par des supporters turcs interroge, il semble également que certains supporters lyonnais n’étaient pas venus les mains vides.

Dans un article du Monde revenant sur les évènements, on peut voir sur une photo des supporters turcs attaqué par un individu muni d’une béquille. Plusieurs vidéos, relayées notamment par des comptes twitter de groupes de supporters de Besiktas en France, montrent des supporters lyonnais charger en direction de supporters turcs dans la partie intermédiaire du virage sud.

Désormais, une question se pose : comment jouer le match retour ?

Jeudi soir, douze personnes (côté turc et lyonnais) ont été interpellées et sept personnes placées en garde à vue. Par ailleurs, une quarantaine de personnes a été blessée dont deux ont du être soignées à l’hôpital. Deux stadiers, trois policiers de la BAC et deux gendarmes mobiles ont été légèrement blessés.

Comment jouer le match retour dans ces conditions ? Les supporters lyonnais ne devraient de toute façon pas être présents. Avant même les évènements de jeudi soir, l’OL avait indiqué déconseiller à ses supporters de se rendre à Istanbul. De manière générale, le ministère des affaires étrangères français appelle à la vigilance dans le contexte d’attentats et du référendum et déconseille de se rendre dans les lieux de rassemblements.

Jean-Michel Aulas, le président de l’Olympique Lyonnais, demande que le match retour se tienne à huis-clos. Une manière selon lui de sanctionner le club turc pour les incidents au Parc OL.

Ce vendredi 14 avril, l’UEFA a annoncé avoir ouvert une procédure disciplinaire à l’encontre des deux clubs. Le club lyonnais est visé pour « organisation insuffisante » notamment dans la « séparation des fans turcs et lyonnais ». Le club turc, lui, est concerné pour « lancer de projectiles » et « troubles dans le public ».

 

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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