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C’est bien beau d’être artiste #27 : Lucas Thébaut, accordéoniste élastomère aux Funambals

Lucas Thébaut, accordéoniste installé à Lyon, compose, joue, danse et fait danser dans une dizaine de formations. Rencontre avec un infatigable des scènes et des parquets, que l’on pourra entendre au festival Funambals ce samedi 8 avril.

Lucas et son accordéon se promènent sur les routes au gré des festivals qui les invitent. En France, à l’étranger, ils donnent concerts, bals, stages d’accordéon et de danse traditionnelle (notamment du Poitou dont Lucas est originaire).

Lucas Thébaut/©Véronique Chochon

Il est « tombé dans la musique étant petit », son père étant également musicien (ils jouent d’ailleurs ensemble dans le duo Thébaut). L’oreille bien affûtée, il se lance à l’âge de 19 ans et décide de faire de la musique son métier l’année suivante.

Deux mains et dix groupes : la vie d’artiste

Aujourd’hui, Lucas est membre d’une dizaine de groupes. De Ballsy Swing à Accordzéam, en passant par le Gros Trio, il a trouvé de quoi s’épanouir dans une multiplicité de possibles.

Il sera avec Ballsy Swing au festival Funambals samedi 8 avril, à 13h, place maréchal Juin à Rillieux-La-Pape. Laquelle formation enregistrera un second album dans quelques semaines…

Lucas a joué le jeu de notre questionnaire Orgueil et Préjugés.

Rue89Lyon : Votre premier geste artistique ? 

Lucas Thébaut : Il faudrait replonger dans les cahiers de maternelle et les presse-papiers en terre cuite pour la Fête des mères!

Petit, avec ma sœur, nous aimions interrompre les soirées des adultes pour leur faire un peu de théâtre, qui consistait à apprendre par cœur les deux premières pages d’une BD d’Astérix et Obélix et leur rejouer personnages et dialogues. Gros succès !

Ceci dit, parler d’art me renvoie toujours à deux dimensions : le processus créatif, et le perfectionnement du geste. Et là on ne m’enlèvera jamais de la tête que les enfants sont en permanence dans ce processus. Qu’il s’agisse d’apprendre à écrire, d’aider les parents à faire la pâte du gâteau ou simplement de s’inventer un monde imaginaire.

Mais pour en venir à la pratique qui est la mienne c’est une envie de longue date qui s’est concrétisée tard, presque à mes 20 ans. Mon père est musicien, j’ai grandi entouré de sons, et peu après avoir commencé à danser (histoire de jolies filles au début, comme beaucoup) l’envie de prendre la musique à mon compte a finalement pris le pas sur la timidité.

Je pense que, concernant la musique à danser, il y avait à la fois l’attrait pour une forme de discours qui ne soit pas purement cérébral, qui joue avec les émotions, et ce plaisir de réussir à tenir une pulsation permanente dont tout le dancefloor dépend et qu’on ne quittera pas n’importe comment. Un peu comme être assis au premier rang dans le maelström de la vie (#GrossePhrase).

« Le milieu des musiques traditionnelles est globalement assez bienveillant »

Quelle pratique artistique trouvez-vous intolérable ?

C’est-à-dire que je suis en assez mauvais termes avec l’intolérance.

Quelle est pour vous la plus grosse arnaque artistique ? 

La plus grosse arnaque artistique SERAIT une volonté délibérée d’une limitation de l’éducation d’autrui. J’entends par là qu’une personne ou un groupe en position de décider choisisse de faire en sorte qu’un autre ne puisse se cultiver dans le but d’en tirer un avantage (politique, commercial, intellectuel, etc.).

Ce genre de chose mérite des baffes (au bas mot).

Et c’est vraiment une arnaque vieille comme le monde, l’obscurantisme, qu’il faut combattre par tous les moyens.

Votre pire souvenir pendant un concert / bal ?

Je touche du bois, j’ai été plutôt chanceux jusque là. L’habituel lot de soucis techniques, d’accueil, de public ou plus rarement de santé, mais rien d’horrible. Le milieu des musiques traditionnelles est globalement assez bienveillant et les gens font attention aux autres.

Par contre les veillées de pleine lune, quand les esprits sont flous et les langues pendues, quand les enfants sont couchés et les cœurs accrochés, les plus fous racontent l’histoire glaçante d’un fest-noz où il n’y avait pas de bière à la buvette…

« On cherche toujours un peu à s’attirer l’estime des copains musiciens »

Avec lequel de vos parents pensez-vous avoir un problème ? 

Un problème ? Non non. Pas du tout. Mon père ? Musicien ? Oui possible. Comment ? Dans les musiques trad’ aussi ? Quelle coïncidence. Maintenant que vous le dites c’est vrai. Ah ça ? Un CD qu’on aurait fait ensemble en 2011. Il n’y a pas de doutes.

J’avoue qu’au début, se lancer dans une professionnalisation de la musique à 20 ans, avec seulement un an de pratique instrumentale derrière soi ça avait de l’allure, y avait du challenge comme ils disent. Et une opposition assez généralisée d’une bonne partie de la famille et des amis. Il n’y a rien de tel pour vous motiver encore plus. Prouver qu’on est capable. Qu’on peut y arriver aussi à faire de belles choses.

Mais il y a maintenant plusieurs années que mes deux parents ont officiellement reconnu leur fierté à l’égard de mes choix et de l’évidence qui s’en est suivie dans ma vie. Il faut que je trouve d’autres gens à impressionner ! Non je plaisante. Mais je ne cacherai pas qu’on cherche toujours un peu à s’attirer l’estime des copains musiciens, c’est notre façon à nous de prendre place en tant qu’acteur de cette vie de réseau, un peu sa place d’adulte.

À quelle personnalité politique pourriez-vous dédier une de vos chansons/musiques ? 

Christiane Taubira, Présidente !

Le dernier produit culturel consommé/acheté/emprunté ?

Le recueil « Paroles » de Prévert.

Avez-vous déjà sacrifié votre art pour de l’argent ?

Elle est lourde cette phrase. Ce serait tuer sa pratique pour des raisons financières ? Par exemple cesser ce métier pour être un trader ? Je vais y réfléchir. Je pourrais gagner plein d’argent et acheter… encore plus d’accordéons.

Non merci en fait !

Par contre j’ai toujours prévenu les copains et j’en profite pour passer une annonce ici : si demain Shakira sonne à ma porte pour me proposer une tournée dans son groupe, je mets tous les miens en stand by pour un an, je jette trois slips dans ma valise et je suis déjà dans la voiture.

Le projet du nouvel album c’est : 1/ se refaire une santé financière, 2/ montrer que vous êtes (toujours) en vie, 3/ prouver à un plan drague que vous êtes artiste contemporain ? 

Le 1) mérite un LOL ! Dans notre milieu si on arrive à rembourser le coût d’un CD on est déjà heureux.

Je pencherai sur 4) un égotrip de groupe tout ce qu’il y a de plus classique, comme ça on répand notre musique un peu plus sur le monde et les gens achètent nos produits dérivés (on est en contact avec Gucci pour une édition limitée de maillots de bains).

Et au passage, on espère aussi entretenir la demande de bals.

Et sinon, vous comptez faire un vrai métier, un jour ? 

Eh bien depuis que j’ai évoqué les traders dans les questions précédentes…

>> Lucas Thébaut SERA avec Ballsy Swing au festival Funambals samedi 8 avril, à 13h, place Maréchal Juin à Rillieux-La-Pape.

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L'AUTEUR
Alice Forges
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