Portraits d'électeurs 

Yoan, écolo et militant hamoniste, pourrait voter Mélenchon

actualisé le 10/04/2017 à 13h48


À l’heure où de nombreux socialistes, tel Manuel Valls, quittent le navire à la rose, Benoît Hamon appelle au rassemblement pour tenir le cap. Yoan Robin, écolo dans l’âme, a soutenu Yannick Jadot. Aujourd’hui, il milite pour le candidat PS et s’accroche au discours de son champion.

Portraits d’électeurs 2017
Il s’agit d’un portrait inclus dans une série intitulée « Portraits d’électeurs 2017 », qui sera nourrie par les articles de Rue89Lyon (qui avait initié le projet en 2012), par Rue89 Strabourg et par Rue89 Bordeaux. Qu’est-ce qui motive les choix d’un électeur lorsqu’il vote ou lorsqu’il s’abstient ? Durant toute la campagne électorale, rencontrez ces gens sur nos territoires et suivez avec eux leurs hésitations ou leurs certitudes face au vote. Une appli web réunira l’ensemble de ces productions.
Rue89Lyon

Ce doctorant en économie de 27 ans, qui travaille sur l’alimentation bio et locale, se sent très proche des préoccupations des écologistes.

Atteint d’une hypothyroïdie, (« une maladie de vieux ! », dit-il), constatant la progression des cancers chez les jeunes de son entourage, agacé par la pollution des grandes villes, Yoan considère qu’ »il faut agir sur l’environnement pour préserver la santé publique ».

Depuis qu’il se rend aux urnes, Yoan privilégie Europe-Ecologie/Les Verts (EELV). En 2012, il soutenait Eva Joly :

« Je l’adore. Elle parle intelligemment de la justice, de la lutte anti-corruption, elle combat l’évasion fiscale. Son idée de remplacer le défilé militaire par un défilé civil me plaisait également. Bien qu’au fond, les défilés, ce que j’en pense… »

Au second tour de 2012, il a voté Hollande par défaut. Il a garde une pointe d’amertume :

« Je savais à quoi m’attendre ! Les gens qui le critiquent sont soit trop durs, soit trop cons. Il a tenu les promesses qui étaient tenables. Il a fait une politique de l’offre, de la social-démocratie. C’est du centre-gauche, pas de la gauche, mais on le savait, faut pas jouer les étonnés. Le pire c’était quand même le CICE. 40 milliards aux entreprises… »

La loi travail ? « Rien à foutre », ce qui a le mérite d’être clair. Yoan n’est pas productiviste, ce n’est pas cela qui le chagrine le plus. Il dénonce surtout le manque d’action du Président dans la culture.

Son mandat, selon Yoan, était davantage gestionnaire que visionnaire. François Hollande n’aurait pas réussi à unir la gauche.

Une gauche qui se réveille en Europe… Il estime qu’un changement de mentalité se produit. Des partis forts et écolos fleurissent un peu partout en Europe : en Autriche, en Slovénie, en Espagne… Un symbole d’espoir, pour lui.

« La gauche doit faire preuve de combativité »

Pour cette élection présidentielle, il a tout d’abord soutenu Cécile Duflot au premier tour des primaires vertes, préférant sa personnalité à celle de Yannick Jadot. Puis il s’est rallié au vainqueur, « un peu comme les socialistes derrière Hollande après les primaires de 2011… ». Sans grand enthousiasme pour la personne, donc, mais loyal.

Est ensuite venu le temps des primaires de la Belle Alliance Populaire, en janvier… Hamon l’emporte, Jadot rejoint son camp. Yoan suit son candidat : il milite désormais pour Benoît Hamon, fait du porte-à-porte dans les quartiers populaires, distribue des tracts. D’autant qu’il est très sensible à la thématique du revenu universel : ses mémoires de master portaient sur ce sujet.

«  Le revenu d’existence garanti, c’est un vrai stabilisateur économique. Et l’Etat doit passer de la passivité à l’action et aller chercher les pauvres pour les aider. »

La politique selon lui, c’est « un rapport de forces ». Et, en la matière, ‘la gauche doit faire preuve d’un peu plus de combativité » :

« J’en assez des fatalistes. La gauche doit se mobiliser. Le souci aujourd’hui, c’est la démocratie intermittente. On vote, puis on se tait. En réalité, une opinion politique se travaille, il faut réhabituer les gens à un discours de gauche, de solidarité. C’est une forme d’éducation politique au quotidien. »

Yoan conserve précieusement tous les documents d’élections auxquelles il a voté. Il y a ajouté ses ouvrages favoris pour un portrait fidèle à ses convictions. ©Alice Forges/Rue89Lyon

« Si on a Macron, dans cinq ans le FN sera majoritaire à l’Assemblée. »

Emmanuel Macron serait-il le rassembleur, le phare dans la tempête dont la France a besoin ? Selon Yoan, il est, en réalité, le plus dangereux.

« Ce mec se vante d’avoir démissionné de la fonction publique ! Mais combien a-t-il gagné pour se permettre de vivre un an sans revenu ? Il ne sait pas ce qu’est la pauvreté, il vit loin du terrain. »

Yoan, en couple avec un homme depuis neuf ans, marié depuis 2013, a également mal pris la petite phrase du candidat d’En marche concernant la Manif pour tous dont les membres auraient été « humiliés ».

« Remarque, avec ça plus sa phrase sur les harkis, il a perdu 10 points dans les sondages. Preuve que son électorat est hyper volatile. »

Ce qui pourrait mener à une répétition de l’élection américaine, avec une extrême-droite qui remporte la victoire contre un candidat qui ne parvient pas à rassembler… Yoan, avec son franc-parler, l’affirme :

« Sincèrement, je me dis que si Le Pen doit passer un jour, il faut que ce soit maintenant. Elle n’aura pas, cette année, la majorité à l’Assemblée Nationale, donc on pourra faire barrage. Par contre, si on a Macron, dans cinq ans le FN sera majoritaire à l’Assemblée. »

Yoann Robin ©AForges/Rue89Lyon

« Si Hamon baisse dans les sondages et que Mélenchon progresse… »

Jean-Luc Mélenchon, à gauche de la gauche, lui plaît bien. Dans sa famille, qui vote à gauche, on se partage entre Hamon et Mélenchon.

« Ma grand-mère était communiste », s’exclame-t-il.

Son mari serait d’ailleurs tenté de voter pour lui. Yoan juge son programme élaboré, avec des idées pour les « vrais combats ». Il partage son opinion sur la laïcité :

« Mélenchon porte la parole des 60% des Français qui s’en fichent, de la religion. C’est enfin le bon sens des Lumières qui resurgit. Non parce que, franchement, le « Merci Marie » qui orne la ville de Lyon pendant un mois, c’est gênant, surtout quand on vient ensuite nous donner des leçons sur la laïcité ».

Mais Benoît Hamon incarne pour lui la synthèse de la gauche, fort d’une personnalité propice au consensus, à l’union.

Au fond, le souhait de Yoan serait le rassemblement rose-vert-rouge, entre Hamon, Jadot et Mélenchon.

« Si on ne rassemble pas la gauche, je ne vois pas comment on pourrait rassembler la France. Oui, d’accord, je viens de prendre ma carte au PS, pour voter au Congrès, mais franchement, on peut se demander pourquoi. D’ailleurs, si Hamon baisse dans les sondages et que Mélenchon progresse… Je serai tout seul dans l’isoloir au premier tour. »

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L'AUTEUR
Alice Forges
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