Vigies 

Libé plonge dans les affiches de la scène musicale alternative de Lyon

Sur LIBERATION.FR

Ce week-end, Libération consacrait un article aux affiches de la scène alternative lyonnaise, souvent bricolées mais toujours inspirées.

Jean-Yves Leloup propose un tour d’horizon de cette nouvelle génération d’illustrateurs, adepte de « do it yourself » et d’esthétique punk.

Ceux qui arpentent les rues de Lyon auront sûrement remarqué la profusion d’affiches pour promouvoir la scène rock indépendante de la ville.

Cette tradition est née il y a plus de vingt ans et connaît un nouvel élan depuis la seconde partie des années 2000. Notamment grâce à l’arrivée de nouveaux illustrateurs, graphistes ou simples amateurs, mais aussi à l’émergence d’associations, de bars, de squats et de salles indépendantes. (Grrrnd Zero, le Sonic ou l’Epicerie moderne).

Le succès de ces concerts alternatifs a participé à la multiplication des affiches. Loin du graphisme rigide des affiches de festival, la liberté de création est la base de ces œuvres éphémères.

Jean-Michel Bertoyas, Gaëlle Loth et Félicité Landrivon

Gaëlle Loth et ses aquarelles, le croisement entre esthétique métal et Art nouveau de Bertrand Bouchardeau, les collages de Félicité Landrivon, les sérigraphies de Tristan Perreton ont fait de Lyon la capitale de l’affiche musicale. Sans oublier Jean-Michel Bertoyas, que l’on peut considérer comme le parrain de cette mouvance.

Barbe à pop, figure centrale de l’underground lyonnais, explique que de nombreux jeunes illustrateurs ont été attirés à Lyon par les loyers décents et l’intense activité économique et artistique.

Selon Benjamin Kohler, qui s’occupe de la communication du Marché Gare, cette effervescence s’est accentuée depuis le début des années 2010 :

« Un vent nouveau souffle sur l’organisation de concerts ici. Cela concerne autant des lieux établis comme le Transbordeur, des salles moyennes comme la nôtre, mais aussi le Périscope, le Kraspek Myzik, la Triperie, que des squats ou des cafés-concerts plus modestes, sans oublier l’activisme d’associations comme Merci Bonsoir, Tous en tongs, Génération spontanée, les Briques du néant ou S’étant chaussée. »

Ethique libertaire du punk

Si on associe désormais Lyon à la musique techno (Nuits Sonores), la scène rock « indé » est toujours bien vivante. L’esthétique de l’affiche musicale lyonnaise puise ses racines dans l’art des années 70 et 80, l’époque du triomphe du punk, ses fanzines, son esprit d’indépendance et son système D (« do it yourself »).

Les illustrateurs lyonnais citent aussi l’influence d’artistes emblématiques, issus de la BD underground des Etats-Unis comme Robert Crumb, Charles Burns, Gary Panter ou Art Spiegelman et son magazine Raw.

Ils apprécient également les pochettes de l’Américain Raymond Pettibon et du label du Minnesota Night People, sans oublier le collectif punk Bazooka et l’esthétique d’artistes comme Pierre La Police, Anouk Ricard et Jean-François Moriceau.

Depuis ses premiers travaux dans la revue Ferraille, Jean-Michel Bertoyas est resté fidèle à des techniques mêlant collage au cutter et ruban adhésif, dessin au marqueur, sérigraphie et photocopie :

«L’affiche de concert est un truc pour lequel il n’existe pas de réelle économie. Le côté performatif de l’événement, de l’impression, est important, il doit être réalisé dans l’instant. L’idée est plus de participer à quelque chose qui nous est cher.»

« Je ne vis pas de mes affiches, mais je vis grâce à elles »

Félicité Landrivon, à la fois dessinatrice et organisatrice de concerts, s’inscrit elle aussi, dans cette philosophie de solidarité, bénévolat, pratiques amateurs et autodidactes :

«Les affiches de concerts alternatifs sont réalisées par les organisateurs ou leurs amis qui se reconnaissent tous dans l’idée de non-profit et de non-professionnalisme. Ce qui nous lie, c’est le sens de la communauté. On est tous fauchés, on fait ça pour le plaisir, pour soutenir la musique que l’on aime. En somme, je dirais que je ne vis pas de mes affiches, mais que je vis grâce à elles.»

Cette volonté d’enjoliver les murs de leur ville n’a pas toujours été sans mal. Au cours des années 2000, la municipalité de Lyon a violemment combattu un affichage qu’elle jugeait plus sauvage qu’artistique, initiant une série de procès contre ses auteurs.

Des années de procédure qui ne mèneront nulle part et dont le seul effet fut d’encourager les affichistes à utiliser l’adhésif plutôt que la colle, et de privilégier les surfaces autorisées.

A lire sur Libération.fr

Partager cet article