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Pédophilie dans l’Eglise : « Que fait-on de ces prêtres après le scandale ? »

actualisé le 22/03/2017 à 15h10

Mathieu Martinière est un des journalistes lyonnais qui a mené l’enquête sur la pédophilie dans l’Eglise, ayant conduit à l’ouvrage « La mécanique du silence » (JC Lattès), qui paraîtra ce mercredi.

Un dossier paru ce mardi sur Mediapart, sur les 25 évêques ayant couvert 32 agresseurs, ainsi qu’une émission de Cash Investigation ce mardi soir, font l’actualité.

Il répond aux questions de Rue89 Lyon. 

Rue89Lyon : Quel a été le point de départ de cette enquête ?

Mathieu Martinière : Au printemps dernier, suite à ce qu’on a appelé l’affaire Barbarin, nous avons constaté que les médias se concentraient sur Lyon. Nous avons pensé que nous devions mettre en lumière ce qui se passait également dans d’autres diocèses en France, que cela ne concernait pas seulement le diocèse lyonnais.

À partir de là, nous avons commencé une enquête nationale.

Quelle a été la méthode employée ?

Nous nous sommes concentrés sur les affaires couvertes par l’Eglise et les religieux, lorsque, par, exemple, un évêque est alerté et n’avertit pas la justice. Il s’agissait de décortiquer cette « mécanique du silence », qui est également le titre de notre ouvrage.

Nous avons désiré faire du « qualitatif », notre enquête n’est pas exhaustive. Nous avons donc fait une étude de données pour We Report et Mediapart, et, pour ce qui est de Cash Investigation, nous avons mis en lumière trois affaires particulières.

Qu’en est-il des affaires lyonnaises?

L’affaire Bernard Preynat était déjà sortie. En 2016 avaient été révélées les affaires Desperon, Gérantet, de Morand, trois prêtres couverts par le cardinal Barbarin. Nous citons un cinquième prêtre dans le livre, le père M., membre de l’Institut du Prado.

Enfin, nous faisons de nouvelles révélations concernant trois autres affaires à propos de prêtres déjà condamnés par la justice, qui demeuraient en poste, jusqu’aux révélations de l’année passée. Ce qui nous mène au nombre de huit pour le diocèse lyonnais…

Nous avons notamment affiné nos recherches pour ce qui est de l’affaire Desperon. Ce prêtre de la Croix-Rousse avait été muté à Montauban en 1994 suite à des plaintes de plusieurs familles. Nous affirmons aujourd’hui que Mgr Barbarin et Mgr Housset étaient au courant de ses actes dès 2002. En 2005, il est suspendu par le cardinal Barbarin… sans que ce dernier n’avertisse la justice. Or, le prêtre a récidivé depuis 2005, ce que l’on a appris l’an dernier.

Quelles conséquences peut-on attendre de vos révélations?

Il y aura certainement un avant et un après 2016. La pédophilie dans l’Eglise, ce n’est pas de l’histoire ancienne. La moitié des cas concerne des faits commis après 2000. Nous espérons que nos travaux conduiront à davantage de vigilance.

Cependant, on se heurte toujours aux mêmes problèmes : les victimes tardent souvent à parler (il faut en général une vingtaine d’années), et la prescription pour non-dénonciation (trois ans) entrave la justice. Et la question majeure demeure : que fait-on de ces prêtres après le scandale ?

« Eglise, la mécanique du silence » (JC Lattès, 300 p.), par Mathieu Perisse, Mathieu Martinière et Daphné Gastaldi, sort ce mercredi 22 mars en librairie.

 

 

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L'AUTEUR
Alice Forges
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