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Grève des agents du Rhônexpress : « On ne se sent plus en sécurité »

actualisé le 11/03/2017 à 19h53

Un préavis de grève a été déposé (à partir de ce jeudi jusque samedi 11 mars) par des employés du Rhônexpress, portant sur les conditions de travail des conducteurs et agents de bord du tram-train, qui relie la Part-Dieu à l’aéroport Saint-Exupéry. Une première.

Rhônexpress est la navette la plus chère de France pour relier un centre-ville à un aéroport. Et certainement l’une des plus chères d’Europe. Ce n’est pas sans conséquences sur les conditions de travail des salariés.

Telle est l’analyse du syndicat SUD, majoritaire chez CFTA Rhône, la société exploitante du Rhônexpress.

Pour ce jeudi 9 mars, un préavis de grève a été déposé et, selon le syndicat, une vingtaine de conducteurs et d’agents de bord (sur une quarantaine) sont en grève. Pour l’instant le service n’est pas perturbé. Mais il pourrait l’être ce samedi.

En tête des revendications, la demande du recrutement d’un agent de sécurité pour la station de la gare Part-Dieu, au moins le matin entre 4h25 (premier départ) et 9h; le soir entre 19h et 23h.
Des négociations sur le sujet ont eu lieu en février mais la direction n’a pas répondu aux souhaits du syndicat SUD.

D’où le déclenchement de cette première grève de l’histoire du Rhônexpress. La direction a toutefois embauché un agent de sécurité mais seulement pour la station de Saint-Exupéry.

Des agressions « à cause du tarif trop cher »


Qui pilote Rhônexpress ?
Rhônexpress une concession du Département du Rhône confiée à l’entreprise Rhônexpress SAS, filiale de Vinci et de Veolia  Transdev. Mais Rhônexpress SAS a délégué « l’exploitation, l’entretien et la maintenance du service » à CFTA Rhône (filiale dédiée du groupe Transdev).

Le syndicat affirme que cette question de sécurité s’est posée dès l’origine du Rhônexpress :

« Certaines personnes nous agressent parce qu’elles trouvent le tarif trop cher ».

Dans les conclusions des négociations, préalables à la grève et que Rue89Lyon s’est procuré, le syndicat SUD relève :

« La direction ne prend pas suffisamment la mesure des problèmes liés à la sécurité du personnel, ne serait-ce que concernant les agressions verbales qui se banalisent ».

Sous couvert d’anonymat, un agent de bord, avec six ans d’ancienneté au compteur, témoigne :

« Dès le départ, ça a posé problème. Il y a un an, une collègue s’est fait cracher dessus. Une autre s’est fait gifler. Les agresseurs sont des individus qui ne veulent pas payer ou qui n’en ont pas les moyens. Ces deux collègues ont préféré démissionner car elles n’ont pas trouvé de soutien de la part de la direction ».

Le syndicat SUD met en avant une ambiguïté du contrat de travail des agents de bord. Le personnel est d’abord considéré comme une force commerciale puisque l’on peut acheter à bord, avec une majoration de 4 euros, son billet. Et, en même temps, les agents sont censés mettre des amendes aux contrevenants.

Parallèlement, il y a neuf mois, la billettique a été complètement changée. Et les dysfonctionnements sont légion. Résultat, les agents de bord doivent également gérer ces bugs qui s’enchainent comme des terminaux de paiement qui n’acceptent pas la carte bleue. Ce qui est, encore, de nature à tendre les relations avec la clientèle.

« À la Part-Dieu, c’est la cour des miracles »

Outre les agressions venant des usagers mécontents, les agents disent avoir régulièrement des soucis avec des personnes qui n’ont rien à voir avec le Rhônexpress. Cela se passe toujours à la Part-Dieu.

En décembre dernier, un salarié a été agressé par un passant vers 19h. Il a pris un coup et a répondu en en donnant un. L’agent de bord a été mis à pied et licencié pour faute, notamment suite à l’utilisation de la vidéosurveillance. Le syndicat SUD demande sa réintégration.

Cet événement constitue l’élément déclencheur du mouvement social.

Le syndicat SUD précise :

« À la Part-Dieu, tôt le matin ou le soir, c’est la cour des miracles. Rien de plus normal, il s’agit d’une grande gare. Nous avons donc besoins d’un agent de sécurité qui reste sur le quai. Le premier devoir d’un employeur est d’assurer la sécurité de ses employés ».

Contactée par Rue89Lyon, la direction de CFTA Rhône a indiqué ne pas vouloir communiquer sur la grève et renvoie à son donneur d’ordre, la société concessionnaire Rhônexpress. Son service communication nous répond que « Rhônexpress regrette le préavis de grève » et affirme :

« Les équipes de Rhônexpress sur le terrain sont mobilisées au service des passagers (…). Le trafic se déroule actuellement normalement sur toute la ligne ».

Bon voyage.

> Mise à jour du vendredi 10 mars à 20h :
La grève s’est poursuivie un deuxième jour. Cette fois-ci, le trafic a été perturbé puisqu’il était annoncé, à la Part-Dieu, un Rhônexpress toutes les 20 minutes (au lieu de toutes les 15 minutes).

 
> Mise à jour du samedi 11 mars à 20h :
Situation identique pour le troisième et dernier jour de grève : un Rhônexpress toutes les 20 minutes.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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